‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 143 sur 194 · FAIBLESSE DU MARECHAL BAZAINE · texte numérisé non relu

FAIBLESSE DU MARECHAL BAZAINE

tous les désirs. Il ne sait pas commander; il ne sait même pas vouloir. Dans son intérieur, il n'est pas seulement l'esclave des moindres velléités de sa femme : avec son fils Paco, il est de même. Il cède à la moindre de ses fantaisies, raisonnables ou non, par simple gâterie. Parce que les leçons ennuient l'enfant, il ne l'oblige pas à travailler, et le laissera jusqu'à dix ans, sans lui faire seulement apprendre ses lettres : indifférence et faiblesse.

Il n'y a pas seulement chez lui absence de volonté et incapacité de commander. Si le mot : « Je veux, j'ordonne telle chose » ne peut arriver à sortir de sa bouche ou sous sa plume, il y a toujours contradiction entre ses actes et ses paroles, changements perpétuels dans sa conduite. Il déclare vouloir faire telle chose, et séance tenante il fait le contraire. Il commence une opération quelconque, et à peine est-elle commencée qu'il la suspend et en entreprend une toute différente, pour soudain revenir à la première et y renoncer encore. A la guerre, a-t-il déclaré à l'une des audiences de son procès, les idées se modifient toutes les demi-heures, tous les quarts d'heures et le général Manèque, qui a été son chef d'état-major au Mexique et qui lest encore en 1870 jusqu'au 12 août, traduit cette indécision perpétuelle par cette boutade : « Il a toutes les peines du inonde à se décider à dicter un ordre, même à double entente ou élastique, et à peine la-t-il donné qu'il s'en repent, qu'il prend des ciseaux et le coupe le plus haut possible. »

Quelle nature compliquée dans sa nullité!

Combien n'est-on pas saisi quand on met en balance la faible somme de qualités que possède le maréchal

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Bazaine et celles qu'exige le commandement d'une armée. Une ténacité inébranlable, une insensibilité absolue devant les plus horribles spectacles, le mépris de l'opinion, l'indifférence des malédictions de ses — concitoyens et des blâmes de l'histoire, l'absence de remords, un but unique, celui de la victoire; car s'il réussit on ne se souviendra que du succès; une imagination puissante qui lui fait deviner ce qu'il ne voit pas; une ambition sans bornes, une volonté primant tout de demeurer à jamais célèbre dans le monde entier comme Napoléon, les noms des conquérants étant ceux qu'acclame et vénère le plus l'humanité.

Presque toutes ces qualités ont toujours fait défaut au maréchal Bazaine, et même celles qu'il avait se sont atténuées : sa pesanteur physique a déteint sur son moral : c'est un gros homme pour qui toute activité demande un effort. Son cerveau s'est vidé; sa mémoire, si prodigieuse, s'est éteinte; sa vigueur de soldat, cette qualité qui a tant jeté de poudre aux yeux, a même presque disparu; — il ne la retrouvera que sous le feu.

C'est l'indécision dans la duplicité, car son habitude de mentir subsiste toujours. Ses actes auxquels il n'aura pas réfléchi , dont il ne songera pas un moment à prévoir les conséquences, seront déterminés sur le moment, par l'occasion, le hasard. Souvent, ils étonneront à cause de leur bêtise, qu'on se refusera à admettre : on voudra y voir le résultat de profondes et machiavéliques combinaisons. A cause de ses mensonges, qu'il continuera à faire par habitude, et des négociations vagues qu'il entamera avec l'ennemi, comme au Mexique, on supposera, de sa part, des conspirations ténébreuses, les

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