CHAPITRE V
tous, et nous ne pensons pas que, depuis lui, un orateur de sa trempe et de son tempérament se soit fait entendre à la tribune du Palais-Bourbon.
Le général Bugeaud fut, pour la première fois, nommé député aux élections d'août 1831^Pendaat toute la durée de la monarchie de Juillet, les électeurs
• d'Excideuil (Dordogne) lui maintinrent leur^cpn-
[fîânce.
H avait été élevé au grade de général de brigade, ou plutôt, suivant le style de l'époque, de maréchal de camp, dès le 2 avril de la même année. Les épaulettes de lieutenant général lui furent données cinq ans après , à la suite de la victoire de la Sickack. Ce ne fut donc point à ses votes de député* ministériel qu'il dut ses grades, ainsi que le reproche lui en fut adressé par ses adversaires, dans l'opposition de droite après Blaye^ et dans celle de gauche après la mort de Dulong et les émeutes de la rue Transnonnain. Cette imputation, d'ailleurs, fut vertement relevée par lui, dans la lettre qu'il adressa au journal le Messager.
Bugeaud ne fut point, tant s'en faut, un député muet, un de ces députés, si nombreux dans les Chambres et surtout dans leurs centres, qui se contentent de voter, d'approuver, de lancer, dans des jours exceptionnels, une interruption, d'opiner dans les bureaux ou commissions et de faire, quand il est nécessaire, un rapport honorable sur une question quelconque. Bugeaud n'est pas muet ; Bugeaud n'est pas calme. Il aborde facilement la tribune et même la place publique. Il parle volontiers à ses collègues de la Chambre, à ses
152 LE MARÉCHAL BUGEAUÎ). ^*V
paysans d'Excîdeuil, et , au besoin, il descend dans là* rue pour haranguer des têtes chaudes pérî^ourdînea qui lui préparaient un charivari (1832).
C'est un orateur, et un orateur français dans toute Tacception du terme, par la vivacité, la verve, par le patriotisme. Il est peu de ses discours qui ne contiennent des traits originaux excitant la sympathie ou provoquant l'hilarité de ses collègues. Le terme qui échappe à son improvisation est quelquefois un peu vulgaire, mais Torateur l'explique et revient à la charge pour développer sa pensée, fût-ce à plusieurs années d'intervalle. Tel fut son fameux peœtin d'avoine^ qui lui fut tant reproché.
Bugeaud s'était présenté à ses électeurs comme partisan de la monarchie de Juillet. Mais il n'entendait pas être révolutionnaire, loin de là. Le 8 mai 1839, il expliqua à la tribune pourquoi il ne siégeait pas sur les bancs de l'opposition.
M. Garnier-Pagès a dit que, dans une circulaire, j'annonçais à mes électeurs que j'irais m'asseoir à côté de MM. Laffitte et Dupont de l'Eure.
Cela n'est pas parfaitement exact (Écoutez); j'ai dit seulement que je viendrais m'asseoir & côté du général Lamarque. Ma place était là, en efifet, et ce fut là d'abord que je pris place.
Pourquoi l'ai-je quittée? Je le dirai franchement, c'est parce que j'ai trouvé des opinions toutes contraires & celles que je croyais trouver. C'est parce que j'y ai trouvé des idées tellement extraordinaires (Rires au centre) sur la direction à donner à la révolution de Juillet et sur notre conduite
-*^ * CHAPITRE V. « ;^ 153 Ai; a**
pji Textérieur, qu'il m'a été impossible de plier ma raison ■rk ma promesse. J'en ai prévenu loyalement mes électeurs; ^1 je leur ai expliqué mes motifs dans plusieurs lettres. Ils ll^V m'ont complètement approuvé, et la preuve, c'est que je *^> "^ liuis encore ici! (On rit.)
Comment, moi, guerrier qui crois entendre quelque éhose à la guerre, aurais-je pu rester dans un des côtés de la Chambre q^i voulait faire la guerre à l'Europe entière, avant d'avoir organisé un bataillon? (Réclamations à gauche.)
Eh, Messieurs! cela ressort de toutes vos discussions d'alors; c'est l'opinion que manifestaient tous les jours vos écrivains^ a: Il n'est pas nécessaire, disaient-ils, pour faire
a .gueireJJ^EuroEe^aYoir dfifl trftHBffi Organifif^efij^J^^ voulait immédiatement porter la guerre sur le Rhin, et déclarer à l'Europe que la révolution de Juillet n'irait pas plus loin.
M. de Lafayette, s'il est permis de faire parler les morts, disait un jour : <c Ce n'est pas la guerre de tactique et de stratégie g u*il faut faire^ .c!fiat la gAiftrifi da^^mijtf^ gande et de liberté! » Je crois qu'alors je lui répondis : « La guerre de propagaude et de liberté se résout par des batailles, ëTpour gagner des batailles il faut des bataillons, des escadrons et des batteries l^jj^n nrg^anîsppfl. 3> (Approbation au centre.)
On comptait beaucoup sur la sympathie des peuples, et c'est ce que l'on faisait valoir. Moi, qui ai éprouvé ce que c'est que la sympathie des peuples dans les différents pays
/ où j'ai fait la guerre, je n'avais pas grandToi dans ce
I moyen.
C'est donc en raison des conséquences désastreuses
que les suites de la révolution de Juillet pouvaient amener, par une guerre inconsidérément déclarée à TEurope, que Bugeaud devint résolument ministériel. Dès son entrée à la Chambre, il le déclara, bien qu'il fût très indépendant du ministère et des ministres, et nommé député en dehors d'eux, peut-être contre / leur désir.
s le 13 août 1831, il donna du haut de la tri-
bune à la politique de^païx , réclamée par le pays, l'adhésion suivante :
Je rends grâx^es aux ministres de nous avoir donné le temps de nous préparer à la guerre. Je leur rends hommage pour le service qu'ils ont rendu au pays. Cet hommage est bien désintéressé ; ce n'est pas l'adulation qui me Pinspire. Je ne connais pas les membres du cabinet ; je n'ai jamais été chez eux ; je ne leur ai jamais parlé. (Rires d'approbation.)
Les ministres peuvent compter sur mon appui ; je le leur donne franchement. Ce n'est pas que j'approuve tous les détails de leur administration ; mais ils ont rendu au pays un immense service en lui laissant le temps de se préparer à la guerre.
Je voterai donc pour eux, parce que je suis convaincu que les lois promises seront conformes aux vœux du pays et à l'esprit de la révolution de Juillet. Je désire surtout qu'ils fassent quelque chose pour les masses populaires, qui ne se nourrissent pas de théories. (Adhésion.)
Le grand sujet d'inquiétude nationale à cette époque, pour i5ugeaUd comme pour l6uU luu {^enu du buit sens, était la possibilité d'une intervention armée en