CHAPITRE XI
en Algérie, et même en France, et Bugeaud comme les autres. Le Roi en effet et les ministres, par Tentremise du conseiller d'Etat Laurence , lui avaient fait pressentir sa prochaine promotion au maréchalat. Il avait toutefois l'âme trop hautef pour rien demander. « Quoi que l'on fasse, je n'en ferai moi-même ni plus ni moins pour ma difficile mission », écrivait-il, sur ce sujet, à un- ami intime.
Il eut le vif déboire de voir attribuer à un autre un bâton de maréchal qui venait de vaquer, -et de recevoir seulement le grand cordon de la Légion d'honneur. Ses impressions, à cet égard, se manifestent dans une lettre au ministre des Affaires étrangères M. Guizot, et dans deux lettres plus intimes que nous croyons devoir reproduire ici :
Vers la fin d'avril 1843, dit M. Gaizot dans ses Mémoires, je reçus du général Bugeaud cette lettre :
Le général Bugeaud à M. Guizot, Mon cher Ministre,
a Sur un premier mouvement, j'avais écrit au ministre de la Guerre la lettre ci-incluse. La réflexion m'a décidé à ne pas la lui adresser ; mais, pour soulager mon âme oppressée et mon orgueil justement blessé, j'ai voulu vous la communiquer. Si quelque chose pouvait me consoler, ce serait la pensée qu'il faut qu'on ait une bien hante opinion de mon dévouement et de mon abnégation pour que l'on ait substitué, à une récompense promise^ un cordon qu'on a donné
374 LE MAKÉCHAL BTJGEAUD.
aux plus minces services, à des hommes qui n^ont pas brillé. »
Quelques mois auparavant, on avait légèrement fait espérer, comme nous l'avons dit, au général Bugeaud , le bâton de maréchal de France , et le gouvernement le gratifiait, à la place, du grand cordon de la Légion d'honneur, ajournant une plus haute récompense de ses succès a à une nouvelle occasion d.
Dès le mois de janvier, pressentant cette déception, Bugeaud avait écrit à son ami M. Gardère la lettre suivante :
Le général Bugeaud à M. Gardère.
Alger, 9 janvier 1843.
Ce que vous me dites du retard qu'oa met à récompenser mes services a un peu de vrai ; mais je ne puis croire au mauvais vouloir. Ce qui est certain, c'est que, par faiblesse, on est plus soigneux de ses ennemis que de ses amis. On est sûr de moi : on ne me ménage guère.
Toutefois, on m'écrit qu'on s'occupe de moi en ce moment. Nous verrons bien. Quoi qu'il en soit, je ne déploierai ni plus ni moins de zèle pour ma difficile mission. Je travaille pour le pays et l'honneur.
Le compte des chevaux du Roi monte, argent déboursé par moi, à 7,547 fr. 07 centimes. Si M. le maréchal Soult ne vous a pas fait compter cette somme, je vous prie de la réclamer auprès de M. le colonel Naudet, son aide de camp. Vous le trouverez au ministère de 9 à 11 heures. Annoncezvous de ma part.
Bugeaud.