‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 159 sur 294 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Pendant les jours de repos, on faisait des razzias (1) de toute part ; mais c'était pour mieux se préparer à la campagne du printemps !

Si le général en chef faisait marcher ses soldats et ses lieutenants sans relâche, il n'entendait pas demeurer înactif. Débarqué le 24 février à Alger après sa campagne d'hiver de Tlemcen, il semblait, dès la fin de mars, que le séjour du palais du Gouvernement lui pesait. Aussi le 25 mars signait-il un ordre général dans lequel il menaçait tous les Kabyles montagnards, et faisait pressentir une grande expédition àl'intérieur du Tell.

Nos frères d'Oran, disait-il, viendront sur le Chélif concourir avec nous pour vaincre enfin l'obstination de ces montagnards qui s'étendent de Tenës au Biban. Ils se croient inexpugnables dans leurs rochers; mais nous leur prouverons bientôt qu'il n'est pas de retraite où notre brave infanterie ne puisse les atteindre.

On n'avait fait jusqu'à l'arrivée de Bugeaud que des promenades militaires dans la plaine, autour des places de la côte. Bugeaud y avait joint dans la campagne de 1841 l'occupation définitive de places de rintérieur, Mascara, Tlemcen, et le va-et-vient des ej^péditions et des ravages entres ces places et les ports correspondants. Il annonçait, désormais, la guerre de montagnes.

(1) Le digne successeur et élève de M. Berbrugger, le sarant professeur d'àxabe, H. Cherbonnean, dont la vie presque entière s'est écoulée en Afrique, nous donnait une définition pleine de pittoresque du mot razzia, a Razzia^ en arabe, signifie proprement, disait-il, une attaque faite à l'improyisle, avant l'aurore, au I moment où la femme est sans ceinture et le cheval sans bride. 2>

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a Nos frères d'Oran, disaiMl^ viendront sur le Chélif concourir avec nous, d Telle était l'expédition nouvelle qu'il méditait pour commencer, et dont il ne voulait laisser à aucun autre qu'à lui même l'honneur de la direction. Au lieu de petits trajets tels que ceux de Mostaganem à Mascara, d'Oran à Tlemcen, il voulait diriger en personne une grande expédition d^Oran à Alger par la vallée du Chélif (1).

En admirant aujourd'hui, après quarante années écoulées, cette admirable plaine si bien cultivée, semée de villages et de stations, sillonnée plusieurs fois par jour par des trains de chemins de fer, où la sécurité pour le voyageur isolé est aussi complète qu'en France, il semble que cette prospérité et cette civilisation datent de plusieurs siècles. Que de périls cependant pour le voyageur et le colon qui s'y fussent aventurés en 1841 ? Aucun Français n'avait osé entreprendre

(1) Vers la fin du mois de mai 1842, le baron Larrey, Tillastre chirurgien en chef de Napoléon l^'^ et alors âgé de soixante-seize ans, fut chargé par le maréchal Soult, ministre de la guerre, d'une inspection de santé en Algérie.

Lorsqu'il arriva à Alger, vers la fin de mai 1842, le général était en campagne. A son retonr,l&baron Larrey fut reçu par Bugeaud, à ce moment fort préoccupé des événements de la guerre et de la conduite indomptable de l'Émir. Le baron HippolyteLarrey, qui accompagnait son père dans cette mission, nous racontait que, d'abord un peu froid et gêné, l'entretien devint bientôt expansif entre le gouverneur et l'inspecteur de santé. Us traitèrent successivement toutes les questions relatives à l'alimentation des soldats en Afrique, au régime des hôpitaux, aux approvisionnements et denrées accumulés dans les vastes caveaux d'Alger. L'organisation du service de santé militaire, le transport des blessés, l'usage du café substitué aux alcools, etc., tels furent les points de la conversation. Le maréchal exprima vivement enfin son intention d'empêcher le développement des fièvres intermittentes si fréquentes en Algérie en faisant distribuer du sulfate de quinine aux troupes ; mais son interlocuteur lui fit observer que ce médicament si actif, souvent falsifié, ne pourrait être administré sans inconvénients d'une façon préventive à des hommes sains, tandis qu'il suffirait d'en assurer la qualité pure aux hommes malades pour lutter contre la fièvre. Le général Bugeaud renonça à son projet.

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