‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 132 sur 294 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

les combats du '29 avril et du 3 mai, aller chercher beaucoup plus loin notre redoutable adversaire, jusqu'au centre de la province d'Oran.

La réunion de tous les chciks des douairs forment la djemâa (assemblée), qui est le conseil des anciens de la tribu.

Tous les ordres du chef du gouvernement sont commxmiqués par le kaïd à la djemâa, qui les fuit exécuter.

Toute affaire concernant la tribu est (Uscutée dans cette assemblée. Les décisions sont toujours Respectées par les parties intéressées ; elle juge de l'opportunité de telle ou telle alliance si, comme cela arrive souvent, Tanarchie règne dans le pays.

EUe fixe l'emplacement de la tribu et des douairs.

Lorsqu'un membre important de la tribu veut épouser une fille d'une autre tribu, c'est la djemâa qui fait la demande en mariage.

C'est parmi les anciens du conseil que se conservent les traditions de la tribu et les titres de propriété de son territoire.

Chaque chef de famille a sa propriété parfaitement établie par des actes rédigés par le kadhi ; les limites de ces propriétés sont connues par les cheiks qui, en cas de contestations, viennent témoigner en justice. Les biens communaux sont également connus de tous.

Toute affaire «le iwlice intérieure est réglée'par la djemâa ; toute discussion civile ou criminelle est renvoyée par elle par devant le kadhi.

La réunion des kadhis de plusieurs familles forment le medjelës, cour d'appel à laquelle les partis réfèrent les jugements d'un seul kadhi.

Dans chaque donair se trouve un taleb (lettré) qui fait la prière pour tous, et enseigne à lire et à écrire aux enfants des chefe de tentes. Il est payé par tout le douair.

Tous les troupeaux du douair sont gardés par un ou plusieurs bergers payés en commun.

Au temps du labour, les Arabes qui ont des bœufs, des semences et de l'argent, font labourer pour ceux qui sont sans ressources.

Ces derniers, qui se nomment khammès, ont à la récolte le cinquième du produit net.

Si une fiimille a perdu son chef ou que ce dernier soit dans l'impossibilité de subvenir à ses besoins, le douair, ou même plusieurs douairs lui, donnent une journée ou deux du travail (le leur cliamie ; ils lui fournissent des semences, et toute la récolte est pour la famille malheureiL«'e.

Tous les grands travaux de moissons, de transports de gerbes et do dépiquage se font en commun. Chacun y contribue de ses bras et de ses bOtes de somme.

Si on est dans un état de guerre, tous les cavaliers armés de la tribu protègent à tour de rôle les travaux de labour ou de récolte des différents douairs.

Ceux qui ne possèdent pas de terre labourent celles de ceux qui en ont trop, sans donner le prix de loyer, mais en ayant soin d'en demander l'autorisation à la djemâa.

Les troupeaux paissent généralement sur les terrains communaux.

L'impôt frappé par le chef de l'État est divisé par la djemâa aussi justement que peuvent le faire nos conseils généraux de départements.

L'Arabe n'est véritablement assujetti au travail que pendant deux mois d'hiver pour les semailles, et un mois d'été pour la récolte. Il passe les neuf autres mois & cheval, tantôt à pircourir les marchés pour y échanger ses produits, tantôt à aller visiter ees amis. Une grande pariic de ses journées se passe à assister aux fêtes que les Arabes donnent â l'occasion des naissances, des morts, d^ circoncisions et des mariages.

Chacune jie ces fêtes sont autant de tournois où il veut se faire remarquer jMir son adresse à manier son cheval et son fusil.

Ses soirées s'écoulent soit 'à entendre des chanta eu l'honneur de son prophète, soit & écouter ridstoirc des hauts faits de ses aïeux.

Sans entrer dans le menu détail des faits, nous laisserons le plus souvent la parole au général luimême et reproduirons ses rapports et ses instructions. Il n'est pas un acte, une parole, une ligne de Bugeaud qui ne porte l'empreinte de son caractère, de son tempérament , de son esprit pratique et hardi.

Dès le 6 mars 1841, à la veille de son excursion dans l'Est, et en prévision de l'ouverture de la campagne , le gouverneur général avait pris dès arrêtés : 1° pour interdire le commerce avec toutes les tribus n'ayant pas fait la paix avec la France ; 2° pour déclarer qu'on ne recevrait pas la soumission de familles isolées mais seulement celles de chefs de tribus ;

pour prescrire aux Arabes circulant dans la zone pacifiée le port obligatoire et ostensible d'une médaille hexagonale en fer-blanc portant les mots en

igue française et arabe : Arabe soumis.

Le 23 mars un arrêté interdit aux colons la chasse LUX armes à feu dans toutes les circonscriptions , celle ^de Bône exceptée, afin ne pas donner aux troupes de fausses alertes.

Son premier voyage dans l'Est avait duré douze jours. Il avait donné le commandement de Constantine au

Tous les travaux domestiques sont abandonnés aux femmes (car il peut en épouBcr jusqu'à quatre); il ne se fie qu'à lui pour les soins & donner & son cheraL

Il se nourrit du grain que la terre lui produit en abondance sans exiger de grands travaux, de la chair de ses troupeaux qui ne lui coûtent qu'un peu de surveilluioe. Il bdt leur lait, se vÊtlt de leur laine qui est tissée par les femmes.

Les toisons de ses troupeaux, moutons, chèvres et chameaux lui foomiaBent la laine avec laquelle ces mêmes femmes tissent ses tentes.

Il vend le surplus de ses grains et de ses troupeaux et s'achète ses armes, ses munitions, et le i)eu d'objets de luxe qu'il permet à lui et à sa famille.

Voilà, mou cher ami, l'Arabe barbare, sauvage et malheureux que je suLsTenn ciyiliaer I

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