‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècle (volume 2)Chapitre 2 sur 194 · LA MORT DU CÉSARÉVITCH · texte numérisé non relu

LA MORT DU CÉSARÉVITCH

Après comme avant la guerre d'Italie, le maréchal Canrobert se consacra entièrement au commandement du corps d'armée dont le siège était Nancy, et dont les troupes gardaient notre frontière de l'Est. Il continuait à se complaire dans la société de l'archevêque, Mgr Darboy le martyr, dont tous nous connaissons la fin tragique, et de M. Mézières qui depuis, académicien et président de la commission de l'armée, a été l'un des artisans les plus éclairés de la reconstitution de nos forces nationales.

L'archevêque, l'académicien et le maréchal se réunissaient une fois par semaine et passaient la soirée à converser. Le maréchal aimait à rappeler cette intimité et le plaisir qu'il y avait goûté, et M. Mézières, le dernier survivant, conserve toujours aussi ce souvenir comme un des plus précieux de sa vie. Combien devait être intéressante la conversation de ces trois hommes si divers, mais que l'amour de leur pays, des conviciv. i

tions profondes et une affection réciproque unissaient étroitement.

Durant cette période de sa vie, le maréchal Ganrobert fut chargé d'aller inaugurer, à Metz, sur Y Esplanade* la statue du maréchal Ney, et à cette occasion, il prononça un discours qui fit une impression profonde sur les jeunes élèves de l'Ecole d'application de l'artillerie et du génie.

L'un d'eux, devenu depuis ministre de la Guerre, m'a souvent parlé du frisson qui parcourut leurs rangs quand le maréchal, de sa voix sonore, s'écria : « Dans cette armée où tous étaient braves, comment donc était le maréchal Ney pour qu'on l'appelât a le brave « des braves? »

Au commencement de l'année 1861, le maréchal Ganrobert fut mêlé à une histoire curieuse et imprévue qu'il contait volontiers.

Le prince Murât était, depuis 1854, grand maître de la franc-maçonnerie, lorsque, au printemps de 1862, un certain nombre de maçons voulurent lui substituer le prince Napoléon : une lutte électorale ardente fut menée par les deux adversaires, et le prince Napoléon fut élu à une grande majorité. Furieux de son échec, le prince Murât provoqua en duel son heureux concurrent. Il était impossible de laisser les deux cousins du souverain s'embrocher : la galerie en eût fait des gorges chaudes et le scandale eût été immense. Napoléon III et M. de Persigny, ministre de l'Intérieur, s'interposèrent entre les adversaires et l'affaire en resta là.

Mais l'Empereur, ne se souciant pas de voir son mpétueux et indiscipliné cousin à la tête du Grand-

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