‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 131 sur 294 · CHAPITRE Vni · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vni

SOUS le nom de <£ marchands de goutte d , était seule prospère. Cette industrie résultant du passage ou de la réunion des troupes, absorbait les petits capitaux de nos rares colons et faisait déserter les champs. Dans sa course à Blidah, le gouverneur remarqua une superficie de 2,000 mètres de terrain fertile , entouré d'un fossé, système Rogniat. Il fit tracer à la hâte des chemins et désigna remplacement d'un village, en formant des lots de dix hectares à adjuger aux premiers colons qui se présenteraient. Ces soucis, ces préoccupations de la première heure, ne semblaient-ils pas indiquer que le nouveau gouverneur, sans négliger les graves devoirs militaires, avait compris que sa mission ne se bornait pas à conquérir de nouveaux territoires, mais aussi à conserver, à fertiliser et à coloniser ceux que nous possédions?

Après avoir visité, comme nous avons dit, en courant, les positions d'Alger à Blidah, il s'embarqua au commencement de mars pour la province de Constantine, laissant au général Baraguey-d'Hilliers, qui prenait le commandement en son absence, l'ordre de faire abandonner et détruire le camp du Fondouk et celui de Mahelma. — Mais cette absence fut de courte durée. Arrivé dans la province par Bône il en sortit par Phîlippeville, Djidjilly et Bougie, en prenant soin de faire évacuer tous les établissements militaires sauf Ghelma et Sétif, Abdel-Kader pouvant transporter de ce côté le théâtre de la guerre (1).

(1) Le traité de paix de la Tafna, signé le 3 mai 1887 entre Abdel-Eader et le représentant de la Francei avait été rompu en novembre 1839. Peut-être serait- T. II. 18

LE MARECHAL BUGEACD.

Rentré à Alger le 18 mars, le gouverneur rendait in arrêté qui déclarait en état de guerre tous les [points de l'Algérie occupés par nos troupes. Cette mesure nécessitée impérieusement par l'état des choses, mettait partout la milice africaine sous les ordres de l'autorité militaire, à laquelle elle subordonnait l'autorité civile pour toutes les mesures de police.

1 fallut avant tout songer à ravitailler (1) Medeah et Milianah. C'était le début de cette série d'expéditions contre Abdel-Kader (2) qui devaient, après

il imprudent de rechercher laquelle des deux parties entama les hostilités. Quoi qu'il en Boit, la x>romenade militaire du duc d'Orléans (octobre 1839) à trayers le défilé des Bibans (Fortes de fer) fut considérée par l'Émir comme nne proYOcation et amena de ^a part de sanglantes rex)ré8aille8, les massacres de nos colons dans la Mitidjah. L'année suivante, en 1840, le prince royal, après le brillant enlèvement du col de Mouzaia , s'emparait de Medeah et de Milianah, et rentrait en France, laissant au général Bugeaud le soin de continuer la lutte contre le puissant Émir. te.. .

{\) Ravitaillement, dans \e Dictionnaire des aimées de terre et èk mer du comte de Chesnel , lieutenant-colonel d'infanterie et ancien marin, s'entend a. de l'introduction dans une place forte des vivres et des munitions dont elle manquait. Autant un général apporte de soins à ravitailler les places qui se tiouTent dans le cercle de ses opérations, autant l'ennemi qui lui est opposé déyéloppe d'activité pour y apporter obstacle. D]

(2) La lettre suivante, adressée par M. Léon Boches an temps où il était auprès de l'Émir, donne d'intéressants détails sur l'organisation de la tribu, telle qu'elle existait encore au moment de la reprise des hostilités, en 1840.

Tlemoen, féTtier 1838.

Dans ma lettre du^lO décembre dernier, je vous ai parlé de l'Émir, de son gouveniemeut et de ta politique ; vous avez pu vous convaincre que je n'avais rien à enseigner à un cbef au£bi habile. Aiii^i, vous voilÀ i claire sur le compte d'Atdel-Kader. Je vais maintenant TOUS donner une idée de la constitution de la tribu du TelU Ce n'est qu'une esquisse de la société arabe en Algtrie, et pourtant, quand vous aurez lu ma lettre, je suis persuadé que vous me conseillerez d'examiner avec soin tout ce que je vois, mais de Uen me garder de donner des conseils pour ramélioration de Tétat d'un i)euple qui a l'inappréciable ayantage de se trouver lieurcuxt

La tribu, est une grande famille qui porte le nom de son i)enple et de son fondateur. Ijllle se divise en plusieurs douairs. Chaque douair est commandé par un cheikh (yieillaid). C'est ordinairement les plus ftgés des chefs de tentes qui le nomment.

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