CHAPITRE IL
Traité de la Tafna. — 1837.
Situation critique de l'Algérie. — Le général de Damrémont, gonvemeur général.
— Le général Bugeaud est envoyé & Oran (avril 1837). — Ses instructions militaires et diplomatiques. — Compétition de pouvoirs avec le gouverneur général. — Lettre du général Bugeaud au comte Mole, ministre des affaires étrangères. — Signature du traité de la Tafna (29 mai 1837). — Le traité.
— Entrevue du général avec Abdel-Kader. — Détails sur Abdel-Eader. — Lettre de l'Émir au gouverneur général. — Cessation des hostilités ; apaisement.
L'échec de la première expédition de Constantine, qui avait eu lieu peu de mois après la courte campagne du général Bugeaud en Afrique (novembre 1836), avait décidé du rappel du maréchal Clauzel.
La situation de l'Algérie était grave; sept ans après la prise d'Alger, on n'était pas sensiblement plus avancé qu'aux premiers jours. On occupait les ports, et rien ou presque rien au delà. Sous peine de consacrer à la conquête simultanée de tous les points de la colonie la totalité de l'armée française et la majeure partie du budget, solution difficile et dangereuse en présence des complications parlementaires du gouvernement de Juillet, il fallait, désormais, concentrer ses forces sur un seul point et frapper à coup sûr.
Le successeur du maréchal Clauzel, le général de
Damrémont (1), nommé gouverneur général le IS février 1837, et arrivé à Alger le 3 avril seulement, n'était point en Afrique un nouveau venu. Il avait pris part, avec distinction, à l'expédition du maréchal de Bourmont et était fort apprécié des troupes. La revanche . de la retraite de Constantine devait être le but immédiat, l'objectif du cabinet français et la principale tâche du gouverneur général. Mais, pour ne pas diviser ses forces au moment de l'attaque de Constantine, il était nécessaire de faire préalablmaent la paix dans l'Ouest.
Il fallait donc choisir un homme de guerre qui fût à la fois un négociateur ; le général Bugeaud était naturellement désigné pour remplir cette mission.
Dans le temps n^ême où le général de Dâmrémont arrivait à Alger (avril 1837), le général Bugeaud débarquait à Oran, avec une autorité assez vaguemen t
(1 ) Charles-Marie Denys, comte de Dâmrémont, né & Chaumont (Haute-Marne) en 1783, est mort devant Constantine en 1837. Sorti en 1804 de Técole militaire existant alors à Fontainebleau, il ût ses premières armes & Austerlitz, à léna et & Friedland, alla combattre ensuite en Dalmatie et en Allemagne (1807-1809), en Espagne et en Portugal (1811-1812). Rappelé & la Grande- Armée en 1813, il était à Lutzen, où Napoléon le nomma colonel sur le champ de batail'e. L'année suivante il se distinguait à Brienne, & Champ-Aubert, & Vauchamp, & Étoges, à Montmirail et à Meaux. Premier aide de camp du maréchal Marmont, il fut nommé, peu après, le négociateur de l'armistice qui précéda la capitulation de Paris (1814). Maréchal de camp en 1821, il fit avec gloire la campagne d'Espagne de 1823 j chargé en 1830 du commandement de l'une des brigades de l'armée d'opération contre Alger, il acquit de nouveaux titres au siège de cette ville et mérita d'être envoyé pour prendre Bône. Le grade de lieutenant général fut la récompense de ses services. Il rentra alors en France, et fut appelé en 1832 au commandemsnt de la 8° division militaire, à Marseille. Habile et vigoureux, il sut préserver cette place de la guerre civile qui la menaçait. Choisi en 1837 pour gouverneur des possessions françaises dans le nord de l'Afrique, il eut à diriger la deuxième attaque sur Constantine. Déjà une brèche était faite ; Dâmrémont allait la reconnaître, quand un boulet le frappa & mort. Il avait été nommé pair de France en 1835.