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CHAPITRE XIII

Le maréchal dont les efforts militaires s'étaient surtout portés à la poursuite de son grand adversaire, TEmir, dans le Titery d'abord, et ensuite dans la province d'Oran, ne pouvait méconnaître qu'Alger sa capitale fût menacée à TEst par des tribus indépendantes singulièrement rapprochées. Dès l'automne de 1842, il avait conquis la province du Sebaou, dont il avait remis l'administration au khalifa Mahi-Eddin, gérant fidèle, mais trop souvent troublé par les tribus indépendantes du voisinage qui obéissaient aux instigations de Ben Salem, réfugié dans le Jurjura.

La côte même de Dellys, cette escale si rapprochée d'Alger, n'était pas soumise. Le maréchal méditait de ce côté une petite campagne. Il la fit précéder de la proclamation suivante :

Aux chefs de sept tribus de FEst, salut (1).

Tout le pays autrefois gouverné par Abdel-Kader est maintenant soumis à. la France. De tant de tribus, vous êtes les seules qui ne soyez pas venues à nous. Il y a longtemps, moi, que j'aurais pu aller chez vous avec une forte armée ; je ne l'ai pas fait parce que j'ai voulu vous donner le temps de la réflexion. Plus d'une fois je vous ai dit : Soumettez-vous ! car vous obéissiez au vaincu , et vous devez obéir au vainqueur. Chassez de vos montagnes le khalifa Ben Salem, à moins qu'il ne vienne lui-même demander l'aman au roi des Français qui le lui donnera.

Non seulement vous n'avez tenu aucun compte de mes avertissements paternels ; non seulement vous ne vous êtes

(1) Il nous paraît inutile de donner au lecteur les noms de ces sept tribus.

480 LE ÎIARÉCIÎAL BUGEAUD.

point rai^prochés de nous et unis & vos voisins les Issers et les Krachenas, nos amis, mais vous avez recueilli Ben Salem, le rebelle, et les restes de ses Réguliers. Vous avez souffert que, de chez vous, il portât le vol et le meurtre dans nos tribas.

Je no puis tolérer plus longtemps cet état de choses et me décide à aller vous en demander satisfaction. Avant de me mettre en marche, cependant, un sentiment d'humanité me pousse à vous donner un dernier conseil; si vous ne le suivez pas, que les maux de la guerre retombent sur vous !

Venez me trouver à mon camp sur Tisser et chassez Ben Salem de votre pays ; soumettez-vous à la France, et il ne vous sera fait aucun mal.

Dans le cas contraire, j'entrerai dans vos montagnes ; je brûlerai vos villages et vos moissons ; je couperai vos arbres fruitiers et, alors, de ces maux n'accusez que vous seuls ; je serai, devant Dieu, parfaitement innocent de ces désastres ; car j'aurai fait assez pour vous les épargner.

La colonne qui devait opérer se réunit le 25 avril 1844 au bivouac de la Maison Carrée. Le lendemaiu 26, le gouverneur général s'y rendit et leva le camp à dix heures. M™® la maréchale et d'assez nombreuses personnes de la ville s'étaient rendues, à cette occasion, à la Maison Carrée.

Une réquisition de bêtes de somme avait été adressée à toutes les tribus du Titery et du Sebaou. Malgré la pluie, le mauvais état des chemins et le débordement des rivières, au jour indiqué, mille mulets et chameaux étaient réunis à la Maison Carrée.

Le 7 mai, après avoir traversé la Mitidjab et les montagnes des Issers, le maréchal arrivait à Dellys,

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