CHAPITRE IV
assorément^ de faire de la dignité nationale à cette tribnne ; mais vous conviendrez que cela est facile. (Murmures à gauche.) H est assez étrange que ceux qui n'ont jamais fait de dignité nationale qu'à cette tribune viennent donner des leçons à ceux qui en ont fait en présence de l'ennemi. Je pourrais me borner à demander à M. Mauguin où il était en juin 1815 (Réclamations à gauche), où il était le 28 juin 1815, quand je défendais les Thermopyles des Alpes contre les Autrichiens ; où il était quand je défendais les rues de Paris en juin 1832. (Vive interruption à gauche.)
Je sens que ma renommée n'est pas assez grande pour que je puisse opposer cette fin de non-recevoir. Je n'ai pas le droit de dire comme Scipion : n Allons rendre grâces aux dieux de la victoire de Zama! » Je vais vous expliquer tout simplement comment les choses se sont passées. (Écoutez.)
(Suit le récit de l'entrevue d' Abdel-Kader ; voir chapitre ii, page 78.)
Dans la séance du 15 janvier 1840, nous retrouvons encore une défense et une justification du traité de la Tafna.
I Je devais tâcher, dit le général-négociateur, d'obtenir la I paix, par un traité d'abord ; sinon, en faisant une guerre active. J'ai préféré obtenir un traité, savez-vous pourquoi? Parce que la guerre que nous pouvions faire à cette époque était la guerre que nous avions déjà faite infructueusement depuis sept ans. Cette guerre avait été inefficace et avait fait perdre beaucoup d'hommes et beaucoup d'argent. La détermination de faire un traité n'a nui qu'à la gloire de mes soldats et peut-être à ma carrière.
Messieurs, je ne veux pas glorifier le traité de la Tafna,
car, sauf le courage, la patience et le dévouement de nos soldats, il y a peu de choses à glorifier en Afrique. Cependant je pourrais tirer quelque vanité du traité, en le comparant aux faits qui se sont déroulés depuis. Il y avait en Afrique un effectif de 35,000 hommes ; j'en avais 8,000, en présence de l'Emir, qui en avait réuni environ 20,000. C'est dans cette situation que je lui imposai le traité, le mot n'est pas trop fort.
Depuis, et pour la paix, il y a eu en Afrique 53,000 hommes en 1838 ; 48,000 en 1839, et cependant on n'a pu faire exécuter le traité par l'Émir. H est entré dans la province de Constantine ; il y a levé des impôts et nonmié des chefs ; il a entravé le conmierce ; il ne nous a pas maintenu la sécurité dans les zones réservées ; il n'a pas payé la contribution de guerre. Enfin, la convention n'a été exécutée sur aucun point.
Il fallait bien. Messieurs, que pour lui avoir imposé ce traité j'eusse exercé sur lui quelque influence. Cette influence, je ne crains pas de le dire, c'était celle que j'avais acquise en 1836, par le combat de la Sickack...
Mais, me dit-on, vous avez grandi Abdel-Kader, vous l'avez fait puissant. Ce n'était qu'un simple marabout, vous en avez fait un prince ; vous lui avez concédé une étendue immense de terrain...
Apparemment, Messieurs, pour céder quelque chose, il faut d'abord le posséder. Eh bien, vous n'aviez pas tous ces terrains. Abdel-Kader les possédait. Son frère était bey de Medeali ; il avait un lieutenant à Milianah et commandait jusque dans la Mitidjah, où les Hadjoutes, qui nous ont fait une guerre si cruelle, lui obéissaient.
Je conviens que la paix lui permit d'augmenter sa petite armée permanente, de former un petit corps d'infanterie ré-