‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 14 sur 294 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

dehors du cercle d'opérations. De Tlemcen à la Tafna il y a plus loin que du Sinan. De là on peut se porter partout, après avoir pris pour douze ou quatorze jours de vivres. A la Tafna, on est dans un cul-de-sac, au milieu des montagnes kabyles; il faut remonter la rivière pour opérer autour de Tlemcen. De ce point à la Tafna il y a au moins trois jours de marche, ou seize lieues environ. Ainsi trois jours pour aller chercher des vivres, trois jours pour revenir au centre des opérations, tout cela est bien gênant, bien paralysant. Que si Ton a assez de monde, on peut faire l'un et l'autre; mais s'il fallait choisir, je donnerais la préférence au poste du Sinan. Je conviens toutefois qu'il est plus diflâcile d'y faire un établissement solide qu'à la Tafna, à cause de la difficulté d'y transporter des bois, de la chaux, etc., etc..

On peut se passer de l'un et de l'autre avec un bon système de transports. Ce serait moins coûteux , plus sûr, plus commode pour les opérations que la Tafna. On peut approvisionner Tlemcen avec 12 fourgons, et la colonne avec Boulets pour 1,000 hommes.

Je ne veux pas terminer, monsieur le Maréchal, sans vous dire un mot de nos alliés les Douairs. J'en suis extrêmement content ; ce sont d'intrépides et habiles cavaliers. Us sont évidemment supérieurs à notre cavalerie pour éclairer, tirailler et combattre dans les terrains difficiles. Mustapha, leur chef, est un homme respectable et de très bon conseil. Il y a d'autres chefs qui sont aussi fort recommandables par leur bravoure et leur intelligence. Il serait juste et politique, monsieur le Maréchal, de faire un bon traitement à ces hommes qui servent si bien notre cause. Je vous engage vivement à prendre ce parti et à demander au général qui doit commander Oran un travail sur ce point fort

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important, Cela sera plus fructueux que les fortifications que quelquefois on multiplie d'une manière* peu judicieuse. Becevez, monsieur le Maréchal^ l'assurance de mon respect.

Siffné : Bugeaud.

/ TIemcen, Tantique capitale du royaume de Tlemcen, lequel se composait des villes de Vedrona, Oran, Arzew, Mazagran, et Mostaganem et Djijilly, avait subi de nombreuses vicissitudes. Attaquée, prise et reprise, tantôt par les Turcs, tantôt par les Marocains et les Espagnols, la ville aux superbes remparts, aux grands minarets, n'était plus au siècle dernier qu'un foyer d'insurrection à moitié renversé. L'empereur du Maroc s'en était emparé eoJLSSO^ mais il dut l'abandonner bientôt. Les Coulouglis, commandés par Mustapha Ben Ismaël et qui défendaient le Méchouar^ ou citadelle, passèrent au service de la France. Le maréchal Clauzel avait pris possession de la ville au mois de janvier de cette même année 1836 et y avait laissé une garnison sous les ordres du capitaine Cavaignac (1). C'est lui que trouva le général Bugeaud en arrivant à Tlemcen.

(1) Cavaignac (Louis -Eu gène), né à Paris en 1802, mort en 1857, élève de l'École polytechnique, fut placé an 2« régiment du génie en 1824. Il fit en 1828, en qualité de capitaine, la campagne de Morée. Lors de la révolution de 1830, il était en garnison à Arras. U fut le premier officier de son régiment à se déclarer pour le nouvel ordre de choses. Bientôt après mis en disponibilité pour avoir signé à Metz une protestation contre le système de paix à tout prix que l'on attribuait au roi Louis-Philippe , rappelé & l'activité en 1832, il fut envoyé en Afrique après avoir déclaré qu'il ne combattrait pas les républicains en un jour d'émeute. Un courage à toute épreuve et des services éminents firent bientôt disparaître le» répugnances qu'avaient excitées chez ses chefs ses opinions et son esprit déclaré d'indépendance. Il se distingua dans

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