‹ Le Maréchal BugeaudChapitre 263 sur 294 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

qu'elle se déploya en ordre de combat sous les premières attaques de nos ennemis et lorsqu'elle s'avança majestueuse, au milieu de ces masses, méprisant sur son chemin les chocs mille fois répétés des cavaliers les plus renommés du Maroc ; si vous eussiez vu, enfin, l'impétuosité de notre cavalerie lorsqu'elle s'est élancée à la charge, son courage et son sang-froid quand elle eut à combattre un contre dix ; si vous eussiez vu toutes ces choses, votre cœur eût tressailli de plaisir.

Il fallait bien, mon cher Ménière, qu'il en fût ainsi, car il y allait pour nous ou d'une victoire ou d'une ruine complète ; si nous nous fussions montrés faibles sur un seul point, nous eussions tous été dévorés, depuis le plus petit soldat jusqu'à votre cher maréchal, et qui plus est, c'en était fait de toute l'Algérie. Dans cette alternative, il était donc indispensable de vaincre, et c'est ce que nous avons fait.

Je n'ai pas besoin de vous dire, mon cher Ménière, quel plaisir votre lettre m'a fait éprouver ; j'ai reçu vos félicitations avec bonheur, et je vous en remercie avec toute l'efifusion de mon cœur.

Les deux lettres ci-dessous, la première à M. Gardère, la seconde à M"® Léonie Bugeaud, furent écrites peu de temps avant le départ du maréchal pour la France et après sa petite campagne en Kabylie.

Le maréchal Bugeaud à M, Gardcre.

Alger, le 17 octobre 1844.

Mon cher Gardère,

Vous n'avez pas voulu sans doute m'imposer l'obligation de répondre à vos longues mais bonnes considérations sur

OOO LE HAItlSCHAL BUGEAUD.

la campagne du Maroc. Je réserve ça ponr nos conTersations de cet hiver, an coin de votre fea ou dn mien, si nos femmes veulent bien nous le permettre. Ponr aujourd'hui, je suis trop occupé, et je me bornerai à vous dire que je savais par avance toute la joie et tout Torgneil que vous ont causés nos succès; je savus que vos bons amis vous en féliciteraient, comme vous m'en félicitez vous-même.

Jamais Tivresse de la victoire n'a été plus prolongée que la mienne : il 7 a bien quarante jours que j'emploie le tiers de mon temps à répondre ou à faire répondre par les officiers qui m'entourent, aux lettres de félicitations qui m'arrivent de partout et de tous les rangs de la société. J'ai même reçu une lettre des plus flatteuses d'un trompette de la ville de Montpellier qui a été cornette de voltigeurs dans le terrible H*" de ligne. H me rappelle tous les combats où il s'est trouvé avec moi en Espagne et à l'armée des Alpes : <i: Vous souvenez-vous, dit-il, comme nous avons fait sauter les Anglais à Ordal et danser les Autrichiens et les Hongrois à l'Hôpital I Quand nous vous avions à notre tête, nous étions sûrs de la victoire. 3>

Les louanges de ces hommes simples mais excellents m'ont remué jusqu'au fond du cœur; je compte voir mon voltigeur en passant à Montpellier.

Adieu, mon cher ami, j'écris courtement parce que j'écris beaucoup. Soit dit sans jeu de mots : je vous jure que la gloire coûte cher; aussi elle vaut beaucoup, mais, comme de tonte chose il n'en faut pas trop.

Mille hommages à votre moitié, mille tendresses ponr vous.

Maréchal Bugeâud.

Page 1