CHAPITRE XI
Sid-Mohammed-bel-Hadj et Ben Marabot, fidèles à leurs promesses du 16 décembre, se rendirent auprès du général, au commencement du mois de juin, et s'entremirent pour amener des soumissions. Le 19, Bugeaud nomma Ben Marabot son khalifa, et Mohammed-bel-Hadj, son aga.
C'étaient les chefs qui nous avaient promis fidélité en capitulant le 16 décembre sur le grand pic. Ils tenaient la parole jurée. Mais il s'était produit alors ce qui survient souvent avec les Orientaux, surtout avec les Orientaux nomades : le général avait été trompé sur la qualité des personnes.
Aucun de ceux des grands chefs, qui par leurs richesses et leur ascendant moral sur les populations
rOued-Rou ina. Après une manœuvre entre Milianah et Cherchell ponr châtier les Beni-Fera, il se porta, au milieu de mai, dans Test de TOuarensènis. U y accula une nombreuse population qu'il bloqua sur les rochers le 18 ; le 20, deux mille prisonniers, huit mille moutons, huit cents bœufs, cent cinquante bêtes de somme tombent en son pouvoir. Il déposa son butin le 23 à Teniet-el-Had, se refit en vivres et rentra dans la montagne, brûlant et coupant les arbres fruitiers. Il revint le 7 juin à Milianah.
Le général de Lamoricière se préparait, le 19 avril, suivant les ordres du gouverneur général, à fonder lui aussi l'établissement de Tiaret j il fut détourné par une incursion d'Abdel-Kader. A la tête de dix-huit cents cavaliers, l'Emir venait d'enlever toute la tribu des Hachem préparée de longue main à la défection. Lamoricière va néanmoins, le 21, jeter les bases de l'établissement de Tiaret, y dépose ses approvisionnements, renvoie le convoi en chercher d'autres à Mascara. Le général contenait, en même temps, les tribus par les manœuvres des colonels Greiy, de Crény, et du général Mustapha. Le deuxième convoi est introduit à Tiaret le 1 0 mai.
C'est alors que le général Lamoricière se jeta à la poursuite de la smalah de l'Émir, pour concourir aux opérations du duc d'Aumale. Le 13, il atteint la pointe occidentale du Nador, à l'heure même où, suivant les instructions concertées, le prince atteignait la pointe orientale. L'aridité du sol et la crainte surtout que l'Émir retournât en arrière vers le Tell firent rétrograder Lamoricière j le 15, il rentra à Tiaret.
Apprenant, le 1 9, l'heureux coup de main du prince, il s'élance, de son côté, dans une course de dix lieues, enlève 250 Hachem et razze leurs troupeaux, T. II. 26
402 LE MARÉCHAL BUGBAUD.
pouvaient être considérés comme les véritables maîtres de la montagne, n'avait été pris dans le coup de filet de décembre 1842. Dès que nos colonnes se furent éloignées , ces chefs s'étaient présentés sur le terrain portant encore les traces de nos dévastations, et avaient amené les tribus à cesser immédiatement de nous obéir. C'est ainsi que le gouverneur général fut contraint à une deuxième campagne de l'Ouarensènis dans l'été de 1843. Il sentit en s'éloignant, cette fois, qu'il lui faudrait bientôt encore revenir.
L'enlèvement de deux khalifas d'Abdel-Kader qui se trouvaient dans le voisinage fut manqué une première fois par le lieutenant-colonel Leflô dans une expédition de nuit ; puis par le gouverneur général luimême, qui les poursuivit infructueusement du 5 au 8 juillet dans la direction du désert.
Le général Bugeaud rentra le 9 à Orléansville. Son arrière-garde, qui suivait, fut 'attaquée par les montagnards les 9, 10 et 11 juillet. Tout annonçait qu'il faudrait revenir en automne.
Vers cette même époque, le colonel Yusuf entra en communication avec les grandes tribus du désert , les Larbaa, les Laghouat et les Ouled-Naïls. Les chefs vinrent à Alger attendre le gouverneur général (1).
L'extension subite de notre influence sur les oasis du sud de la province d'Alger, sur ce territoire que, jus-
(1) Changamier rentra le 16 juin pour la troisième fois dans rOnarensèniâ, de concert avec le colonel Ficouleau. Après diverses xaadas et soumîwrtons il revint le 16 juillet à Miliauah.
A Medeah les colonels Korte et Yusuf faisaient nne énorme nnia le 29 juin (15,000 têtes de bétaU).