CHAPITRE XV
Messieui^s,
J'avais eu l'honnenr déjà d'être accueilli et fêté dans plusieurs villes, mais j'étais loin d'espérer une telle manifestation de l'élite d'une cité qui est le centre du commerce, de l'industrie, des sciences et des arts du monde. Je comprends parfaitement bien le sens de cette manifestation ; je sais que vous honorez dans ma personne ceux qui, de près ou de loin, ont coopéré à la grande entreprise que nous poursuivons tous. Vous avez déjà fait une large part à ces jeunes princes, l'espoir de la France. Vous venez aussi de reconnaître d'une manière généreuse les services qu'a rendus l'armée. Permettez-moi, à mon tour, de vous signaler les droits du Gouvernement à votre reconnaissance. C'est lui qui m'a donné les moyens de bien faire et qui a, tacitement pour cela, engagé sa responsabilité.
Le maréchal présenta quelques considérations sur le système définitif adopté pour la guerre et la colonisation, et signala les immenses avantages que la sécurité de nos possessions devait assurer au commerce français.
Après avoir rappelé que déjà, Tannée précédente, le mouvement du commerce entre l'Algérie et la France s'était élevé à quatre-vingts millions, il annonça qu'il avait la conviction que dans dix ou douze ans l'Algérie se suffirait à elle-même. Il termina en ces termes :
Messieurs,
Je suis fier de vos snfiFrages ; mais je sais tout ce qu'ils m'imposent de zèle et de persévérance.
588 LE MARECHAL BUOEAUD.
Je pars dans deux jours et je redirai à nos soldats les flatteuses paroles que vous leur avez adressées : ce sera leur plus belle récompense.
Le banquet de la Bourse de Paris fiit en quelque sorte dans la vie du maréchal Bugeaud Tapogée de sa gloire militaire ; il y revenait souvent dans ses conversations de famille. Cette ovation spontanée, offerte par la grande ville, était à ses yeux la consécration de son système et de ses idées sur l'Afrique , le couronnement de sa vie.