D'APRÈS DES DOCUMENTS INÉDITS ET SA CORRESPONDANCE INTIME
CHAPITiRE PREMIER.
Ljl Sickack. — 1836.
Le général Bugeaud en 1886. — Son portrait par Armand Marrast. — Départ pour l'Afrique. — Situation de la colonie à cette époque. — Désastre de la Macta (1886). — Le maréchal Clauzel. — Débarquement à la Tafna (6 juin). — Instructions du ministre de la guerre maréchal Maison. — Débuts du général Bugeaud. — La réunion des officiers ; il leur explique ses idées et sa méthode de guerre. — L'intendance. — Entrée en campagne; départ pour Tlemcen. — Difficultés de la route. — Mustapha Ben Ismaël. — Rapport au gouverneur général (24 juin). — Arrivée à Tlemcem. — Il rencontre Abdel-Kader. — Bataille de la Siokack (6 juillet). — Happort au ministre. — Lettre du duc d'Orléans. — Betour en France. — Une réponse au Messager.
La guerre des rues, les luttes passionnées du parlement, les lâches attaques d'une presse déloyale, loin de lasiger, de briser fénergie du général Bugeaud, avaient bronzé cette âme solide. Aussi lorsqu'il fut appelé, en 1836, au commandement d'une brigade en Afrique, vit-on le soldat déployer sur ce nouveau théâtre, véritablement le sien, toutes les facultés qui lui étaient personnelles. — Il avait alors cinquante ans ; son esprit était aussi robuste que son corps , et voici comment le dépeint un de ses secrétaires : « Il
était de haute stature, carrément sculpté, et 'd'une vigueur peu commune ; il avait le visage plein et musculeux , légèrement gravé de petite vérole ; le teint fortement coloré; Tceil gris clair; le regard perçant, mais adouci dans la vie ordinaire par Texpression d'une sympathique bienveillance; le nez légèrement aquilin , la bouche un peu grande ; la lèvre fine et railleuse. Quand la physionomie, empreinte de franchise et de simplicité , s'animait tout à coup au choc d'une pensée rapide, le génie rayonnait sur son front large et puissant, couronné de cheveux très rares, qui pointaient en flammes argentées. Tout en lui respirait alors l'habitude du commandement et l'allure impérieuse d'une volonté sûre de se faire obéir. C'était une nature de fer, âpre à la fatigue , inaccessible aux infirmités de l'âge, et qui n'aurait dû disparaître que dans le nuage d'un champ de guerre. »
Ses ennemis, ses adversaires politiques, et certes ils étaient nombreux, lui rendaient justice. Le républicain Armand Marrast, président de l'Assemblée de 1848, dans une biographie pleine de fiel et même injurieuse pour le député Bugjeaud , en tant qu'homme politique, ne laisse point que de juger impartialement le soldat : « Homme actif, dit-il, prompt au coup de main, façonné en Espagne à la guerre des guérillas, soigneux du soldat, veillant à son bienêtre, populaire dans la troupe, à l'aide de sa camaraderie de caserne, qui a le flair du vieux troupier, brave d'ailleurs et ne s' épargnant jamais, Bugeaud, par la rapidité même de ses mouvements , montra