CHAPITRE IX
Le succès ne fut pas concluant ; soixante-trois hommes seulement sur huit cents demandèrent à rester. Le Mcmitmr algérien, pour pallier Téchec relatif du gouverneur, estime que a presque tous étaient ébranlés, incertains ; beaucoup ont dit qu'ils voulaient consulter leurs parents et que, probablement, ils reviendraient d.
Le lendemain, le gouverneur général, accompagné du directeur de l'Intérieur, de trois généraux et d'un nombreux état-major, se rendit à la colonie de THarrach pour inaugurer ce qu'il appelait la fête du labourage. Grand nombre de dames, à la suite de M""** Bugeaud, et beaucoup de notables s'étaient joints au cortège champêtre. Soixante charrues étaient réunies en avant de la Maison-Carrée. Le gouverneur général mit pied à terre et traça lui-même un sillon I « pour montrer aux Arabes, dit la feuille officielle, Iqu^il n'en était pas à son coup d'essai d.
Nous trouvons dans la correspondance du général une courte lettre adressée le 20 novembre 1841 à son ami Gardère. On comprend aisément que le soldat, après de semblables fatigues, fût bref dans sa correspondance.
Je croyais que vous me boudiez, mon cher Gardère ; enfin votre bonne lettre est venue me rassurer, vous n'avez été que paresseux.
Ne vous attendez pas à une longue lettre. Vous pensez bien qu'au retour d'une campagne de deux mois, j'ai trouvé des montagnes d'afiaires. Ma femme et mes filles se plaignent qu'elles ne me voient pas davantage que si elles étaient en Périgord.
Ma campagne a été énergique et féconde en événements. Cependant les résultats sont peu considérables. C'est que ce peuple est autrement constitué que vos sociétés vermoulues de civilisation I Vous savez que j'ai toujours dit que le soumettre n'était pas l'affaire d'une année et réellement ce n'est que dans cette campagne qu'on lui a fait une guerre assez profonde, assez vigoureuse pour atteindre le but. Aussi est-il très ébranlé ; mais il reste beaucoup à faire.
Je crois qu'on commence à s'accoutumer à ma féroce personnel Quant & l'armée, je crois qu'à bien peu d'exceptions près, elle m'est entièrement dévouée!
Ecrivez-moi! une longue lettre sur l'état de la politique ; je ne sais rien de ce qui se passe là-bas.
BUOEAUD.
L'année 1841 avait vu tomber Tackdempt et Saïda, Boghar et Thaza. La main du gouverneur général, qui avait abattu les forteresses et la maison paternelle d'Abdel-Kader et poursuivi l'Émir Tépée dans les reins dans les gorges de l'Atlas, venait, pour termi-
Lner, de diriger elle-même une charrue sur les rives de rHarrach.
C'était une année bien remplie. Le Roi le constata en insérant dans le discours du trône prononcé le 27 décembre 1841 les paroles suivantes :
Nos braves soldats poursuivent, sur cette terre et pour toujours française, le cours de ces nobles travaux auxquels je suis heureux que mes fils aient eu rhonneur de s'associer... La France portera dans l'Algérie sa civilisation à la suite de sa gloire.