LE GENERAL ESPINASSE
du général Espinasse rapporté en France. La mort de ce brave soldat qui, par deux fois, lui avait prouvé un dévouement personnel que personne autre ne lui aurait témoigné, le peinait particulièrement. Il regrettait la réprimande qu'il lui avait fait adresser la veille, car il ignorait que le général de Mac-Mahon avait eu le tact de la tenir cachée.
Vers neuf heures, au milieu de la file de voitures qui s'écoulait, apparut une calèche fermée. L'Empereur était assis sur une caisse de biscuits; quelqu'un, s'approchant, lui dit en montrant la voiture:» C'est le général Espinasse. » Et alors, se levant et tirant son képi, il répéta : « Pauvre Espinasse! pauvre Espinasse! »
Par suite de la venue de troupes et de convois de ravitaillement en sens inverse, la calèche fut garée sur le terre-plein de la petite maison blanche qui servait de quartier impérial, et elle était encore là lorsque l'Empereur, qui avait invité le Roi à déjeuner, rentra avec lui dans la pièce qui servait de salle à manger.
Deux officiers de chevau-légers sardes visitaient en ce moment le champ de bataille : l'un d'eux était le duc de Chartres. Ils virent les fourgons aux armes impériales ouverts et des valets de pied en retirer des plats qu'ils apportaient dans la maison ; à côté des fourgons, ils virent aussi la calèche arrêtée avec deux officiers à l'intérieur. « Pourquoi ces deux officiers ne déjeunent-ils pas aussi? » Et, s'étant approchés, ils demeurèrent immobiles, saisis, comme frappés par une secousse électrique : ils avaient reconnu les cadavres du général et de son officier d'ordonnance. Ils rebroussèrent chemin, et pendant un quart d'heure ils ne trouvèrent pas une parole à échanger.
L'Empereur, vers cinq heures du soir, confirma ses dépêches de la nuit en exagérant un peu la réalité : « Trois drapeaux et trois canons pris, sept mille prisonniers, vingt mille Autrichiens hors de combat. »
Avec plus de vérité, il disait à l'Impératrice : « Nous mangeons le pain des Autrichiens. » Car l'intendance fut, à Magenta et les jours suivants, incapable de nourrir l'armée qui resta sur place faute de moyens d'existence.
A Paris, on chanta un Te Deum à Notre-Dame. Dans le reste de l'Europe, on ne crut pas à notre victoire. A la Bourse de Vienne, le 6 et le 7 juin, il y eut un boom sur la nouvelle confirmée de notre défaite. Le Times publiait des dépêches à double sens : « Vérone, 5 juin. — Par suite de l'arrivée opportune du corps Clam Gallas, les Autrichiens sont restés vainqueurs. » — a Vérone, 6 juin. — La lutte continue. » — « Vérone, 7 juin. — La bataille a duré deux jours : elle est indécise, et les Autrichiens gardent leurs positions. »
Dans toute l'Allemagne, jusque dans les plus petites bourgades, c'était de l'enthousiasme : le Welche était battu, et l'on fêtait sa défaite.
Le 7 juin, on illumina des deux côtés du Rhin, et, du haut de la flèche de la cathédrale de Strasbourg, l'on put voir l'Alsace et les Vosges célébrant la victoire de Magenta. Sur l'autre rive du fleuve, en même temps, des feux de joie montaient à perte de vue, vers le ciel pour y apporter les actions de grâces des habitants remerciant Dieu de la victoire des Allemands contre les Français.
En Italie, au reste, on n'était pas mieux renseigné qu'en Allemagne, et M. de Gavour lui-même, le sur-