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néral de Gissey, qui lui convient sous tous les rapports » . (15 octobre 1869.)
Lors de la déclaration de guerre, en 1870, les trois armées constituées par le maréchal Niel furent fondues en une seule. Le maréchal Bazaine ne reçut alors que le commandement du 3e corps ; mais c'était le plus important de tous, puisqu'il devait compter près de 60,000 hommes.
Le lendemain de Freschwiller et de Forbach, dans l'affolement qui règne à Paris et à Metz, le nom de Bazaine est partout prononcé : on voit en lui un sauveur. L'Impératrice, qui oublie l'accusation qu'elle portait contre lui à propos du drame de Queretaro, conseille, la première, à l'Empereur de l'appeler au commandement : chez tous les membres de l'opposition, il n'est question que de le substituer à Napoléon III : son frère voit Jules Favre, et sa femme se rend à 8 heures du matin chez le comte de Kératry avec qui elle veut parler seule à seule. Avec sa naïveté, la maréchale ne peut mettre en doute que, si son mari commande en chef il sera victorieux, et, chez la vicomtesse Aguado, où Ton annonce qu'une souscription est ouverte pour offrir une épée au maréchal de Mac- Mahon, elle interrompt la conversation par cette boutade : u Si l'on récompense ainsi le vaincu, que ferat-on pour le vainqueur? » •
Le 8 août, le Temps, journal d'opposition, annoncé sa nomination, et Y Indépendance belge publie, le 12 août, cet entrefilet : « On assure que le maréchal' Bazaine insiste toujours auprès de l'Empereur pour qu'il quitte le quartier général, sa présence étant gênante pour l'unité du commandement. »
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L'armée autour de Metz a confiance en lui et souhaite de le voir à sa tête. Mais l'Empereur hésite ; il n'a pas confiance dans cet homme qui ment toujours; il ne veut pas être traité comme l'infortuné Maximilien, surtout il sait que la valeur du généralissime est l'élément capital de la réussite et qu'une armée vaut surtout par celui qui la commande, se demande avec anxiété si celui qu'on veut lui imposer sera à hauteur?
Le maréchal Bazaine demeure indifférent et a toujours prétendu avoir ignoré les intrigues des siens : c'est vraisemblable. La partie est compromise, et comment pourrait-il espérer la gagner? Dans quel état d'esprit reçoit-il le commandement dans cette journée du 12 août 1870? Il a déclaré, en 1873, n'avoir cédé qu'à un ordre formel de l'Empereur. Ce qu'il y a de certain, c'est que sa nomination, dès qu'elle est connue, est universellement approuvée, sauf de la part du général de Ladmirault et de son chef d'état-major, le général Osmont, qui l'a connu de près au Mexique, et dont, il y a quinze jours, il n'a pas voulu comme chef d'état-major.
« Tout le monde, l'armée, les députés, l'opinion, a dit depuis le maréchal Canrobert, l'avaient désigné en l'appelant le glorieux Bazaine. Moi aussi, j'avais partagé l'opinion générale et j'étais venu me mettre sous ses ordres sans le moindre scrupule. J'avais fait taire mon amour-propre. Je n'ai pas eu à m'en plaindre, mais j'ai vu que ce n'était pas un Turenne... »
A Paris, sa nomination est acclamée, et à la Chambre tous les partis l'approuvent et certains, dans les couloirs,
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vantent ses talents et sa valeur et l'on répète ce mot qu'on lui prête : « Si je puis livrer bataille d'ici quarante-huit heures, je battrai les Prussiens : si je puis attendre quelques jours, je les anéantirai » . Mais nulle part plus qu'à Metz et en Lorraine on se réjouit de le voir à la tête de l'armée : on sait qu'il est lorrain d'origine : son père est né d'une ancienne famille de Scy, village qui s'élève sur les flancs du Saint-Quentin, et il a des parents de son nom qui y habitent encore ainsi que dans la ville. « Tous nous pensions, a dit le maire de Plappeville, que, fidèle à la vieille devise de Fabert, il s'ensevelirait sous les ruines de notre ville plutôt que de la livrer. »
Maintenant, à cinquante-neuf ans, il est maître des destinées de la France : général en chef de toutes les forces de la France, il a à combiner les mouvements de l'armée du maréchal de Mac-Mahon avec celle qu'il a directement sous la main ; c'est-à-dire 250,000 hommes.
Deux cent cinquante mille hommes! Ce chiffre l'écrase : à l'attaque du cimetière, à Sébastopol, il en commandait 4,000, à Kimburn 8,000, et à San Lorenzo, qui est son grand titre de gloire, il n'en avait guère plus de 3,500.
Or, il est totalement incapable de comprendre le mouvement des grandes masses. Quand, en 1868, le capitaine Gampionnet lui expose sur le terrain la position de Longuyon où devrait manœuvrer l'armée de Lorraine, torte de 150,000 hommes, il lui montre un petit bois et lui dit : «Je mettrai là une compagnie de tirailleurs. » Au lieu de 150,000 hommes, c'est I 50 hommes qu'il dirige. Le 2 août, lors de l'insignifiante affaire de Sarrebruck, il est sur la Rosselle avec 47,000 hommes
environ, et il passe sa journée à rectifier les emplacements de petits postes de quatre hommes et un caporal, sans s'arrêter un instant aux mouvements et aux emplacements de la masse du corps d'armée.
S'il a l'habitude du combat, s'il demeure sous le feu avec le même calme, la même indifférence que dans son cabinet, il n'a aucune connaissance de la science de la guerre ; je ne dis pas de celle toute d'inspiration que Napoléon appelait la « partie divine de la guerre » , mais de celle résultant de l'étude et de la réflexion comme l'ont possédée le feld-maréchal de Moltke ou l'archiduc Charles. Il n'a jamais lu Jomini, même pas le Consulat et i Empire de M. Thiers, et il fait manœuvrer une armée de 150,000 hommes comme un bataillon de 1,000 hommes. A l'apogée de sa réputation et de son activité physique et morale, il n'a connu qu'une manœuvre, celle qui lui a si bien réussi à San Lorenzo : le déploiement de sa troupe et l'attaque l'arme sur l'épaule, à fond sur l'ennemi, avec l'une des ailes en avant. Ce procédé, infaillible contre des troupes peu solides, peut aussi être couronné de succès contre des armées européennes, parce qu'une troupe résolue impressionne toujours le moral de son adversaire;, mais il faut pour cela un chef vigoureux, décidé, qui inspire une confiance absolue à ses hommes, qui tous comprennent le but qu'ils ont à atteindre et qui ne doutent pas un instant qu'ils n'y réussissent. Hélas! le vainqueur de San Lorenzo touche à la soixantaine, et, depuis cinq ans, ce n'est plus qu'un jouet entre le& mains de sa jeune et capricieuse femme, dont il se vante bêtement, auprès des officiers de son intimité, de satisfaire exactement, chaque jour et chaque nuit.