CANROBERT ET LES ÉPICIERS DE LOND
Chose bien amusante, le marécha] Canrobert, ce type achevé du véritable troupier, était membre de la Corporation des Epiciers de Londres.
M. Henri d'Ideville, qui voyait parfois le maréchal Canrobert, raconte qu'ayant, au cours de l'une de ses visites, regardé un rouleau placé sur une table, le maréchal lui dit :
« Savez-vous ee que contient ce long rouleau de métal placé sur cette table, ce que renferme cel étui ? »
En même temps, il dépliait un rouleau de parchemin.
« Voilà qui nie vient d'Angleterre, c'est le brevet m'instituant membre de la Corporation des Epiciers de Londres. Ceci peut taire rire en France, tout ce que nous ne connaissons poinl lions prête à rire ; nous sommes si spirituels ! Croyez bien que j'apprécie le titre de compter parmi la vieille corporation de la Cité, honneur qui n'est point réservé à tous. Regardez le nom de mes devanciers, de mes collègues. »
Et en même temps, le maréchal me faisait lire une pancarte où étaient inscrits les membres d'honneur qui, depuis 1231, avaient t'ait partie île la corporation. On y lisait, entre autres noms, ceux de :
John de Gisors, 1245 ;- sir John Philpot, 1378; sir John Riveis, 1573 ; le roi Charles II, 1660 ; Georges Monck (duc d'Albemarle), 1660; sir John Morre, 1662 ; le duc de Buckingham, 1684 ; sir
Thomas Chicheley, 1686 ; le roi Guillaume III, 1689 ; William Pitt, 1784 ; marquis Cornwalis, 1792 ; Georges Caiming, 1824; Robert Peel, 1824; lord Raglan, 1855 ; l'amiral Lyons, 1856 ; maréchal Canrobert, 1856 ; le due de Cambridge, 1859 ; lord Clyde, 1860 ; lord Elgin, 1861 ; le prince de Galles, 1863.
» Les statuts de mitre compagnie, reprit le maréchal, n'ont point changé depuis des siècles. Voilà pourquoi notre corporation et tant d'autres subsistent et résisteront au temps. Là est tout le secret de la puissance et de la grandeur de l'Angleterre : dans son respect pour ses institutions, ses chartes, les usages et les droits établis de chacun. Les épiciers de la Cité de Londres sont plus heureux que nous. Ils n'ont pas à se préoccuper, hélas! de bâcler une constitution pour la renverser ensuite. Combien en avons-nous eues depuis un siècle;" Combien en verrez-vous encore, vous qui êtes plus jeune que moi !
« Ce n'est point «pie je sois trop vieux, toute- E as, reprit le maréchal, redressant la tète et frappant sa large poitrine, j'ai de bonnes années encore, si Dieu le veut, au service démon pays, je suis prêt à les donner... si on me l'ait signe. »