CHAPITRE IX
Cette campagne, où Ton compta seulement quelques blessés et pas un seul tué, « avait manqué, dit le général Baraguey-d'Hilliers dans son rapport du
juin, de son premier élément, les combats 3>.
Résultat singulier. Ce fut une des plus fructueuses dans la série de nos guerres d'Afrique. Après Texcursion de Boghar et Thaza, toute cette région, celle du haut Chélif, s'est trouvée pacifiée. En dehors des montagnes de Milianah et de Cherchell, tout le Titery dont Medeah était Tancienne capitale fut presque définitivement perdu pour Abdel-Kader rejeté désor- / mais vers l'Ouest sur rOuarensènis, le Dahra et la / province d'Oran.
Fidèle au système qu'il avait préconisé du haut de la tribune, qui consistait à harceler sans cesse l'ennemi et à ravager son territoire, Bugeaud, au lendemain des expéditions de Medeah, de Milianah, de Tackdempt, de Boghar et Thaza, en organisa consécu-
térieure à la conquête musulmane. Son calendrier notamment a conservé, pour les mois, le nom romain.
L'Arabe combat à cheval, le Kabyle à pied. L'Arabe est souvent polygame ; le Kabyle non. Chez les uns comme chez les autres les notables de la tribu se réunissent en une assemblée (djemâa) pour décider des affaires de la communauté. Le chef de la tribu arabe se nomme c\t^\ celui du village kabyle amt'n. — C'est une sorte de maire.
L'Arabe change presque chaque année le lieu de ses cultures et de ses pâturages ; le Kabyle est fixé sur son territoire, à peu près autant que le villageois français ; il cultive ainsi ses vignes, ses arbres fruitiers, ce que ne peut faire l'Arabe. On l'a souvent désigné sous le nom de V Auvergnat d'A/rique-
n y a des Kabyles dans toutes les montagnes de Barbarie; mais le principal groupe est au pied du Jurjura. Non soumis par les Turcs, ni même peut-être piir les Romains, ils ont joui jusqu'en 1867 d'une indépendance complète.
L'expédition du maréchal Randon les a placés sous notre domination. Nous avons respecté leur organisation, et parmi les musulmans, nous n'avons jamais eu de sBJets plus soumis.
308 LE MARÉCHAL BIJGEAUD.
tivement deux autres sur Mascara. Comme l'armée avait été contrainte de traverser Mascara dans la campagne de Tackdempt, il en résultait que trois visites successives avaient été faites à Mascara.
La division d'Oran, partie de Mostaganem le 7 juin avec un grand convoi pour Mascara, était rentrée à Mostaganem le 27, après avoir parcouru et ravagé le territoire de Hachem, une des plus puissantes tribus parmi celles qui soutenaient Abdel-Kader. ^^En cette saison, la moisson était mûre, l'armée tenait Tépée d'une main, la faucille de l'autre. On se souvient que le député Bugeaud avait annoncé à la Chambre, émue de la barbarie du procédé, qu'il brûlerait les moissons (1). Sur place, il trouva plus
(1) Dans la cami)agne d'été de 1841, nous dit M. Lapaaset, attaché à Tétat-major du général, aux environs de Mascara, il n'y avait pas d'orge pour les chevaux de la colonne, et, de plus, il s'agissait d'approvisioimer la place de Mascara, que Ton voulait occuper, de grains de toute espèce. Afin d'économiser les transports, l'argent de l'Etat, et de profiter des ressources offertes par le pays ennemi, le général en chef organisa ses bataillons de gnerre en faucheurs et en batteurs. Chaque jour, des corvées armées allaient couper le grain pendant que d'autres battaient celui apporté la veille. Le grand bonheur du général était de donner des leçons d'agriculture non seulement aux officiers, mais encore aux soldats. Voyait-il une aire où le travail mollissait, il s'en approchait : a Je suis sûr, s'écriait-il, que tous ici, vous êtes des gens de lettres. Quel est ton état & toi ? » Il s'adressait à un des batteurs : c Mon général, je suis tailleur. — Il n'y en a que trop pour faire les méchants habits étriqués que l'on porte aujourd'hui : bats le grain, mon enfant, ce sera plus profitable & la chose publique et & toi aussL — Et toi? — Moi, mon général, je suis étudiant. — Étudiant pour ne rien étudier, c'est connu ; prends le fléau, mon ami. — Et toi ?... 2> H passait ainsi en revue tons les paresseux, secondé, dans la leçon, par le rire moqueur des travailleurs. — a Allons, voyons, commençons à battre... Mais, ce n'est pas ça, mais vous n'y entendes rien... Donnez-moi un fléau... Tenez, on commence comme oda, piano, tu... tu^ pan... pan... tu... ta... pan... pan... Et on va petit à petit, crescendo, tu, tu, pan, pan, tu, tu, pan, pan, tu, tu... Et il joignait l'exemple à la parole, puis le travail mis en bon train sur une aire, il allait en visiter une autre et renouveler ses leçons. {Le Pérlgord,)