LE DUC DE CHARTRES
loires qu'ait remportées l'armée française. » — Le roi arrive auprès de l'Empereur. — L'Empereur télégraphie à l'Impératrice. — Le général de Mac-Mahon. — Le Roi empoigne le capitaine d'Espeuilles par le bouton de son dolman. — Le général de Mac-Mahon se met en marche. — Gaieté de son état-major. — Attaque de Casate. — Le capitaine Broyé invité à déjeuner par le Roi. — Le général de Mac-Mahon concentre ses troupes. — Il traverse le champ de bataille au galop. — Les zouaves prennent le drapeau du ré<;iment Hartmann. — Marche sur Magenta. — Les treize bataillons de chasseurs et de voltigeurs de la garde marchent en ligne de bataillons. — Le général Espinasse s'empare de la gare. — Sa mort. — Magenta est pris. — « L'Empereur va être bien content! » — Succulent souper. — L'aspect du champ de bataille. — Un lit de bonnets à poil. — Une fusillade matinale. — Les morts et les blessés. — Les Autrichiens cachés dans les caves. — Les détrousseurs de morts. — Victor-Emmanuel demande, pour la première affaire, à commander l'avant-garde. — Te Deum et feux de joie. — Le Times et la Bourse de Vienne. — On a de la peine à croire à la victoire des Français.
Le soir de la bataille de Palestro le Roi et le maréchal Ganrobert s'installèrent chacun dans une maison du village; le lendemain ils s'occupèrent d'envoyer des reconnaissances du côté où s'étaient retirés les Autrichiens et de faire évacuer les blessés et les prisonniers sur Verceil.
Un convoi de ces derniers passa vers onze heures dans la grande rue de Palestro ; il était conduit par un officier de chevau-légers, très grand, très blond, sans barbe et tout jeune. Quoiqu'il ne fût que sous-lieutenant, les officiers qui le rencontraient le saluaient et lui parlaient respectueusement.
Quelques jours auparavant, ce sous-lieutenant, étant en grand'garde, avait aperçu une patrouille deuhlans; il s'était jeté dessus, avait sabré et fait prisonniers plusieurs cavaliers, et. le soir, ses camarades avaient fêté son heureux coup de main par un punch auquel les officiers des zouaves de la garde avaient été invités. Ce
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matin du Ier juin, chevauchant en tête de son convoi, il vint à passer devant la maison du quartier royal, et en se redressant il vit Victor-Emmanuel causant à une fenêtre avec le général Gialdini. Le Roi l'apercevant de son côté l'interpella en souriant : « Où étiez-vous hier? Avez-vous pris part au combat? — J'étais en réserve, Sire, et je n'ai pas donné. — C'est bien, au revoir. »
Si le Roi demandait au duc de Chartres — car c'était lui — s'il avait été engagé, c'est que l'Empereur avait exprimé le désir de le décorer pour fait de guerre, après un combat où il se serait battu en compagnie de ses compatriotes.
Quant aux prisonniers qu'il conduisait le lendemain de Palestro, il en fît remise à un détachement de lanciers de la garde qui, par le fait du hasard, était commandé par le capitaine Ferdinand Oreille, le fils du duc de Berry et de la danseuse Virginie.
Napoléon III, en rentrant coucher à Verceil, avait ordonné au général Niel de pénétrer dans Novare le lendemain 1er juin. A midi, un bataillon de chasseurs et une brigade de télégraphistes, sous les ordres de l'ingénieur Gauthier- Villars, y pénétraient, et pendant que les chasseurs enlevaient des barricades et tiraillaient, M. Gauthier-Villars installait son service au milieu du feu.
Prévenu que Novare est à nous, Napoléon III prescrit au général Niel d'aller cantonner au delà, à la Bicoque, et le fait remplacer par le général de Mac- Mahon qui double son étape. Lui-même fait son entrée à six heures du soir, et va se loger au centre de la ville dans un vaste palais tout en briques, auquel de hautes murailles sans fenêtres donnent un aspect de château fort ou de prison.