CHAPITRE XII
en leur fermant à volonté la contrée d'où elles tirent le grain nécessaire à leur existence. Les Romains avaient suivi le même système indiqué par la nature et Tobservation , et Abdel-Kader, dont Tintelligence subtile devinait ce que la tradition nous apprend, avait eu la même pensée.
De brillants faits d'armes, à la suite de poursuites incessantes, avaient signalé chaque mois de cette année fructueuse.
Sans cesse hors d'Alger où il campait à peine, toujours en campagne, le général Bugeaud parcourait le territoire à la tête de ses troupes. Jamais les colonnes expéditionnaires sous ses ordres et sous ceux des généraux Lamoricière, Bedeau, Changarnier ne sillonnèrent davantage, dans toutes les directions, les plaines habitées par les Arabes de la tente et les régions montagneuses occupées par les Kabyles.
(( La guerre c'est la ruse appliquée par la force, d dit un proverbe arabe. Si l'Emir mettait en pratique ce proverbe, son adversaire, le général Bugeaud, en faisait également large profit. C'est ainsi que la poursuite et la prise de la smalah d' Abdel-Kader, sans diminuer en (|uoi que ce soit la valeur, l'audace et le sang-froid du duc d'Aumale dans l'exécution du fait lui-même, furent une admirable conception militaire, une merveilleuse combinaison du général Bugeaud. Ses trois petits corps d'armée, en effet, agirent séparément, sans qu'aucun d'eux eût une donnée certaine sur le véritable but, la rencontre de la smalah. <ic Annoncer d'avance ce ({ue nous voulons faire serait compromettre le succès,
406 LE MÂRl£cHAL BUGEAUD.
disait le général Bugeaud à Tun de ses intimes; il faudra bien, qu'ayant enfermé Abdel-Kader dans un cercle, dans un triangle, le choc arrive; Napoléon donnait au hasard le tiers, je lui donne la moitié. - Abdel-Kader nous tient en alerte par ses ruses , par ' son incomparable stratégie, par son insaisissabilité! Nous aussi, devons avec lui lutter .de ruses. »
Voilà pourquoi le général Bedeau et le général Lamoricière, ignorant le véritable objectif de leurs marches et contre-marches, maugréaient souvent contre les ordres incompréhensibles du général en chef. C'était de cette incompréhensibilité de ses ordres que le grand homme espérait le succès, et c'est à ce prix qu'il l'obtint.
Le 10 mai, dit le Moniteur alfférien, S. A. R. le duc d'Aumale, après avoir fait un dépôt de vivres dans les raines de Boghar, s'est avancé dans le sud de rOaarensëois à la recherche des tentes et des familles d'Abdel- Kader et de ses khalifas. Cette réunion, évaluée à environ 10,000 personnes, compose ce qu'on appelle la smalah ; cette agrégation est entièrement ambulante. Les Arabes, nos alliés, disent généralement que si Ton prenait la smalah, on porterait un coup sensible à la puissance d'Abdel-Kader. S. A. B. M*^ le duc d'Aumale a été chargé de s'en emparer; mais l'entreprise est difficile. H faudra des marches forcées sur àes territoires où les eaux sont rares, et où l'on trouve plus rarement encore des cultures pour les animaux. S. A. B. a été pourvue, autant qu'il était possible, des moyens nécessaires ; mais quelle que soit son activité et son intelligence, il faut encore que la fortune lui vienne en aide pour at-