‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 150 sur 255 · NOVARE · texte numérisé non relu

NOVARE

A peine installé, l'Empereur se fait lire les rapports; puis il discute avec le maréchal Vaillant et les généraux de Martimprey, Lebœuf et Frossard ; les Autrichiens ne se sont montrés nulle part, et l'Empereur est convaincu qu'ils vont renouveler la manœuvre de Radetzki à Novare.

Il en est si convaincu qu'il envoie le colonel Favé à Palestro demander au général Délia Rocca tous les documents, plans, rapports, mémoires sur la bataille du 23 mars 1849.

Il semble que les généraux de Martimprey et Lebœuf ne partagent pas son avis et l'incitent à se porter en avant : qu'a-t-il à craindre avec les 100,000 hommes qu'il a sous la main? Il peut foncer sur Mortara et si les Autrichiens résistent, il les rejettera dans le Tessin.

Mais il hésite. Il a de la répugnance à ordonner luimême ce combat. Il préfère le recevoir, et son esprit prend ses rêves pour la réalité : il espère qne les Autrichiens vont revenir l'attaquer. S'ils se portent sur Palestro, le Roi et les maréchaux Ganrobert et Baraguay-d'Hilliers résisteront assez longtemps pour lui permettre de venir les prendre de flanc avec les corps des généraux Niel et Mac-Mahon et la garde. S'ils attaquent Novare, ces trois corps au contraire les recevront et le Roi avec les maréchaux les prendront à revers. Ainsi de quelque côté qu'ils se présentent il est en mesure, sauf pour un seul cas, celui de la retraite des Autrichiens, qu'il ne veut pas prévoir, et c'est celui qui se réalise.

Napoléon s'endort, l'esprit plein des réminiscences de Novare, et à son réveil le lendemain il est d'abord retenu par des besognes plus terre à terre. Dans tous

330 CANROBEnT.

les corps de troupes on se plaint du manque de chaussures et il télégraphie pour en faire envoyer.

On lui annonce aussi l'arrivée de la cavalerie de la garde : les lanciers, lui dit-on, ont été pris sur la route pour des Tedeschi; on les a hués, on leur a jeté des pierres et des immondices, et on les a menacés de coups de fusil à cause de leur kurtka blanc. Mais d'autres régiments, surtout les cuirassiers, ont été l'objet des plus chaudes ovations : Que ribomso ! poveri Tedeschi! disait le peuple de Nice en leur jetant des fleurs.

On lui propose d'autoriser les lanciers à verser leur kurtka et à porter la veste bleue, et de retirer aux cuirassiers la giberne qui raye les cuirasses et ne sert à rien : il approuve, et ces affaires réglées il revient à la bataille de Novare et se plonge dans les rapports ou s'absorbe sur les cartes que lui a envoyées Victor-Emmanuel et dévore le livre de Le Masson sur Custozza et Novare, que le capitaine Brady vient de lui faire parvenir de Paris.

Quand il est bien au courant des événements, il veut aller en visiter le théâtre. Ses équipages n'étant pas encore à Novare, il emprunte à un habitant une carriole et, accompagné du maréchal Vaillant et du général de Montebello, il se fait conduire au hameau de la Bicoque, qui a donné son nom à la défaite subie par l'armée française commandée par l'amiral Bonnivet sous François Ier, et où a eu lieu l'épisode le plus sanglant de la bataille de Novare.

En arrivant, il trouve le général Niel, dont le corps est aux environs et il le prie de le suivre. Le général monte à cheval avec le commandant Parmentier et le

Page 1