CHAPITRE PREMIER
lui fera un approvisionnement d'environ six mois. J'espère trouver des bœufs à Tlemcea. Dès que le camp d'Abdel- Kader a été levé, quelques Arabes sont venus au marché. J'ai fait écrire par le bey à toutes les tribus voisines pour les engager à se soumettre et à venir commerœr à Tlemcen.
Je ne resterai à Eachgoun que le temps nécessaire pour organiser mon convoi. Je ne 'puis y faire vivre ma cavalerie et mes nombreux transports qu'en allant fourrager au loin ; il faut y mettre beaucoup de précaution pour qu'il n'arrive pas d'accidents.
Je ne puis non plus vivie à Tlemcen ; il faut donc de toute nécessité rentrer à Oran ; je compte traverser les montagnes des Beni-Hamer pour châtier ces tribus rebelles. Rentré à Oran, il faudra du repos aux troupes pendant les plus grandes chaleurs. Je n'aurai donc rien à faire de quelque temps, ce sera le cas de laisser le commandement au général de l'Étang, qui sera sans doute arrivé, et d'aller visiter Alger afin de pouvoir, avec connaissance de cause, dire au gouvernement et aux Chambres mon opinion sur la colonie.
Reconnaissant qu'il était nécessaire, pour donner suite aux affaires pendantes à Oran , d'y laisser l'homme qui les avait commencées, j'ai prié le général d'Arlangesde continuer, et je le laisse jouir des indemnités qui y sont attachées. Vous jugerez, monsieur le Maréchal, si vous devez m'accorder des frais de représentation. En attendant, jq représente comme je le dois, et, quelle que soit votre décision, je serai toujours satisfait.
Il paraît qu'Abdel-Kader s'est retiré vers le Maroc, parce que les tribus ont mal répondu à son appel. Elles voient que nous sommes bien décidés à nous battre , qu'elles
n'ont à gagner que des coups ; cela les dégoûte. Elles sont d'ailleurs fort malheureuses pour la plupart : obligées de fuir avec leurs troupeaux, elles se sont entassées vers Trava et Madroma, où l'on ne les souffre qu'avec peine et mauvais traitements. Elles sont donc fort dégoûtées de la guerre et je m'attends à quelques ouvertures. Un marabout kabyle a demandé une entrevue à Mustapha sur une montagne oti l'on doit allumer du feu; noua verrons^^e suis très convaincu que l'on peut soumettre le pays, pour un temps du moins, avec beaucoup d'activité et de dépense, mais je ne crois pas du tout que l'on soit récompensé des frais et du sang verséJTe développerai cela une autre fois ; je veux terminer par deux mots sur les postes de la Tafna et de Tlemcen. Le temps me presse, il faut que le bateau reparte pour aller nous chercher ce qui nous manque; je n'aurai pas le temps de copier ma dépêche, je vous prie de me la garder.
I ^ Je crois aujourd'hui qu'avec les forces que nous avons, il est bon de continuer l'occupation de Tlemcen et de manœuvrer autour autant qu'on le pourra ; mais pour cela il fai^drait y avoir des magasins ; c'est là le diflâcile.
Je pense toujours que le poste de la Tafna n'est pas du tout la conséquence nécessaire de celui de Tlemcen. Loin de faciliter les opérations, il les gêne, et le port est si détestable toute l'année, si impraticable pendant sept ou huit mois, que l'on ne peut fonder là quelque chose de stable. Je préférerais de beaucoup un poste retranché sur le Sinan, à moitié chemin d'Oran à Tlemcen. On l'approvisionnerait aisément avec des fourgons et des mulets, et les colonnes mobiles trouveraient dans ce poste central à se ravitailler en vivres et en munitions , ce qui serait bien plus avantageux pour les opérations que d'aller à la Tafna en