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(( et de votre gloire, c'est que vous continuerez à (( exercer ^ôs doubles fonctions de gouverneur géné- <3C rai et de commandant en chef de Tarmée d'AfriqueJ (( pendant un an, et que d'ici là vous renoncerez à d votre projet de revenir en France, même par congé, a afin que la haute direction de la guerre et du gou- (( vernement reste encore dans vos mains assez de c( temps pour que vous puissiez achever ce que vous (( avez si habilement commencé. » Ce mot condition avait blessé profondément le nouveau maréchal.
C'est la première fois, je croîs, écrivait-il à M. Guizot, que pareille chose a été faite. Vous jugerez vous-même si ma susceptibiUté est excessive. Je vous donne copie du passage de la lettre de M. le maréchal Soult et de la réponse que j'y fais.
(( Sa réponse était digne et amère, ajoute M. Guizot. On ne se doute guère des difficultés qu'ajoute aux affaires le défaut de tact et de délicatesse dans la façon de les traiter. »
Ce fut, en effet , seulement sur les vives instances de M. Guizot et sur celles du Roi que le maréchal se décida à ne point quitter l'Algérie. Il voulait laisser le gouvernement de l'Algérie aux mains de M. le duc d'Aumale, au besoin, avec le titre de gouverneur général intérimaire. Le Roi, bien avisé, ne voulut point relever le nouveau maréchal de son commandement.
(( L'Algérie est un lourd fardeau, sans doute, disait familièrement le roi Louis-Philippe, un fardeau embarrassant. — Le bon maréchal voudrait bien le déposer
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entre les bras d'un autre et le confiera d'Aumale. Mais c'est trop tôt! Il faut qu'il reste encore en Afrique. A peine nommé maréchal, il ne saurait, consciencieusement, abandonner la partie et se dérober aux difficultés. Avec son idée fixe de retraite, il me rappelle un peu certain i)ersonnage d'une comédie dé Scarron, Jacques â! Arimaihie ^ je crois, et dans lequel un des héros, portant dans ses bras un poupon, cherche vainement à s'en débarrasser, parcourt la scène et l'ofire atout venant. — L'enfant, notre Algérie, est fort bien là où il est, c'està-dire dans les bras du maréchal, ajoutait le Roi; il faut (ju'il se résigne à le garder! »
La trace de ces hésitations se manifeste dans le discours que le métréchal Bugeaud adressa aux autorités algériennes le 12 août 184:3, le jour même où un officier d'ordonnance du Roi, le commandant Lîadières , lui apportait à Alger les insignes de sa haute dignité. La satisfaction, cependant, déborde dans les paroles du nouveau maréchal de France.
Messieurs, dit-il, c'est trop de bonheur en un jour! Un grade éminent, une lettre honorable de Sa Majesté , et vos félicitations, c'est trop, je le repète. J'aurais mieux aimé que vous ne vinssiez que demain.
La haute faveur que je reçois me retiendra en Afrique, par la reconnaissance, plus longtemps que je ne comptais y rester. Je pensais être bien près d'avoir acquitté ma dette. Je craignais, d'ailleurs, que l'âge et mes forces ne me permissent pas de soutenir longtemps les travaux inséparables de cette rude tâche. Ces pensées sont aujourd'hui loin de moi ; je me consacrerai de nouveau à l'œuvre poorsnivie
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avec une ardeur et une persévérance que vous reconnaissez , puisque vous venez me féliciter...
Recevant, ensuite, les officiers de l'armée, le maréchal crut devoir faire allusion à leurs travaux pacifiques, en même temps qu'à leurs fatigues de guerre :
Nos soldats, leur dit-il, ont suffisamment prouvé déjà qu'ils savent manier la pioche aussi bien que leurs armes. Vous avez ouvert cette année 163 lieues déroutes carrossables, en même temps que vous faisiez la guerre la plus active... Vos routes ont franchi l'Atlas ; les voitures publiques vont aujourd'hui à Medeah ; elles pourraient aller jusqu'à Oran. Elles vont aussi de Mostaganem à Oran, à Mascara, à Tlemcen, de Mascara à Tiaret. Vous avez en outre jeté sept ponts : uusurleEio Salado,un sur Tisser, un sur l'Oued-el-Hammam, deux sur la Mina, deux sur le Chélif. Où sont les bras pour exécuter ces travaux, si ce n'est dans l'armée? L'armée n'est donc pas moins indispensable pour féconder, utiliser la conquête qu'elle ne l'a été pour la faire. Ce sera une éternelle gloire pour l'armée d'Afrique de pouvoir! se dire : Nous avons vaincu un peuple belliqueux dont les intérêts étaient presque insaisissables comme les personnes ; dont le sol est horriblement tourmenté ; dont le climat est brûlant pendant sept mois de l'année ; un pays qui n'a ni routes, ni ponts, ni villes, ni villages; qui n'offi'e pas un abri contre l'intempérie, pas une ration de vivres si ce n'est les moissons qu'on peut saisir et les silos qu'on peut découvrir. Et après avoir vaincu ce peuple, nous avons sillonné son pays de routes; nous l'avons couvert de grands travaux d'utilité publique, qui feront prospérer l'agriculture et le commerce (1).
(1) A propos des services rendus par Farinée en Algérie, certain fait nona
L'une (les lettres que Bugeaud reçut à l'occasion de sa promotion au maréchalat donna lieu, de sa part, à un élan des plus touchants que nous racontait récennnent un témoin oculaire.
« Les compliments venaient de son ancien chef en Espagne, le général Harispe (1) qui, en 1843,
revient en mémoire qui prouve que depuis le maréclial Bugeaud rien n'a changé.
Pendant mon séjour à la préfecture d'Alger en 1878, un incendie ayant éclaté dans un ancien casernement servant de magasin de fourrages, j'en fus averti snrle-champ par le commissaire central, et me rendis sur le théâtre de Tincendie. Le général commandant la place et le maire y vinrent pende temps après moi, et me trouvèrent avec mon ami et voisin le général d'Eudeville du génie qui, avec une rare précision et un sang-froid remarquable, avait, dès les débuts de l'inoendie, organisé les secours et le sauvetage. Nos soldats seuls prenaient part aux manœuvres. Le voisinage de la mer (les bâtiments étaient sur le qnai) avait permis d'établir un système de pompes, et une foule d'Algériens, de curieux, de flâneurs de la place du Gouvernement étaient accourus. Loin de s'ofiErir pour aider 'j les travailleurs de l'armée, ils les entouraient en goguenardant , sans craindre de les gourmander au besoin.
J'en exprimai mon étonnememcnt au général et m'offris à forcer ces oisifs à participer aux manœuvres qu'il dirigeait, d Gardez-vous-en bien, mon cher préfet, reprit le brave général d'Eudeville. On voit que vous ne connaissez pas encore vos administrés et que vous n'avez pas pratiqué les colons t Triste engeance par ma foi! Vous voyez ce tas de braillards et de désouvré^, n'est-ce pas. Parmi eux, pas un seul n'aurait Tidée de nous prêter aide. Ah ! les gaillards, depuis le temps que notre pauvre armée les protège, les remplace, et fait leur besogne en Algérie, ils s'imaginent que tout leur est dû. Nous sommes ici pour leur tenir lieu de domestiques. Notre rdle est d'éviter tout travail, toute fatigue & ces messieurs. — Il nous faut leur verser leur absinthe ; ce n'est pas encore assez : quand elle est dans le verre, il faut la tourner, afin qu'il n'aient plus qu & la boire ! j>
(1) Harispe (Jean-Isidore), né en 1768, à Saint-Étienne-de-Bigorre (Basses-Pyrénées), mort en 1855, débuta dans la carrière des armes en 1792, comme capitaine d'une compagnie franche de chasseurs basques, gagna par son intrépidité dans la guerre contre l'Espagne le grade de chsf de brigade en 171)3, prit part aux opérations dont le pays des Grisons fat la théftln en 1800, passa ensuite ii l'armée d'Italie dans la division Moncey. Cdlonél «a 1803, il se fit remarquer ii la bataille d'Iéna en 1807. Général de brigade «i lS07,il fut blessé à Fricdland, puis passa en Espagne sous le maréchal Honoegr en qualité de chef d'état-major, se distingua à Tudela et au siège de SaragOMe. H fut fait général de division en 1810, et prit part aux sièges de Ldrida et da Tarragone: fut créé comte de l'Empire en 1813. H défendit vaillamment sous les ordres du maréchal Soult le territoire français envahi en 1814. La Beetauration le mit en disponibilité , puis lui donna sa retraite en 1826. Bappelé à