ORDRE DU JOUR
Mostaganem, 80 juin 1841.
Avant de me séparer de vous pour quelques mois peutêtre, je veux vous dire, si je le puis, combien je suis heureux et fier, comme chef et comme citoyen, des vertus guerrières que vous avez montrées dans cette campagne.
Le combat d'Akbet-Kredda a été digne de vous.
Vous avez prouvé une fois de plus que les Français sont propres, autant que quelque peuple que ce soit, aux retraites calmes et sévères. Si j'osais vous adresser un reproche touchant ce bon fait d'armes, je vous dirais que vous avez été trop tenants au combat. Quand on ne vent pas, quand on ne peut pas combattre, il faut s'engager le moins possible, et se retirer lestement d'échelon en échelon, d'embuscade en embuscade, en perdant peu de monde, en en faisant perdri à l'ennemi. On veut s'éloigner des atteintes de son adversaire. Tout ce qui contrarie ce but est intempestif et rnal joué, quel que soit le courage qui y préside...^ *"" Je veux aussi vous louer du zèle actif que vous avez mis
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dans les travaux des moissons. On voyait bien, à votre ardeur, que vous compreniez, aussi bien que votre général, que ce métier était digne de vous ; car c'était la guerre ellemême. L'occupation permanente et forte de Mascara dépend des travaux que vous avez faits, et de ceux que vous allez faire encore. Introduire dans cette place 4, à 5,000 quintaux métriques de froment et 6,000 quintaux métriques de paille, c'est plus pour obtenir la soumission du pays, soyezen bien persuadés, que de gagner dix combats et de revenir ensuite à la côte. Je vous suivrai dans ces nouveaux travaux ; je saurai ce que vous aurez fait, et vous pouvez être assurés que la France et le Boi vous en tiendront compte comme moi.
Toutefois, bien qu'il annonçât son départ aux troupes, Bugeaud ne quitta pas Mostaganem immédiatement. Le 7 juillet il en adressait à sa petite armée un deuxième ordre du jour où se lit toute sa sollicitude pour le soldat :
Il arrive très fréquemment , dit le général en chef, que par l'imprudence des soldats ou des chefs de poste, des hommes sont égorgés , soit en se promenant isolément et sans armes à de grandes distances, soit en allant porter à manger à leurs camarades en service. — - Il est temps de mettre un terme à ces négligences condamnables, qui peuvent faire perdre en détail les avantages que nous obtenions. Je recommande de la manière la plus forte à tous les commandants de poste de ne permettre, sous aucun prétexte, à des hommes isolés de s'éloigner de la protection des postes et des camps. — Les petits postes ne devront jamais envoyer un détachement chercher des vivres ; on devra les