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CHAPITRE XI

Le général Bugeaud à M. Gardère.

Alger, le 13 avrill843.

Mon cher Gardère,

Au moment d'entrer de nouveau en campagne, je ne vous écris que quatre lignes pour vous prier de réclamer mon traitement de la Légion d'honneur pour 1841 et 1842.

Après m'avoir formellement fait dire par M. Laurence, de la part du Roi et du ministère, que je serais nommé maréchal en janvier dernier, on en désigne un autre et on m'envoie le grand cordon de la Légion d'honneur. Vous voyez de quelle façon on reconnaît des résultats qu'on n'osait pas même espérer.

Le monde, chère Agnès, est une étrange chose !

Je ne sais encore à qui, à quoi attribuer ce singulier procédé à l'égard d'un homme dévoué, qui n'avait rien demandé, mais qui avait cru à la parole du Roi et du cabinet. Mille amitiés.

Bugeaud.

Que faut-il donc faire pour avoir leur faveur? Rienl... Vous allez le voir par beaucoup de promotions.

Toutefois, les nobles préoccupations de la grande œuvre algérienne dominaient de beaucoup, chez le gouverneur général, les déboires personnels et les dépits passagers.

A ce moment même, au cœur de Thiver, au lendemain de la rentrée des troupes, après cette rude cam-

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pagne de quarante-sept jours , le duc d'Aumale venait de détacher un officier revêtu de toute la confiance du général Bugeaud pour compléter dans la partie orientale de l'Ouarensènis, insuffisamment visitée, l'œuvre commencée par le gouverneur général en personne. L'attention que le général Bugeaud portait à cette petite expédition se manifeste dans une lettre adressée par lui, dès les premiers jours de 1843, au duc d'Aumale lui-même (1).

Le général Bugeaud à S. A. E. le général duc d'Aumale.

Alger, 4 janvier 1843.

MoD Prince,

Si je n'ai pas répondu immédiatement à votre lettre du 2, c'est d'abord parce qu'il n'y avait pas une extrême urgence, et puis que je suis tellement tiraillé depuis mon retour, que je ne fais pas ce que j'aimerais le mieux faire.

J'ai été bien heureux d'apprendre que Saint-Arnaud n'était pas sorti. C'était bien assez d'avoir dehors la colonne dn général Changarnier. Mais s'il fait beau encore demain et que le temps ne se gâte pas, on aura de bonnes chances pour manœuvrer pendant tout le mois de janvier, et Ton doit d'autant en profiter que le mois de février sera probablement très pluvieux, sans compter la neige et la grêle.

Je vous avoue que je ne suis pas très rassuré de voir sortir

(1) En vertu d'un ordre général daté de Sidi-Bejoudi sur TOoed Rihou, 18 décembre 1842, le prince avait été chargé du commandement des piovinoes de Medeah et Milianah , le général Changarnier s'étant transporté vers Hoetaganem pour la suite des opérations. Dans la pensée du goavemear, c'était Changarnier qui devait occuper Ténès, et y passer Thiver.

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