CHAPITRE IX
leur apporter avec des forces suffisantes pour n'avoir rien à craindre.
Les gardes des troupeaux porteront avec elles leurs vivres, et feront la soupe dans les champs.
On prendra également toutes les mesures possibles pour empêcher lés hommes du civil de voyager ou d'aller au travail isolément et sans armes hors de la protection des postes.
Il sera tenu un état de ceux qui se laisseraient prendre par l'ennemi en enfreignant ces règles, ou qui se laisseraient enlever sans se défendre comme cela est arrivé quelquefois, et lorsque des circonstances amèneront l'échange des prisonniers, ils n'y seront pas compris (1).
Le 2 juillet, Lamoricière repartit encore pour Mascara ; il en revint treize jours après.
Cette triple expédition de Mascara répond bien au système que Bugeaud avait développé à la tribune pour la soumission de l'Afrique : occupation d'une place sur la côte, occupation d'une place correspondante à l'intérieur ; va-et-vient de colonne allant d'une place à l'autre et empêchant les Arabes de moissonner, entravant enfin ce que le député Bugeaud agg^ait leur intérêt agricole.
'ait dit aussi à la tribune qu'il fallait se faire
(1) Le lendemain, 8 juillet, un troisième ordre du jour signalait & l'armée, dans la province d'Oran, l'affaire de Foukdmitou, où, dans la nuit du 4 au 5, le colonel Tempoure avait repoussé les Arabes. Nos pertes avaient été de quatre hommes tués et vingt-huit blessés. On cite à l'ordre du jour le chef d'escadron de spahis Hontauban, blessé après avoir tué de sa main plusieurs ennemis ; le capitaine Walsin Esterhazy ; le commandant Uhrich, des chasseurs à pied ; le sous-lieutenant Bourbaki ; le capitaine Carondelet , qui, dans un mouvement de retraite, a emporté, sur ses épaules, un chasseur blessé.
LE MARIÎCHAL BUGEAUD.
l léger pour combattre les Arabes, oc rarmée la plus lé- / gère qui existe 2>. De là, cette suppression de Tartillerie et des fourgons, qui avait tant surpris les compagnons d'armes de Bugeaud à la Sickack. De là, le sac de riz de 60 kilogrammes mis en croupe de chaque cavalier, ce qui faisait écrire au général en chef, après l'expédition de Tackdempt :
La cavalerie a mis la plus grande patience à porter les sacs ; et quand il a fallu, combattre, elle s'est transformée rapidement en cavaliers légers et intrépides qui revenaient ensuite prendre leur charge (1).
C'est à cette époque, au mois de juillet 1841, que le général Bugeaud, afin de maintenir d'une façon durable sous notre domination les tribus qu'il venait
(1) Un aide de camp du général Lamoricière, le marquis de la Quiche, a fourni les détails suivants sur la façon intelligente dont son général appliquait les reoommandations du gouverneur général dans le but d'alléger le plus possible les colonnes d'approvisionnements, en vivant aux dépens de l'ennemi :
Un des plus tnrilUmts lieatenants de Bugeaud, Lamorloiére, perfeotionna encore oe système. Les Arabes avaient une dernière rapéziorité sur nous : ils ne portaient pas leurs vtvrei avec eux. A ceux qui demandèrent comment nous pourrions vivre sans emporinr de vivrei, La< Biorldèn répondit : Les Arabes le font bien : nous ferons comme eux. — L» Arabes paavalent le dispenser d'emporter des vivres, parce qu'Us tronvalent du gxatn dans lemrs silos, greniers souterrains dont ils connaissaient l'emidaoement. Nous eftmes donc une dUBcnKé de plus à vaincre ; il fallut découvrir les sUos des Arabes. On vit partir Lamoridère avec une colonne qui n'avait que quatre jours de vivres, et toiir la campagne pendant vingtdeux jours, n fit ajouter seulement, au fourniment, ces petits moulins à bras en usage parmi les Arabes. Nos soldats manutentionnaient eux-mêmes leur galette ^;irès avoir découvert le grain. Pour découvrir les silos, on formait, sur un espace d'une ou deux lleoes, une cbatne de soldats qui s'avançaient en fouillant la terre avec des baguettes de fusil et des pointes de sabre jusqu'à ce qu'on eût rencontré la pierre qui, placée à fleur de woi, recouvre l'entrée des silas. Alors cbacun se mettant à l'œuvre avec son moulin, réduisait k grain en farine et Uentét la galette était pétrie. Les silos foumlssalent le grain, la rassia la viande ; on n'avait plus besoin d'approvisionnements. On vivait moins Uen sans doute, mais on ^^aarobait plus vite, et Ton se consolait des mauvais repas en battant les Arabes.
c Le général de Lamoricière^ écrivait, dans son rapport du 6 juin, le gouverneur généraL m'avait rendu les pins grands surrlces dans les préparatifs de la guerre ; U a prouvé que le soin si Important des détails d'organisation et d'administration peuvent s'allier avec Tardeur et le couragâ qu'il montre en toute occasion, i