CHAPITRE XV
ciements, en leur disant qu'il acceptait avec orgueil les honneurs qu'on venait de lui rendre, moins comme s'adressant à lui personnellement que comme un hommage public pour les glorieux travaux de l'armée dont il se regardait, en cette circonstance, comme la personnification. Dans l'après-midi, les consuls des diverses nations sont venus complimenter le gouverneur général.
Un Te Deum solennel fut chanté, le 14 septembre, en commémoration de la victoire d'Isly dans Téglise de Notre-Dame des Victoires, rue Bab-El-Oued. Le maréchal gouverneur général y assista avec les hauts fonctionnaires et une députation de Tannée. M^ Tévêque oJBBcia, et lecture fut faite d'un mandement remarquable qui énumérait les travaux glorieux de l'armée d'Afrique. — Le surlendemain, 16 septembre, un banquet et un bal furent offerts au maréchal sur la place du Gouvernement.
A peine la nouvelle de nos victoires était-elle connue en France, que, de tous les points du territoire, affluèrent à Alger des adresses, des. lettres de félicitations au vainqueur des Marocains. — Les secrétaires du maréchal furent employés, selon leur habitude, à répondre à ces nombreuses lettres d'amis connus et inconnus. L'une de ces lettres-circulaires adressée au docteur Menière (1), l'ancien compagnon de-BIaye,
(1) Le maréchal Bugeaud avait en effet conservé d^excellentes relations avec le docteur Menière, sans que ces relations, toutefois, eussent jamais revêtu un caractère d'intimité. (Voir tome I, chapitres xvii et xviii.)
Le nom de l'ancien médecin de la citadelle de Blaye, attaché par le ministre de l'Intérieur à la personne de madame la duchesse de Berry, nous amène, involontairement, à parler d'une regrettable publication qui a ému
donne une idée très nette de ces réponses, et ce récit de la bataille d'Isly est curieux à reproduire, bien que le style ne soit point celui du maréchal.
J'étais bien sûr d'ayance que votre esprit si juste ne partagerait point l'inquiétude générale sarles résultats de notre lutte avec l'armée marocaine. Vous pensiez avec raison que nos admirables soldats de l'armée d'Afrique feraient une éclatante application des principes que vous m'avez entendu proclamer si souvent sur l'avantage des armées bien constituées, bien disciplinées et manœuvrant à la voix d'un seul chef, contre les multitudes désordonnées, fussent-elles dix fois supérieures en nombre.
J'avais eu soin de pénétrer de ces vérités indiscutables jusqu'au dernier de mes soldats ; je les avais préparés, longtemps à l'avance, à la grande action que nous allions livrer : chaque chef savait le rôle qu'il avait à jouer, suivant les différents incidents de la bataille ; chaque soldat savait la place où il devait combattre ; chacun comptait sur son voisin, et tous, je puis bien vous le dire sans que vous me taxiez de présomption et d'orgueil, avaient confiance dans leur général en chef.
Si vous eussiez été témoin , mon cher Ménière, de l'allégresse de ma petite armée quand elle aperçut, le 14 au matin, l'immense cavalerie marocaine rangée en bataille en avant de plusieurs lignes de tentes, qui devaient être le prix de notre victoire ; si vous eussiez vu sa noble contenance lors-
réoemment et d'une façon doulonreose le corps médical de PariB. En effet, bien que le docteur Menière 8oit mort depuis plusieurs années, il a paru sous son nom des Mémoires relatifs à la captivité de madame la duchesse de Beny dans lesquels non seulement le secret professionnel a été brata» lement yiolé en ce qui concerne l'illustre prisonnière, mais qui révèlent des détails et des conversations qui, d'après les intentions connned du docteur Menière, n'auraient jamais dû être pnbliés.