FIN DU TOME DEUXIÈME
Le général Bugeatid à M. Louis Vmillot, à Paris.
Oran, le 9 juUlet 1837.
Mon cher Veuillot, comme M. Mauguin et les journalistes ont complètement défiguré mon entretien avec l'Emir, je vous prie de rétablir la vérité dans votre journal.
C'est moi et non l'Émir qui avais fixé le lieu du rendez-vous ; c'était à trois lieues de mon camp et à huit ou dix de celui d'Abdel-Kader. L'erreur de désignation du lieu fit probablement qu'il s'arrêta trop tôt ; il y avait aussi d'autres motifs pour lui faire ralentir sa marche. Comme il tenait beaucoup à étaler sa puissance, il attendait de nouvelles troupes qui arrivaient à chaque instant. Jl exprima même le désir de remettre l'entrevue au lendemain, parce qu'il attendait sept mille Marocains qui n'auraient pu qu'ajouter beaucoup à l'idée qu'il voulait donner de sa force. Ennuyé de toutes ces lenteurs et voyant qu'il était cinq heures du soir, et qu'il me fallait retourner à mon camp de la Tafiia, je piquai des deux et je fus à lui : les Arabes admirèrent beaucoup cette résolution : ceux qui vinrent nous visiter le lendemain au camp en parlèrent hautement et dirent que j'avais montré plus de courage que l'Émir.
Ma petite armée fut loin de partager l'opinion de M. Mauguin. Vous connaissez le reste de l'entrevue; vous pouvez arranger cela comme vous savez si bien le faire.
Votre ami,
BUGEAUD
Le général Bugeaud à M. Louis VeuiUot, à Paris.
Oran, le 20 jaillet 1887.
Mon cherTemUa^» je comprends qu'avant la fin de la session le ministère n'ait pas pnbHé k taiibé (le traité de la Tafna) : mais je ne comprendrais pas qu'après les (AambEOS, il retardât encore cette publication. O'est bien assez de m'avoir hisBè sous le fouet de la presse depuis deux mois. Presque toute la France crat que le traité a été renvoyé en Afrique (paroles de M; Mole dans la séance du 24 juin, je crois) pour y être modifié. Or, le fait est qu'il a été ratifié sans aucune modification. Qu'arrirera-t-il quand enfin il sera publié ! Que la presse dira : Il fallait que le traité fût bien mauvais puisque, quoique modifié, il n'est pas encore bon. C'est l'argument tout naturel des opposants à la pacification, et en conséquence je crois qu'il est essentiel de prendre les devants et de dire que le traité a été ratifié sans aucun changement.
Il ne tenait qu'à moi d'être chargé des négociations et démonstrations de Constantine. M. Delarue est venu me l'offrir et M. Mole me dit confidentiellement qu'il n'est que moi pour développer dans l'Algérie le système pacifique que je viens d'y fonder. J'ai répondu que j'étais flatté de la confiance que me montrait te Gouvernement et qu'en retour je devais lui dire avec franchise ce qui me paraissait dans les intérêts de tous. Voici textuellement le passage de ma lettre sur ce point.
c( Je pense sincèrement qu'il vaut mieux que ce soit M. le gouverneur général qu'on charge de cette affaire. II est destiné à rester longtemps en Afrique et à y remplir une mission grande et difficile. Il faut donc lui donner la prépondérance nécessaire pour l'accomplir. Or, ce serait l'amoindrir beaucoup trop que de faire faire autour de lui deux grandes opérations auxquelles il ne participerait pas. Il y aurait même là un autre danger ; c'est (jue, n'ayant pris aucune part à ces traités, il n'aurait pas le
même zèle pour les maintenir. A son insu même, il pomrait se laisser aller à des démarches, à des impressions qui seraient peu favorables au système que vous voulez maintenir. C'est là malheureusement la tendance de l'esprit humain... »
Je vous assure, mon cher Veuillot, que tout n'est pas roses dans les grandeurs et surtout dans celles d'Afrique. Il m'est impossible de faire ma correspondance ni d'écrire un mémoire commencé depuis un mois, tant je suis dérangé par mille détails d'organisation... Ah ! qu'il me tarde de regagner le Périgord ! Et au bout de tout cela, être attaqué, calomnié, vilipendé, c'est trop !
Votre ami,
BUGEAUD
Simon Bernard (baron), général, né à Dôle en 1779, mort le 5 novembre 1839. Elevé par des religieux et entre autres par l'abbé Gantés, savant prêtre de Dôle, il fut reçu à 15 ans à l'École polytechnique. — Arrivé à Paris au milieu de l'hiver le plus rigoureux, à pied, le sac sur le dos et un bâton ferré à la main, il mourait de froid et de faim sur l'un des quais de la ville lorsqu'il fut sauvé par une pauvre femme qui Tamena chez elle, le réchauffa et le conduisit à l'École. Bernard se forma à l'enseignement de Lagrange, Laplace, Hatiy, Berthollet, Chaptal et Monge. Il sortit le second de la promotion du génie. Il fit ses premières armes à l'armée du Rhin et gagna bientôt les épaulettes de capitaine. Chargé par l'Empereur, pendant la campagne de 1805, d'une mission importante, il devint son aide de camp. Pendant les Cmt-jours , il fut mis à la tête du cabinet topographique de Napoléon. Il combattit à "Waterloo, essaya en vain de reformer l'armée et ne put obtenir de sui\Te l'empereur à Sainte- Hélène.
Exilé à Dôle par la Restauration qu'il aurait cependant servie, (( parce qu'il pensait, dit M. Mole, qu'on se doit à sa patrie sous tous les gouvernements qu'elle accepte ou qu'elle se donne, » il
préféra aller rejoindre la Fayette aux Etats-Unis. Le gouverneur de rUnion comprit aussitôt les services qu'un tel homme pouvait rendre et lui confia les plus grands travaux qui aient jamais été exécutés ou conçus dans aucun pays. Relier entre elles toutes les parties de TUnion par des routes, des canaux, des rivières navigables, en prenant pour base du plus vaste système de communication, ces lacs que TEurope envie à TÂmérique et qui conmie des mers intérieures portent partout sur leurs rivages le commerce et la vie. Il s'agissait en outre de mettre à l'abri de toute invasion une frontière de quatorze cents lieues, en construisant quinze places de guerre et un grand nombre de forts : telle fut la tâche que le général Bernard proposa au gouvernement des États-Unis. A. la nouvelle de la révolution de Juillet, le général Bernard, qui avait achevé les immenses travaux que lui avait confiés le gouvernement de l'Union, voulut revenir en France. A peine de retour, il devint aide de camp du Roi et bientôt après lieutenant général du génie. Le 6 septembre 1836, il entra au ministère et reçut le portefeuille de la guerre qu'il conserva jusqu'à la chute du cabinet du 15 avril 1839.
En apprenant la mort du général baron Bernard, le gouvernement des États-Unis honora sa mémoire par un ordre du jour présidentiel, dans lequel, désirant témoigner publiquement le respect qui lui est dû, autant pour les services éminents rendus par lui au pays que pour ses vertus privées, il ordonne que les officiers de l'armée porteront le deuil pendant trente jours.
RECTIF [CATIONS ET ERRATA.
Page 5, ligne 5 : au lieu de fils, lire à un membre de la famille dn bey de Tunis.
Ibid., ligne IS : au lieu de Des-michels, lire Desmichels.
Page 22 (note) : Le fait relatif à la mutilation du corps de Mustapbaben-Ismael par Abdel-Kader est erroné. Voici la vérité ; la tête de Mustapha-ben-Ismael, coupée par le berger qui l'avait tué, fut portée par lui à Abdel-Kader dans l'espoir d'une récompense. L'Éni|p chassa ignominieusement le berger et dit ces mots : a: Avec Mustaphaben-Ismael disparaît le génie, la personnification de l'antagonisme personnel (anéd) j>. Puis, il fit inhumer respectueusement la tête de son implacable adversaire.
Page 34, ligne 4 : au lieu de Madroma, lire Vedrona.
Page 46, ligne 27 : au lieu de Sessas, lire Sezia.
Page 158, ligne 6 : au lieu de humeur, lire humour.
Page 272 (sommaire), ligne 8 : au lieu de 34®, lire 24®.
Page 275 (note), ligne 18 : au lieu de familles, lire tribus.
Page 288 (note) , ligne 7 : au lieu de mortel , lire moral.
Page 292, ligne 2. Le rapport officiel du général Bugeaud contient également le nom de M. Léon Roches.
Ibid.y ligne 25. Ce n'était pas le frère d 'Abdel-Kader, Mustapha, nommé en efPet en 1836 par lui, bey de Milianah, mais Sidi-Mohd-Ouled-Sidi- Embarek, alors khalifa de Milianah.
Page 302, ligne 27 : au lieu de Metjar, lire Medjeher.
Page 304 , ligne 4. C'était seulement par les Arabes que ces forteresses étaient réputées imprenables en raison de leur situation et de leur éloignement ; ces travaux en réalité n'avaient aucune solidité.
Page 318, ligne 20 : au lieu de Telleugz, lire Telleugr.
Page 330, ligne 15 : au lieu de Sebaou, lire Sebdou.
Page 332, ligne 30 : au lieu de Sebaou, lisez Sebdou.
Page 341 (note) , ligne 5 : au lieu de Lauries , lire près des sources du Chélif.
Page 365 (note) : au lieu de saba, lire raba.