GRAND MAITRE DE LA FR ANG-M AÇONNEIUE
Orient, n'approuva pas son élection et le prince Napoléon resta grand maître sans l'être, situation qu'il comprit ne pas pouvoir se prolonger. Aussi, prit-il une décision qu'il fit connaître en ces termes, le 24 mai 1861, à M. de Persigny :
« Désirant sortir de la position impossible qui m'était faite dans l'affaire de la franc-maçonnerie, j'ai offert ma démission de grand maître, ce matin, à l'Empereur... »
L'Empereur accepta la démission et ne laissa rien paraître de ses projets : il avait cependant le désir de nommer d'office, et de son autorité propre, un grand maître de son goût qu'il imposerait aux maçons, avec la mission de gagner à l'Empire leur puissante société.
Les maréchaux se trouvaient tous à Paris pour la commission de classement, lorsque, un matin, M. de Persigny se fait annoncer chez le maréchal Ganrobert. « Monsieur le maréchal, lui dit-il, l'Empereur veut vous donner une grande preuve de confiance : il vous a désigné comme grand maître de la franc-maçonnerie. " Le maréchal esquissant un geste d'étonnement et de dénégation, M. de Persigny chercha à lui démontrer combien il serait à même, en acceptant, de rendre de services à l'Empereur.
« Mon cher comte, reprit le maréchal, quand le ministre eut fini, veuillez remercier l'Empereur, mais je ne suis qu'un soldat et ne veux pas être autre chose. »
Le lendemain à la réunion des maréchaux, au ministère de la Guerre, le maréchal Magnan arriva en retard, « Excusez-moi, dit-il à ses collègues, encore tout essouflé, j'ai été retenu aux Tuileries. L'Empereur vient de me donner une grande preuve de confiance. Il m'a désigné comme grand maître delà franc-maçon-
nerie, et ce qui ma surtout flatté c'est qu'il m'a dit que j'étais seul à pouvoir, à son gré, remplir cette mis- >ion délicate. »
Tous les maréchaux, le maréchal Canrobert le premier, félicitèrent le maréchal Magnan.
a Gomme l'Empereur a eu raison de vous choisir, combien vous pouvez lui rendre de services... » Et le maréchal Canrobert lui répéta tout ce que M. de Persigny lui avait débité la veille, si bien que le maréchal Magnan ne put s'empêcher de répondre : « C'est étonnant, vous me dites absolument ce que l'Empereur m'a dit lui-même... Je le lui raconterai et il sera heureux de savoir que sa pensée est partagée. »
h Et, disait le maréchal Canrobert, certainement le maréchal Magnan répéta la chose mot pour mot à Napoléon, car au premier bal qui eut lieu aux Tuileries après cette conversation, l'Empereur vint à moi et, moitié souriant, moitié sérieux, en levant ses paupières et en lançant vers moi son regard vague, il me dit de sa voix traînante : « Eh bien, que pensez-vous du choix u que j'ai fait pour la grande maîtrise de la franc-maçon- •inerie? » Et, sans attendre de réponse, il s'éloigna. »
Le maréchal Gasteflane, commandant à Lyon, étant mort en 1862, l'Empereur fit proposer au maréchal Canrobert de le remplacer. Mais sur son refus motivé par le désir de garder le corps de la frontière, l'Empereur lui fit, par cette dépèche, donner ordre d'accepter.
" L'Empereur au maréchal Randon :
« 11 faut que le maréchal Canrobert accepte.
« Napoleow. »
LA MARÉCHALE CANROBEUT 5
Il entra donc en fonction à la fîn de 1862. Cette année-là, il avait rencontré, à Aix-les-Bains, où il allait tous les ans, Mlle Leila Flora Macdonald, qu'il épousa le 20 janvier 1863.
C'était une femme ravissante autant que distinguée et dont rien ne pourra donner une idée plus exacte que ces lignes écrites sur elle par S. A. I. la princesse Mathilde.
« J'ai connu la maréchale Canrobert au moment de son mariage ; jamais femme ne m'a paru si distinguée de maintien et d'aménité. Grande, svelte, le cou allongé, les traits réguliers, sans aucune raideur, bien faite pour charmer les gens. Le prince Humbert (depuis roi d'Italie) disait d'elle : « C'est une belle Madame » , et il avait raison. Mais ce qui faisait le charme de son extérieur n'était que le reflet d'un esprit élevé, d'un cœur haut et d'une nature intelligente créée à souhait pour la grande position qu'elle occupait.
« Elle a laissé les meilleurs souvenirs partout où elle a accompagné son mari. Amenée subitement dans une cour où les intrigues et les jalousies étaient continuelles, elle a pu éviter tous les écueils par sa bonne grâce et se faire aimer des grands et des petits. Au jour des revers, elle s'est montrée brave et a été offrir son dévouement à l'Impératrice... »
Le maréchal entoura toujours sa femme d'une grande affection et elle lui témoigna dans la mauvaise fortune le plus complet dévouement. Tous deux, au jour des désastres, n'ont jamais prononcé une plainte ni manifesté un regret.
Etant donné leur âge respectif, le maréchal était en droit d'espérer qu'elle lui fermerait les yeux; c'est
elle au contraire qui a disparu la première, ne laissant qu'un souvenir parfait après elle.
Le maréchal fit des inspections dans le territoire placé sous ses ordres, ce qui l'amena à en parcourir tous les sites et rien, dans ces tournées, ne le frappa autant que la visite qu'il fit au fort Carré à Antibes.
C'était par une matinée de printemps, sous un soleil éclatant : les beaux remparts d'Antibes se coloraient en rouge, sur le fond bleu de la mer. Ces remparts, qu'un vandalisme odieux a détruits, en même temps que les admirables portes d'Avignon, vivront encore longtemps dans notre souvenir, grâce au pinceau de Meissonier qui les a reproduits dans son tableau des Joueurs de boule.
« Je suivais un sentier, me dit le maréchal, qui se déroulait au milieu de jardins pépiniéristes où les roses formaient les gazons et où des rangées de palmiers faisaient des haies.
« Devant moi sur un rocher en promontoire tout blanc et dont les ravines laissaient voir des traînées de verdure, se dressait le fort Carré avec l'arête à angles aigus de ses bastions; arêtes si vives que l'on pensait en les voyant à des prismes de cristaux.
« Une fois dans le fort silencieux et vide de troupes — il n'y avait qu'un portier consigne — je me fis conduire dans l'angle du bastion qui regarde la mer du côté de Nice et où est le tombeau de Ghampionnet.
o A mes pieds, à raz du sol presque, une pierre très basse et d'assez peu d'étendue était couchée, portant ces mots : « Ghampionnet général de la République. »
« De chaque côté, alignés comme des colonnes d'un