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Le maréchal Davout

concorde à la France, » ainsi que le répétaient alors toutes les proclamations malheureusement contredites par les impatiences, par les haines de maladroits serviteurs, plus dangereux encore à leur parti qu'à leurs prétendus ennemis.

Dans le précédent volume, nous avons donné le Mémoire adressé au Roi par le maréchal prince d'Eckmiihl; nous ajouterons à cette éloquente et irréfutable défense, le Journal du siège de Hambourg, dans Tespoir que ce simple et beau récit passionnera les lecteurs comme il nous a passionnée.

Rien de noble, de simple, de loyal, de clair, comme ces pages dictées ou du moins inspirées et revues par mon père, car j'ai trouvé sur le manuscrit quelques mots ajoutés de sa chère écriture. Il y a dans ces souvenirs du siège des louanges pour tous; devant les véritables tours de force accomplis dans rintérêt de la défense, le prince d'Eckmiihl déclare « facile la tâche du chef avec quatre hommes pareils au comte de Chaban, au colonel Deponthon, au général Jouffroy et à V ingénieur Jousselin, »

L'esprit, l'imagination percent dans les inventions qui, chaque jour, faisaient face aux nécessités nouvelles. Croquis aériens pris d'après les mouvements de l'ennemi, vedettes toujours à cheval, apportant au prince d'Eckmùhl les dessins et les observations descendus de la tour dans une boîte de tôle; corps de secours toujours prêt dont le mare-

chai s'était réservé le commandement spécial et qu'il portait vers le point qui lui était signalé dès que l'ennemi tentait une attaque, et nécessairement en toute certitude. Bien des années plus tard, le fils du général Beningsen racontait à M. Thiers que les soldats russes, déconcertés par une aussi étonnante vigilance, avaient fini par croire à Tintervention du diable en faveur du défenseur de Hambourg.

Nous avons entièrement respecté le texte de M. le général de La Ville, parfois incorrect, mais jamais obscur '. Le Mémoire au Roi, on le sent, a été écrit par la fière indignation du prince d'Eckmiihl, justement étonné d'avoir à se défendre. Les pages du chef d'état-major de Hambourg, rédigées à Saviguy sur les notes quotidiennes du siège et sous l'inspiration du maréchal, peut-être même rapidement dictées, n'ont pas la même beauté de forme, la même fermeté de style, mais elles vivent et elles vibrent. En les lisant, le cœur se sent pris d'admiration pour une héroïque modestie, toujours prête à exalter les autres, sans daigner voir que plus elle efface le chef plus elle grandit son rôle, car elle en fait l'invisible Providence des personnages qui se meuvent de par ses ordres.

L'homme rare et complet, le chef généreux se

1 Nous avons cependant consulté, et une ou deux fois suivi, un second récit du siège également déposé au ministère de la guerre.

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révèle on ces pages^ par un parfum de délicatesse et d'honneur qui dispose les âmes droites à l'estime et à TafTection.

Que sont les œuvres inventées à côté de cette splendeur du vrai? Le guerrier, le moraliste, Tadministrateur, ont à apprendre dans ces pages. 11 nous souvient d'avoir écrit à M. Villemain que, pour toute réponse aux calomnies des Vaulabelle et consorts, nous ne souhaiterions que la publication de cette campagne de 1813 et du récit de ce siège, où le maréchal, en s'eiîaçant au profit d'autrui, a usé de la plus naïve, mais de la plus extrême habileté pour gagner ses lecteurs, tant la franchise, la modestie et la loyauté portent en elles-mêmes de force victorieuse.

MÉMOIRE SUR LA DÉFENSE DE UAMBOURG (1813-181 (), PAR LE GÉNÉRAL CÉSAR DE LAVILLE , CHEF d'ÉTAT- MAJOR DE M. LE MARÉCHAL DAVOUT, PRINCE d'eCKMUDL.

Le maréchal Davout, prince d'Eckmiihl, commandait le 1" corps de la Grande Armée dans la campagne de France de 1812, en Russie.

L'histoire impartiale dira que c'est peut-être aux raéflances qui furent manifestées dès le commencement de la campagne envers ce chef et à l'inconcevable confiance que Napoléon eut en deux hommes dont la conduite a prouvé plus tard la légèreté, que peuvent être

attribués, en grande partie, les malheurs d- une campagne dans laquelle les troupes françaises de toute arme montrèrent plus de calme qu'à aucune époque, mais dans laquelle la direction a manqué. Napoléon fit cette guerre plutôt en Empereur qu'en général. Dans le moment décisif, après la bataille de la Moskowa, il était malade et la grande direction de Tarmée était entièrement livrée à Berthier, prince de Neufchâtel, et surtout au prince Murât, roi de Naples. Peut-être cette campagne, qui, après Tévènement, a été taxée d'extravagance, aurait-elle eu d'autre résultats et eût-elle décidé irrévocablement la grande lutte entre le nord et le midi de l'Europe, sans quelques fautes capitales dont la source se trouve dans cette funeste influence dont j'ai parlé plus haut?

V Dès Vilna, on divisa le 1" corps, au lieu de l'envoyer tout entier, comme le furent deux divisions, contre le prince Bagration ;

2* Le roi de Westphalie, Jérôme Bonaparte, crut audessous de sa dignité d'obéir au maréchal prince d'Eckmiihl et partit de l'armée sans même laisser au prince Poniatowski les ordres qui lui avaient été transmis ;

3* A Smolensk, on crut trop facilement à la retraite de l'armée ennemie, qu'on annonçait comme une déroute totale, par l'effet de cette fatale disposition d'esprit, malheureusement trop commune, de prendre les espérances pour la réalité ; ce qui engagea le combat de Wolutina, les marches subséquentes, et l'abandon d'un projet de cantonnement armé à Smolensk. Par l'effet de ces marches, trois corps d'armée se trouvaient à trente lieues de Smolensk, où Napoléon était resté avec sa garde, et il fallut bien, si on ne voulait voir les

trois corps écrasés, se résoudre à concentrer toute Tarmée et recevoir la bataille dans la position retranchée que Tennemi avait prise;

4® A la journée décisive de la Moskowa, Napoléon refusa d'accéder à la demande qui lui fut faite par le maréchal prince d'Eckmûhl de jouer avec tout son corps le même rôle qu'il avait joué à la bataille de Wagram, en tournant par sa droite la position de l'armée ennemie, manœuvre qui leùt infailliblement anéantie.

Le prince Poniatowski, qui en fut chargé, n'avait pas assez de monde pour une opération aussi décisive, mais aussi dangereuse : aussi fut-elle sans résultat.

Arrivé à Moscou, au lieu de faire la guerre comme l'ennemi nous apprenait à la faire, on se laissa tromper sur le grand mouvement et sur la route de Kaluga. On s'amusa à des pourparlers et à des politesses qui, de la part d'un ennemi à qui nous avions fait tant de mal et qui avait fait lui-môme tant et de si douloureux sacrifices en brûlantsa capitale, ne pouvaient être qu'un piège.

A la fameuse conférence qui fut tenue au village d'Abramow, après TafTaire de Malojaroslawitz, on ne donna pas de suite à l'avis fortement exprimé du maréchal prince d'Eckmûhl de prendre la route de Medouin, route praticable à travers un pays cultivé, peuplé et non dévasté, soit par nous, soit par l'ennemi, avis qui, en donnant les moyens de nourrir les hommes et les chevaux, eût conservé à l'armée française cette supériorité qu'elle n'a perdue que lorsque les forces physiques l'ont abdndonnée faute de nourriture. C'est ici le cas d'observer qu'on s'est trop peu pénétré de cette maxime du Grand Frédéric que la guerre est dans le ventre.

Du reste, il ne sera pas inutile de faire voir la manière dont M. le maréchal Davout s'occupait pour le bien des officiers et soldats, Thonneur de nos armées, et pour donner à Napoléon le loisir d'organiser en France une armée. Des individus rentrés en France à la suite de Napoléon, par suite de cet esprit de dénigrement que l'envie commande et que la légèreté et l'irréflexion adoptent volontiers, faisaient courir à Paris des bruits inquiétants et mensongers sur l'impression que les malheurs, les chagrins et le froid avaient produite dans son organisation. Mais ils n'ont pas dit que, si la la perte de nos chevaux avait formé une colonne de cavaliers démontés à la suite des armées, d'hommes et de soldats à qui la faim, le froid et le désordre inséparable des grandes marches, avaient fait abandonner leurs rangs, il était des troupes marchant en corps d'armée, leurs maréchaux, leurs généraux, leurs aigles en tête, résistant à l'ennemi, prenant des positions et se signalant, comme dans les plus beaux jours, aux combats de'Wiazma, Krasnoé, et enfin à celui de la Bérézina, ou le maréchal Ney, prince de la Moskowa, fit quatre mille prisonniers, ce qui prouve tout ce dont est capable une brave armée en butte à des forces supérieures, à la famine et aux éléments.

Les débris de l'armée française étaient arrivés à Gumbinen, dans la Prusse ducale. Une contestation fort vive, en présence des chefs de l'armée, s'engagea entre le prince d'Eckmùhl et le roi de Naples sur ce que ce dernier regrettait de ne pas avoir accepté les ofi'res des Anglais; il confirma ainsi les soupçons qui avaient plané sur lui au commencement de cette campagne et qui furent plus tard entièrement vérifiés.

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L'armée fut séparée, et il fut assigné des cantonnements aux divers corps.

Le quartier général, quelques troupes de la garde, les divisions Grandjean et Heudelet, s'établirent à Kœnigsberg; le prince Eugène, vice-roi d'Italie, à Marienwerder, et le corps commandé par le maréchal prince d'Eckmiihl fut expédié à Thorn.

Les cadres des régiments de ce corps furent envoyés à Mayence pour y recevoir les recrues et s'y réorganiser. Us consistaient en 3,000 ofGciers et sous-ofiiciers qui avaient sauvé les aigles des régiments, et en 1,500 soldats qui furent organisés en trois bataillons qui traversèrent toute la Prusse, furent mis sous les ordres du général Ravier à la garde du pont de Schwedt, et qui se retirèrent à Stettin, après avoir brûlé le pont devant une forte colonne d'infanterie qui se dirigeait par cette route pour se porter sur Berlin, après que le prince Eugène eut quitté Berlin.

M. le maréchal, en arrivant à Thorn, sentit qu'il avait besoin de quelques jours pour organiser la défense de cette place, faire rentrer tous les vivres nécessaires et donner un peu de relâche aux diverses troupes qui, en quittant Kœnisberg, Elbing et Marienwerder, étaient venues se cantonner à Posen. Il fit faire une sortie de Thorn par le vaillant général comte Gérard, qui n'avait cessé, pendant toute la campagne et surtout depuis la retraite, de faire preuve du plus grand caractère et de la plus grande intrépidité. Ce général se dirigea sur Bromberg, battit l'ennemi et dissipa cette terreur que le départ précipité de Murât, sans laisser d'ordres, avait répandue.

M. le maréchal prince d'Eckmùhl donna le commandement de Thorn au général baron de Maureillan. Il lui

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laissa quelques officiers de son état-major, quelques soldats du 1*' corps et 4,000 Bavarois. N'ayant dès lors plus de corps d'armée, il vint à Posen et de là, par Gustrin et Stettin, à Magdebourg. Il rassura les commandants, fit rentrer des vivres et porta partout cet esprit de prévoyance qui le distingua si éminemment.

M. le maréchal se rendit à Magdebourg pour y prendre la direction supérieure de toute la réorganisation ordonnée tant à Magdebourg qu'à Erfurt et Leipzig. Il devait correspondre directement à ce sujet avec Napoléon.

Peu après, Tennemi ayant passé TOder, M. le maréchal fut chargé d'observer le Bas-Elbe depuis Magdebourg jusqu'à la mer. Il ordonna de suite de faire retirer tous les bacs^ et bateaux, organisa quelques troupes des 2** bataillons du 1" corps et deux batteries. Ces troupes et ces manœuvres devaient être disposées de façon à les faire rentrer dans Magdebourg, dans le cas où le général Lauriston, qui en avait la garde, serait appelé à faire un mouvement sur l'ennemi.

Tandis que M. le maréchal employait, comme on Ta vu, aussi activement et avec autant d'utilité pour le bien du service, le temps, ses détracteurs murmuraient à Paris que sa tête était dérangée. Cependant, le prince vice-roi le chargeait des opérations les plus compliquées. Il eût été curieux, en remontant à la source, de trouver que partie de ces bruits se répétaient presque sous les yeux de ceux qui lui donnaient ces marques de confiance.

Tandis que ces choses se passaient, le vice-roi, après avoir brûlé les ponts de Crossen et de Francfort-surrOder, vers le 20 février, passa par Berlin et activa la retraite de l'armée derrière l'Elbe. Il avait toujours paru

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à M. le maréchal que, avec les places que nous avions sur roder, places bien approvisionnées, avec de bonnes garnisons, avec le peu d'anciennes troupes que nous avions réunies, les bataillons qu'avait ramenés le duc de Tarente, les restes de la division Loison, les troupes venues d'Italie, celles aux ordres du maréchal Augereau, qui s'étaient organisées à Berlin, et le corps du général Lauriston, composé de vieux soldats, sous le nouveau nom de Cohortes, le dégel étant arrivé fort à propos, on pouvait très bien tenir derrière des rivières débordées, dont les bacs, bateaux, points de passage, étaient à notre disposition, contre quelques troupes légères et des noms tels que ceux de Cerniski, Domberg, Tettenborn, Beckerdorf, qui indiquaient assez la nature des troupes qui étaient à leur disposition.

M. le maréchal prince d'Eckmuhl, craignant (et ayant des avis qui l'avaient peu trompé jusqu'alorsi que la ligne de TElbe ne fût aussi abandonnée, partit pour Leipzig, où il eut une conférence à ce sujet avec le prince vice-roi, dans laquelle celui-ci, détaillant au prince d'Eckmùhl ses projets de campagne, indiqua qu'il fallait garder la ligne de TElbe. Comme les ordres du souverain s'accordaient merveilleusement avec les idées de défense que M. le maréchal avait conçues et avait détaillées au prince Eugène, on fut bientôt d'accord et il fut pris des arrangements pour défendre la ligne de l'Elbe et donner ainsi aux troupes organisées en France le temps d'arriver.

En conséquence, M. le maréchal prince d'Eckmiihl se chargea de la défense de droite de la ligne de l'Elbe, depuis Torgau jusques à Dresde et Kœnigstein. Il avait sous ses ordres les débris du corps saxon, fort de 4,000 hommes, qui avait été jusqu'alors sous les ordres

du général Reynier, et qui, de concert avec la population, s'était porté, tout récemment, envers ce général à Dresde, à des actes d'insubordination et de révolte qu'il était bien important de réprimer dès le principe par une main plus ferme ; les débris d'une division française commandée par le général Durutte ; la 31* division, forte de 6,000 hommes, sous les ordres du général Gérard dont le beau caractère et l'attachement à M. le maréchal ne se démentirent pas dans ces temps de malheurs ; et enfin les six bataillons du l'^' corps, qui avaient été organisés les premiers ; une batterie organisée à Magdebourg par la sollicitude du général Neigre, et quelques Bavarois du général Rechberg.

La surveillance du Bas-Elbe que M. le maréchal avait auparavant, ainsi qu'on l'a vu, fut donnée à M. le maréchal Victor, duc de Bellune.

Il avait 22 bataillons des 1" et 2" corps, réorganisés à Erfurt et Magdebourg. Le centre de la défense de l'Elbe était sous les ordres du vice-roi. Il avait la majeure partie de l'armée et deux nouveaux corps qui n'avaient point éprouvé les malheurs de la campagne précédente, le corps du général Lauriston et celui du général Grenier.

M. le maréchal partit avec ses troupes et son artillerie, qui étaient bien loin d'être ce qu'il avait demandé et ce que l'on était convenu de lui donner; passant par Nassen et Meissen, dont il lit brûler le pont en bois, d'après les ordres positifs donnés par le vice-roi, il arriva à Dresde le 12 mars 1813.

Il s'occupa de suite de remettre la tranquillité dans Dresde et Tordre dans les troupes saxonnes. Sa présence seule et l'opinion de la fermeté de son caractère en imposèrent tellement en Allemagne que plusieurs

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mÎDÎâtres et env«>yés qui >e dispensaient à partir, enrayant qo'il fût imp*>S!»ible à Là S<Lie de résister à Topinion qui prévalait déjà en Ailemazne de quitter le parti de la France p->ur celui de la Russie, se décidèrent à rester.

Des reconnaissances furent envoyées hors de Dresde, sur la rive gauche: elles furent commandées par le général Gérard, qui eut des succès et. poussant Tennemi au loin, donna le temps de faire construire sur la rive droite les nouveaux ouvrages qui devaient défendre le passage de lEIlbe sur ce point, lorsqu'on serait forcé de faire sauter le beau p«3nt de pierre.

Dès le 15 mars, le prince Eugène, sur l'avis qu'il reçut qu'un corps ennemi considérable avait passé à Hertzberg et se dirigeait vers Miîhlberg pour y tenter on passage de l'EUbe. avait ordonné à M. le maréchal •f de faire sauter le pont de Dresde. lorsqu'il jugerait le «r moment convenable ; de laisser 3,000 hommes à m Dresde pour y observer le fleuve, et de se porter avec «r le reste de son corps à Strehla. >»

M. le maréchal obéit à ces ordres, fit sauter le pont, laissa le lieutenant général Durutte pour observer le fleuve depuis Kônigstein jusques à Torgau, et se porta avec le reste de ses troupes vers Strehla. A cette même époque, le général Grenier recevait l'ordre, si la place de W'ittemberg n'était pas suffisamment armée, approrisionnée et palissadée, de l'évacuer et de brûler le pont.

Napoléon avait réorganisé les armées, les avait mises en marche et commençait à prendre de Paris la grande direction de la guerre.

En conséquence des nouvelles dispositions qu'il ordonna, une grande partie de Tarmée se rassembla sous

UN DEHiNIER COMMANDEMENT. 13

Magdebourg. Le général Grenier, avec son corps, dut se porter à Werlitz, appuyant sa droite à la Saale. Le général Régnier eut les Saxons, la division du général Durutte et le corps bavarois de Rechberg pour surveiller et défendre TElbe, de Dresde à Torgau, et devait, en cas de nécessité, se retirer sur la Saale.

Le maréchal Davout, prince d'Eckmiihl, devait, avec les six bataillons du i''^ corps et la 31® division du général Gérard, observer TElbe de Torgau à Wittemberg, et le défendre depuis cette place jusques àDessau. Ces divers mouvements commencèrent à s'exécuter le 18 mars 1813. A son arrivée, M. le maréchal s'occupa avec la plus grande activité à faire relever la double tête du pont de Wittemberg, à faire fraiser et palissader les ouvrages, à faire introduire Teau dans les fossés, à y faire placer toute Tartillerie convenable, à faire évacuer les hôpitaux et à mettre cette place en état de se défendre.

Napoléon y avait envoyé le général Lapoype, qui justifia ce choix en défendant longtemps une aussi mauvaise place construite à la hâte, et conserva ainsi rhonneur des armes, du nom français, et un passage sur l'Elbe.

Thom et Wittemberg ont prouvé que la fermeté, l'intelligence des commandants et la bravoure des soldats en sont les plus forts remparts.

M. le général Thielman, qui commandait à Torgau, commençait à faire planer des soupçons sur sa conduite. Il ne recevait pas de troupes françaises, était peu sévère sur les communications d'une rive à l'autre, exagérait les rapports de l'ennemi, et faisait des difficultés au sujet des bacs et bateaux que M. le maréchal avait fait amener ou détruire, depuis Kônigstein jusques à Torgau,

avec le plus grand soin. Il mettait peu d'empressement à livrer l'artillerie et les munitions qui devaient armer Wittemberg. Tout faisait pressentir que ce général ne suivait qu'à regret la politique de son roi qui l'attachait à la France.

M. le maréchal passa à Torgau pour se rendre à Wittemberg, autant pour presser ce dernier objet que pour bien s'assurer des dispositions de cet offlcier général, qui, ayant été à son état-major dans la campagne de 1809, pouvait difficilement lui en imposer.

Gonséquemment aux ordres de l'Empereur, voici quelle était la disposition des armées françaises sur la ligne de l'Elbe vers la fin de mars 1813.

Le vicè-roi avait réuni en avant de Magdebourg les quatre divisions du corps d'observation de l'Elbe du général Lauriston, les trois divisions du 11*' corps du général Grenier, les 1" et 2® corps de cavalerie réorganisés à Mayence et la garde. Gela pouvait faire 60,000 hommes. Le lieutenant général Reynier observait l'Elbe depuis la Bohème jusques à ïorgau. Le maréchal prince d'Eckmùhl, depuis Torgau jusques à Magdebourg.

Le duc de Bellune avait pris position à Werben avec douze bataillons nouvellement organisés, avec les cadres renvoyés de Gumbinen. Le général baron Morand observait le Bas -Elbe et était en marche sur Lunebourg.

M. le maréchal prince d'Eckmiihl, après avoir mis Wittemberg dans le meilleur état qu'une aussi mauvaise place pouvait être mise, l'avait armée et approvisionnée et en avait composé la garnison de 1,500 Polonais du général Dombrowski, et d'un millier de Français. Il devait partir pour Dessau, centre de son commandement, lorsque, le 24 mars, de nouvelles dispositions

UN DERNIER COMMANDEMENT. lo

ordonnées par Napoléon réglèrent les choses ainsi qu'il suit :

M. le maréchal prince d'Eckmiihl prenait le commandement de toute la ligne de TEIbe depuis Magdebourg jusqu'à la mer et la 32« division militaire, Brome, Hambourg et Lubeck. Il avait sous ses ordres : 1° Le général Morand, qui était en marche vers Lunebourg avec un régiment saxon, une batterie et quelques douaniers enrégimentés; 2° Deux divisions des 1" et S'' corps réorganisées, composées de jeunes soldats et qui débouchèrent deWesel, se portant sur Brème sous les ordres du général Vandamme, quelque artillerie conduite par des chevaux de réquisition ; 3° Les six bataillons du 1" corps, les premiers réorganisés, qui Tavaient suivi à Dresde et qu'il avait amenés àWittemberg et qui partirent avec lui.

M. le maréchal devait s'établir avec ses dernières troupes à Stendal vis-à-vis Landau, centre de son nouveau commandement. Tandis que ces divers mouvevements s'opéraient, le vice-roi prince Eugène avait concentré son armée sur l'Ohre depuis Volmirstadt jusques à Calvôrde. Le duc de Bcllune avait été envoyé avec le 2® corps sur la Basse-Saalc. On apprit que l'ennemi avait fait un passage de l'Elbe à Werben sans établir de pont et qu'il répandait la terreur dans le pays, menaçant Hanovre et la Westphalie.

M. le maréchal prince d'Eckmuhl partit en poste de Magdebourg pour chasser ce parti et le forcer à repasser l'Elbe, ou le combattre s'il était en force. Tous les renseignements portaient ces troupes à cinq ou six mille hommes, cavalerie, infanterie et artillerie.

Beaucoup de troupes furent mises à sa disposition ; neuf nouveaux bataillons du 1*^' corps, une brigade

légère du général Montbrun, une division du général Pulhod, la 2* de cavalerie réorganisée aux ordres du lieutenant général Sébastiani et enfln quatre bataillons du 2* corps qui .devaient rentrer dans Magdebourg.

M. le maréchal devait mettre aux trousses de ce parti une colonne assez forte pour en avoir raison, mais, en même temps, il lui était enjoint (l'ordre de Napoléon était positif : les troupes des !•' et 2*^ corps ne devaient pas s'éloigner trop de Magdebourg), d'établir àWerben les neuf bataillons du P' corps avec huit pièces, et à Griessen, en face du canal de Plassen, les bataillons du 2** corps.

Dans ce môme ordre, on mettait à sa disposition le 3* étranger et on le paralysait en ordonnant de le laisser à Tangermiide, pour qu'il pût rejoindre sa division. La division Puthod n'avait pas son artillerie et il fallut laisser un régiment à Ludwitz pourl'y attendre. Ce furent toutes ces dispositions ainsi commandées et presque contredites qui, ne laissant aucun moyen au chef pour tout disposer, et qui, arrivant de Paris et du quartier général, firent que ce parti qui eût dû être anéanti se retira devant nous, fit prisonnier le général Morand et les Saxons qu'il commandait à Luncbourg et repassa l'Elbe. Ce fut vers ce temps que se passa l'affaire de Bremerlehe et la reprise de Carlsbourg.

Ces demi -mesures, si fâcheuses à la guerre, provenaient de ce que l'armée avait, à cette époque, un double objet dans ses manœuvres, celui de s'opposer à l'ennemi, de défendre et surveiller les passages de l'Elbe, conformément au plan général arrêté à Paris par Napoléon, et, en même temps, de réunir les 1", 2* et 3* bataillons, qui se réorganisaient et qui devaient faire partie des divisions de tel et tel corps. Toutes les opé-

UN DERNIER COMMANDEMENT. il

rations de Tarmée à cette époque étaient compliquées par les ordres de Paris qui réorganisaient Tarmée.

Par suite de ces contretemps, le maréchal reçoit des ordres le 31 mars de s'établir à Werben, d'envoyer à Magdebourg les quatre bataillons du 2"^ corps et d'établir à Salzwedcl le lieutenant général Sébastiani avec la brigade légère du général Montbrun et la brigade de cuirassiers et la division Puthod, qui devait rester à Salzwedel. Le général Sébastiani devait organiser une colonne mobile pour poursuivre le corps ennemi qui avait passé à Werben, pousser à Lunebourg et y rallier le général Morand. De pareilles dispositions pouvaient être bonnes contre des paysans révoltés, mais étaient inutiles contre un parti connaissant la langue, aidé, encouragé par les autorités, les habitants, et enhardi par le succès de la dernière campagne : aussi furentelles sans résultat.

Le 1"' avril, le prince Eugène, d'après les ordres réitérés de Napoléon, fit passer l'Elbe à trois divisions du général Laurislon et à trois du général Grenier, et les établit sur la rive droite. Le général Puthod eut l'ordre de rester avec le général Sébastiani à Salzwedel. L'ennemi n'avait pas passé la Mulda et se contentait d'avoir des rivières entre cette rivière et l'Elbe, qu'il avait passé.

Le maréchal s'était porté, avec quelque cavalerie, le 152' et le S** étranger, sur Luckow. Il avait envoyé le général Montbrun remettre l'ordre dans Lunebourg. Ce dernier avait poussé des troupes jusqu'à Vinsen. Le 7 avril, le prince Eugène, ayant eu avis que l'ennemi tenait le Haut-Elbe en force, écrivit à M. le maréchal

qu'il désirait qu'il ne tardât pas à se rapprocher de lui IV. * 2

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avec les troupes qu'il avait sous ses ordres, lui prescrivant à cet effet de venir d abord à Salzwedel.

Le maréchal, informé par le général Poinsot qu'il se retirait par ordre du vice-roi de Werben et qu*ainsi trente-deux lieues, dans les points les plus favorables au passage de l'ennemi, allaient se trouver à découvert et que toute communication allait être interrompue entre lui et le vice-roi, continua son mouvement sur Giffhorn, prévenant le >ice-roi quarante-huit heures avant, pour que le mouvement pût être contrcmandé à temps, s'il n'était pas nécessaire.

Le 16 avril, le maréchal reçut Tavis que Napoléon serait le SOàErfurt avec 100,000 hommes et qu'il prendrait le commandement de l'armée. Il reçut en même temps l'ordre d'aller commander la 32« division (Brome, Lubeck, Hambourg), organisée, dans un décret, en exécution du sénatus-consulte qui suspend la constitution dans cette division.

Le maréchal y avait tous les pouvoirs. Il commandait le général Vandamme qui arrivait avec deux divisions; il devait en recevoir plus tard deux autres par Wesel.

Le maréchal laissa le commandement des troupes qu'il avait sur l'Aller au général Sébastian! et partit pour se rendre à Brème prendre possession de son commandement. Il y arriva le 19 avril 1813.

M. le maréchal trouva, en arrivant à Minden, un grand parc d'artillerie en assez mauvais état. On avait l'esprit frappé d'une fausse nouvelle; d'un passage de l'ennemi et de l'arrivée de 8,000 hommes à Werden qui avaient jeté l'épouvanle à Brunswick, Hanovre et tout le pays. Ce parc était au moment d'être abandonné et de se sauver vers Wesel.

UiN DERNIER COMMANDEMENT. 10

M. le maréchal profiUi de cette circonstance pour y organiser complètement 24 bouches à feu, qu'il fit atteler avec des chevaux levés à la hâte dans les principautés de la Lippe et autres.

Il trouva la division deDumonceau« entièrement composée de jeunes gens qui n'avaient jamais porté de fusils et qui avaient rempli les cadres renvoyés de Gumbinen après la retraite de Russie. Il la fit partir pour Nieubourg, avec iOO chevaux commandés par le général Beurmann, et qui venaient d'être montés et équipés à Brunswick.

La première mesure du maréchal fut d'ordonner le désarmement général dans les départements de cette division occupés par les troupes françaises.

Il ordonna ensuite une réquisition, moyennant payement, de 300 chevaux de trait.

M. le maréchal attendait des nouvelles du général Sébastiani pour concerter ensemble le mouvement sur l'Elbe. Le 21, il apprit que ce général s'était avancé vers Uelzen et en avait chassé l'ennemi ; que le général Meunier avait repris Celle et que les partis ennemis s'étaient repliés sur Lunebourg. Il fit partir en conséquence la division Dumonceau avec une batterie de huit pièces, organisée à Minden sur le grand parc de Nieubourg pour Brème. Il dirigea aussi sur cette ville quelques bataillons arrivés à Minden et une seconde batterie.

On commanda à Brème des approvisionnements et des fours pour confectionner par jour trente mille rations de pain.

Le 23 avril, M. le maréchal arriva à Brème et y trouva réunies par ses ordres la division Saint-Cyr, la division Dufour et la division Dumonceau. La première était les débris des troupes qui avaient quitté Hambourg au mois

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de février; elle était composée des dépôts de douaniers enrégimentés. Les deux autres étaient entièrement de jeunes soldats, braves, obéissants, mais entièrement inexpérimentés ; vingt-quatre bouches à feu, organisées à Minden, attelées avec les chevaux pris par réquisition et 7 à 800 chevaux.

Le 25, le maréchal se mit en marche pour se porter à Kothembourg, et de là sur Harbourg et Lunebourg, pour appuyer le mouvement concerté avec le général Sébastiani, pour se porter de Giffhorn sur Dunebourg et balayer entièrement la rive gauche de l'Elbe des pai^ tis ennemis qui Tinquiétaient.

Le 26, on eut un engagement d'avant-garde peu sérieux avec l'ennemi, qui avait à Rothembourg 1,500 chevaux et quelques pièces. L'ennemi fut chassé, ayant perdu une soixantaine d'hommes. Il se retira sur Harbourg et repassa l'Elbe dans la nuit, le général Vandamme s'étant emparé de la ville d'Harbourg et de la citadelle. Le général Sébastiani était entré le 28 à Lunebourg, et le Bas-Elbe se trouvait ainsi à peu près libre. Ou organisa à Brème une colonne pour se porter sur le Bas-Weser, du côté de Carlsbourg, où les esprits étaient encore en fermentation, par la suite de la révolte de Brcmerlehe un mois auparavant.

L'eimemi s'était retiré dans l'île de Wilhemsbourg, qui est entre les deux bras de l'Elbe, aj»rès nous avoir abandonné la citadelle et un cutter armé de 10 pièces de canon et défendu par deux cents hommes. On utilisa cette artillerie pour armer le fort d'Harbourg. On arma de suite le petit fort de Rothembourg.

Le 30, le maréchal se porta sur Lunebourg et Vinsen pour empêcher que l'ennemi, profitant du départ du général Sébastiani, ne recommençât ses courses, lléta-

blit la division Dumonceau dans ces deux villes, avec des postes sur l'Elbe, à Hope.

Lorsque tout fut ainsi disposé pour être bien certain que l'ennemi ne pourrait plus impunément hasarder le passage de l'Elbe et contrarier les mesures à prendre dans tout le pays sur la rive gauche, le maréchal revint à Brème pour y concerter avec les autorités françaises, l'intendant de l'armée, comte de Chaban, les diverses mesures à prendre pour étouffer les germes de révolte, assurer la rentrée des impôts, équiper et monter la cavalerie, les vivres, rartilleric et tous les objets d'une administration aussi importante et aussi étendue.

11 arriva vers ce temps un léger incident qui contribua à rattacher les Danois à l'alliance française et dont le maréchal profita pour porter les premières paroles. Il y avait trois compagnies de marins danois de 450 hommes chacune, qui avaient précédemment été dirigées vers le Danemark. L'état de guerre dans lequel on se trouvait autorisait à les retenir prisonniers. Le maréchal les renvoya avec honneur et leur facilita les moyens de rentrer dans leur patrie, comme si la guerre n'eût pas existé.

On s'occupa de faire reprendre Stade, Guxhaven et Carlsbourg, et d'armer et approvisionner ces forts. Le 7 mai, nous étions en possession de toute la rive de l'Elbe, depuis Brakede jusques à Guxhaven. L'ennemi avait tenté, le 6, un passage avec 600 hommes, entre Hope et Hambourg, et fut repoussé avec perte; nos jeunes soldats s'y comportèrent bien et s'habituèrent au service des troupes en campagne.

Nous apprîmes le 9 mai la victoire de Napoléon à Lutzen, du 2.

Le lieutenant général Vandamme, qui commandait

les troupes sur la ligne, avait réuni une grande quantité de bateaux et exerçait la plus active sumeillance sur Hope, Brakede, tout le pays de Lunebourg, et en descendant le fleuve, jusqu'à la mer. 11 avait fait prendre les forts de Cuxhaven par le général Fezensac. L'ennemi se tenait dans la grande île de Wilhemsbourg, montrant beaucoup d'agitation. On était instruit que la plus grande consternation régnait à Hambourg et que Je Danemark chancelait dans le parti qu'il avait été forcé de prendre dans cette querelle. Il prétendait être neutre envers nous, et nous avions fait [chiffre illisible) prisonniers danois à Rothembourg, en venant de Brème; on les réunit dans l'île de Wilhemsbourg.

li'onnemi fortifiait à la hâte la ville de Hambourg, Murlout les portes d'Altona et celle qui va à Hope. Len troupes, dans la ville et l'île, pouvaient ôtre de 1,000 Russes et d'une légion anséate et hanovrienne de 8,000 hommes. On attendait des Suédois, qui arrivèrent, «n (^(fet, peu de jours avant la prise de la ville. La légion danoise était en état de défense. Leur cavalerie et l'infanterie bordaient la partie de l'Elbe où était établi leur parc de vingt pièces.

Le mOime jour, 9 mai, le lieutenant général Vandamme, avec les embarcations qu'il avait réunies à Harbourg, attaqua à la fois les îles d'Ochsenwerder, Wilhemsbourg et Altonwerder ; toutes trois furent tournées et enlevées de vive force. L'ennemi fut partout chargé h la baïonnette et vivement poursuivi jusques h ses embarcations. Au milieu de la mêlée, se présenta le commandant danois d'Altona, proposant, au nom de son roi, de déclarer les îles neutres et demandant en grâce qu'Altona ne fût pas prise de vive force. Il ajoutait que le sénat de Hambourg ferait toutes les

soumissions et s'en remettrait à la clémence du chef de Tarméo française. Le vent s'était tout à coup élevé si violemment que les communications entre les iles et avec Harbourg pouvaient devenir d'un moment à l'autre impraticables, et que la garde de toutes ces îles pouvait devenir presque inextricable et pouvait fournir à l'ennemi, qui n'avait à faire qu'un seul passage pour y rentrer, l'occasion de nous accabler dans un point et de nous faire éprouver quelque échec qui eût pu décourager d'aussi jeunes soldats. On retira les troupes sur Harbourg. — Les résultats de cette brillante affaire furent de nous rendre maîtres de toute l'artillerie ennemie et d'une grande quantité d'embarcations. On détruisit ce qu'on ne put emmener. L'ennemi perdit 150 prisonniers, parmi lesquels plusieurs officiers, et eut au moins 300 morts ou blessés. Notre perte en morts ou blessés fut moindre, et la plupart légèrement blessés, car nos troupes s'étaient de suite emparées de leur artillerie. Nos jeunes soldats montrèrent dans cette expédition une ardeur et un courage admirables. Ce qui fut remarquable, aucun pillage n'eut lieu et partout il fut fait preuve de sagesse et de modération. Les généraux Osten, Gengoult et Revest conduisaient cette attaque. Le capitaine Lutzdor, Denissen, sergent, Madoulai, caporal, et Vergne, tambour, tous anciens et bons militaires, faisant partie des douanes, se distinguèrent à ces diverses affaires et animèrent jios jeunes gens par leur bon exemple.

Le comte de Wagner, commandant le corps danois, nous faisait dire que le roi, son maître, ordonnerait à ses tt*oupes d'opposer la résistance si nous entreprenions sur Hambourg et son territoire, sans que cela dût échanger en rien la situation amicale qui existait entre

la France et le Danemark. Le général russe qui commandait à Hambourg s'exprimait plus franchement et nous apprenait le sens de ces équivoques, que le Danemark ne comptait sans doute éclaircir qu'après qu'il ne pourrait plus douter de la supériorité reprise par Napoléon par sa victoire à Lutzen. Il nous déclarait que Tempereur de Russie et le roi de Danemark étaient convenus de défendre conjointement contre les troupes françaises le passage du Bas-Elbe, et de ne pas souffrir surtout l'occupation de Hambourg et que les troupes des deux puissances s'y opposeraient de tous leurs moyens.

En conséquence, il fut déclaré aux Danois qu'on respecterait leur territoire, mais qu'on combattrait leurs troupes si elles se présentaient, et on fit une sommation aux magistrats de la ville de Hambourg, le 11 mai. On plaça de suite huit bataillons dans l'île de Wilhemsbourg ; on établit des batteries pour battre le bas de la ville de Hambourg, et augmenter le désordre que nos préparatifs et le peu d'expérience des chefs et soldats y avaient fait naître. On réunit la brigade Fezensac à Moorbourg, et celle du prince de Reuss, qui avait commandé avec bravoure et intelligence l'avant-garde depuis Brème, à la droite d'Harbourg. Le lieutenant général comte Vandamme commandait en personne et avait réuni à Harbourg une escadrille pour être sûr de ses mouvements dans un pays difficile et au milieu d'un dédale d'îles, de canaux, de passages qui forment un système très compliqué.

Le général Dumonceau, avec sa division, observait et défendait l'Elbe depuis Dallembourg jusqu'à nous, et couvrait tout le pays, d'Altenwerder et Lunebourg Jusqu'à nous. Il formait les soldats qui commençaient à devenir intelligents.

Le l!i et le 13 suffirent pour chasser entièrement des îles toutes les troupes ennemies. Nous enlevâmes deux ou trois pièces et prîmes 250 prisonniers, dont 20 officiers. Une partie de leurs soldats fut laissée sur le champ de bataille, sur les digues, ou noyée en voulant se rembarquer pour gagner Hambourg. Le général Gengoult et le capitaine de vaisseau Lefranc se distinguèrent. Nous eûmes dans cette affaire 18 hommes tués, 127 blessés et 60 prisonniers. Nos troupes, malgré leur jeunesse et leur inexpérience, montraient l'ardeur de nos vieilles bandes moissonnées en Russie. Le lieutenant général Vandamme était sans cesse à leur tête et se conduisait avec cette parfaite intelligence, activité et bravoure qu'on lui connaît.

Le colonel Lefranc avait organisé cinq escadrilles pour le débarquement, et tout était prêt.

Les choses étant en cet état, le maréchal se transporta de sa personne à Harbourg, pour débrouiller tout le système d'équivoque des Danois et prendre possession de Hambourg. Cette expédition fut retardée de deux jours, parce qu'on envoya toute la division Dumonceau vers Dannebevg, pour forcer un parti ennemi fort de i,000 chevaux, qui avait passé près de Brunswick, et pour attendre la répoiise du général danois, qui attendait lui-même celle de la cour. On en profila pour faire fortifier à la hâte tous les postes de Hambourg jusques à Brakede sur la droite, et Guxhaven sur la gauche.

On connaissait l'arrivée de l'armée du prince royal (de Suède) en Poméranie, et on pouvait supposer qu'il se porterait à Hambourg, où le sénat et le peuple le sollicitaient vivement de venir. Les Danois étaient indécis, et le général Tettenborn faisait mine de se défendre

avec les i,000 Russes et les Anséates, qu'il avait compromis au point de ne leur laisser plus espérer de pardon et les avait mis dans la position de vendre chèrement leur vie.

Nous avions le tiers de notre monde, la division Dumonceau, paralysé par les mouvements faits sur notre droite pour couvrir Brunswick, Hanovre et tout le pays jusqu'à l'Elbe. — Contre les courses des généraux Dornberg et Beckendorf, qui avaient été mis sous les ordres d'un chef expérimenté, le comte de Walmoden, il nous restait deux faibles divisions, dont une de troupes mêlées de douaniers, de marins, et l'autre entièrement de jeunes soldats. Nous avions de l'artillerie, mais aucun ancien canonnicr, peu ou point d'officiers d'artillerie et du génie. Il fallait éviter, par une brusque attaque, de tout compromettre et de nous mettre sur les bras les Danois, qu'on pouvait, comme l'événement ne tarda pas à le montrer, rattacher à notre cause, et les Suédois, que nous avions l'ordre de ne pas regarder comme ennemis, s'ils restaient en Poméranie et témoignaient vouloir rester tranquilles. Les victoires de Napoléon eu Saxe ne réagissaient sur nous que par l'opinion, puisque nous en étions à cent lieues.

Le maréchal envoya un de ses aides de camp à Copenhague porter des dépèches de la Grande Armée à notre ambassadeur à cette cour, M. Alquier, qui, peu de jours après, nous fit savoir que le roi de Danemark avait déclaré qu'il avait résolu de mettre ses troupes à la disposition du maréchal et de lui offrir tous les secours en bateaux et bâtiments pour le passage de l'Ëlbe, et qu'il envoyait un des personnages de la cour, en qui il avait grande confiance et à qui il donnaitde grands pouvoirs, vers Napoléon.

Cet envoyé, M. de Kaase, arriva le 24, et il assista à une conférence entre le prince d'Ëckmiihl et le commandant danois d^Altona, à la suite de laquelle le général Wagner fit connaître officiellement que, conformément aux intentions du maréchal, la division danoise serait concentrée le 29 à Altona et Wandsbeck, et que des chaloupes canonnières étaient mises à notre disposition.

Lorsque nous fûmes ainsi bien tranquilles sur les Danois et sur le parti ennemi que la division Dumonceau avait fait repasser à Doniitz, on ne s'occupa plus que de l'expédition de Hambourg. Elle fut préparée et conduite avec une rare intelligence et une grande activité par le lieutenant général Yandamme, et, le 30 mai, nous primes possession de la ville. Le général Tettenbom avait évacué la place pendant la nuit et se retirait sur Ratzbourg, livrant la ville de Hambourg sans capitulalion, après l'avoir si fortement compromise.

Le maréchal laissa le général Beurmann devant Boitzenbourg, surveillant l'Elbe, et concentra à ZoUenspiker la division Dumonceau, qui y rejoignit les autres troupes françaises postées à Bergedorf.

Les deux divisions Dufour et Dumonceau furent mises sous les ordres directs du lieutenant général Vandamme, qui reçut Tordre de s'avancer dans le Mecklembourg en remontant l'Elbe, et on ne garda à Hambourg que la division dite de Hambourg. Nous attendions la division Loison, composée de jeunes soldats, qui débouchait de Wesel et devait se porter sur Brème, Minden et Nieubourg, et venir nous rejoindre.

Le corps de Dornberg était à Lauenbourg, celui de Tettenborn à Môllen, la division suédoise de Yegesack à' Gadebuch et Ratzbourg. La légion allemande avait

28 LE MARÉCEIAL DAVOUT.

débarqué à Héligoland, où s'étaient aussi rendus d'Angleterre les princes français. On fit occuper Lubeck par un bataillon danois, et le maréchal y envoya pour commander, son aide de camp, le capitaine Laloy, officier du plus rare mérite, qui, par sa fermeté, fit rentrer cette ville dans l'ordre.

Le 9 juin, nous apprîmes qu'un armistice avait été signé le 4, à Neumark, entre Napoléon et l'empereur de Russie. Il devait durer jusques au 30 juillet inclus, non compris six jours pour les dénonciations. Cet armistice donnait à l'armée française aux ordres du maréchal la ligne de l'Elbe jusques à son embouchure et tout ce qu'on avait occupé de la Sa" division militaire au delà de ce fleuve, le 8, à minuit. On fit cesser les hostilités sur la ligne. Des arrangements furent pris avec le général comte Walmoden, commandant Tarmée ennemie, et nous nous trouvâmes maîtres de Hambourg, Lubeck, Travemunde et toute la division, à l'exception de Lauenbourg et quelques villages dans les environs.

Il est nécessaire de porter un coup d'œil rapide sur Hambourg pour considérer ce qu'il était à notre arrivée, rendre compte des motifs qui le firent transformer en place de guerre et indiquer les grands travaux et les mesures qui nous mirent à même de résister aux armes d'un ennemi supérieur, animé par les succès de la coalition sur les autres points, et de conserver à la France une armée de trente mille hommes.

Hambourg avait été occupé en 1807 par les troupes françaises et avait été réuni à la France, ainsi que Brème et Lubeck, le 18 décembre 1810. Une commission de gouvernement composée de M. Faure, du comte de Ghaban, et présidée par le maréchal prince d'Eckmûhl, avait été établie pour l'organisation de ce pays. Le prin-

cipal but de cette réunion était d^établir véritablement sur ce point le blocus continental que les demi-mesures et la facilité de la corruption des agents français auprès de ces villes avaient rendu jusqu'alors illusoire. Napoléon imposait à cette commission une rude tâche. 11 voulait repousser le commerce anglais, et Hambourg n'existait plus que par celui qu'il faisait avec l'Angleterre.

Cette ville était le point par lequel passait la correspondance de toute l'Europe. C'était vers Hambourg qu'étaient dirigés tous les efforts des agents employés par l'ennemi pour l'embauchage, l'espionnage et la distribution des pamphlets. On devait exciter bien des haines en réprimant cet état de choses et s'attendre à avoir à punir bien des délits. La probité et la fermeté des membres de cette commission de gouvernement allait ravir à Hambourg l'unique branche d'industrie qu'il eût adoptée, celle de colporter par toute l'Europe les marchandises et les libelles anglais.

Cette commission fit exécuter les décrets et ordonna la saisie des marchandises ; un conseil des prises et, par la suite, des tribunaux prononcèrent sur la validité des saisies.

Les lois étaient là, et il n'appartenait à personne de les enfreindre. On devait les promulguer et les faire exécuter. Les délits de contrebande furent punis par les commissions spéciales et les cours prévôtales des douanes, ainsi que cela avait lieu en France pour le même objet. La commission qui promulguait ces lois obéissait à des ordres supérieurs que les souverains eux-mêmes respectaient alors ; bien que le blocus continental ruinât aussi leur propre pays, ils faisaient exécuter dans leurs états les recherches, les saisies, et

trouvaient même dans les confiscations les ressources devenues indispensables au maintien de leur existence politique.

Le maréchal avait quitté Hambourg dans le mois de mars 1812 pour la campagne de Russie.

La commission de gouvernement avait cessé ses fonctions au l''' janvier; la plus grande intelligence, basée stir une estime réciproque, avait distingué cette commission. Les départements étaient administrés par des préfets. Le lieutenant général Carra Saint-CjT commandait la 32° division militaire et faisait sa résidence à Hambourg. Les ordres venaient de Paris, des divers ministères, ainsi que dans le reste de la France.

Lorsqu'on apprit à Hambourg les nouvelles désastreuses de notre retraite, les esprits commencèrent à s'échauffer et virent Tespoir de se soustraire à une réunion qui détruisait tout leur commerce. La terreur que les bulletins de nos désastres avaient répandue avait tellement exalté l'opinion des partisans de nos ennemis qu'il y eut à Hambourg, le 24 février, une émeute populaire assez grave. La populace pilla les effets qu'on transportait vers l'Elbe et commit des excès et des cruautés. La chose devenait inquiétante. On demanda à Altona des hussards danois, et on forma une garde bourgeoise de la classe la plus intéressée au bon ordre, et le calme se rétablit dans la ville. Le même esprit de révolte avait gagné Harbourg et autres lieux sur la rive gauche. De malheureux fonctionnaires français, en se sauvant de Hambourg, y avaient été maltraités et quelques-uns massacrés. D'autres avaient été pillés par les bateliers en passant l'Elbe et avaient péri dans les flots. La malveillance était comprimée, mais n'en subsistait pas moins. Les chefs appelèrent les partis enne-

mis commandés par le général Tcttenborn qui, vers le milieu du mois de mars 1813, entra avec quelques milliers de troupes russes à Hambourg, qui avait été évacué quelques jours auparavant par les Français.

Cet événement, occasionné par l'insurrection de la population de la ville et des campagnes, devint la source de tous les malheurs que cette ville a éprouvés. Le lieutenant général Carra Saint-Cyr se retira à Brème avec les autorités, les douanes et 1^500 soldats des dépôts de divers corps. Bientôt le lieutenant général Vandamme y était arrivé et, par sa fermeté et ses bonnes dispositions, avait relevé les esprits et remis le bon ordre. Nous avons vu plus haut comment nous venions de nous en rendre maîtres.

Napoléon avait appris avec une vive satisfaction Toccupation de Hambourg et de Lubeck. Il écrivait que la possession de cette ville était de la plus haute importance politique et d'une grande importance militaire et qu'il ne pourrait être tranquille sur ce point que lorsque Hambourg pourrait être regardé comme une place forte, bien armée et approvisionnée.

Indépendamment de Timportance qu'il mettait à ce que ces villes réunies à la France fussent à couvert par cette inviolabilité du territoire français qu'il voulait établir comme un dogme politique, il voyait dans cette occupation une barrière qui rattachait le Danemark à sa cause, donnait des inquiétudes à la Suède sur son armée de Poméranie, et pouvait procurer, dans les grandes opérations de la guerre, les plus grands résultats en faisant déboucher par là un corps d'armée sur Stettin et Dantzig.

Les intentions de TAutriche étaient équivoques, et malgré les victoires de Lutzenetde Bautzen, la position

32 LE MAHÉCUAL DAVOLT,

de Tarmée française en Allemagne pouvait devenir critique.

Il fallait songer à adopter à tout événement un système défensif; assurer les positions sur TElbe et chercher à s'y maintenir si TAutriche se mettait décidément contre nous et si les premières affaires ne donnaient pas de résultats positifs.

A cet effet, pendant larmistice, on établit un camp retranché à Pirna, qui, avec la forteresse de Kœnigstein, devait arrêter Tennemi au débouché de la Bohême. Les fortifications de Dresde et celles de la tête de pont sur la rive droite furent rétablies. Torgau, Wittemberg et Magdebourg furent mis dans le meilleur état. Il n'y avait plus à protéger que le Bas-Elbe, de Magdebourg à la mer. 11 fallait une place pour appuyer le corps d'armée qui serait chargé de défendre cette partie.

Hambourg présentait pour cet objet bien des difficultés. 11 était d'un développement considérable, avait une grande population, et sa mise en état de défense exigeait beaucoup de temps et de dépenses.

Napoléon crut avoir trouvé un terme moyen en ordonnant le rétablissement de l'enceinte et des anciens ouvrages, la construction d'une citadelle qui liât celte place avec le fort d'Harbourg par une communication à travers l'île de Wilhemsbourg. D'après ce système, il considérait la citadelle comme une tête de pont sur la rive droite, Harbourg une tête de pont sur la ligne gauche, et les îles un moyen de communication. 11 se flattait que tous ces travaux pourraient s'exécuter dans l'année et qu'alors une garnison de sept à huit mille hommes pourrait défendre tout ce système.

Le lieutenant général Haxo, l'un des premiers officiers du génie en France, et alors gouverneur de Mag-

debourg, fut envoyé à Hambourg pour y étudier et y arrêter les travaux à faire pour Texécution de ce système.

L'exécution de la citadelle souffrit de grandes difficultés : cela eût exigé un temps que nous voyions bien que nous n*avions pas devant nous. On y renonça, et tous les autres travaux furent entrepris et poussés avec la plus grande activité par le major du génie Yinache. On arrêta aussi de rétablir les forts et batteries de Guxhaven, le fort de Harbourg, un camp retranché sur les hauteurs qui dominent la ville, et enfin le grand développement d'ouvrages à faire sur divers points dépendants de Hambourg, et qui devaient nécessairement contribuer à retarder la marche de Tennemi, et qu'il serait trop long de détailler ici. 11 fut ordonné aussi de rétablir tous les forts et batteries sur le Wescr et Jahde, et de mettre à Tabri d'un coup de main Lubeck, Stade, Brème et Lunebourg.

On confia à M. l'ingénieur des ponts et chaussées Jousselin l'exécution des travaux à faire pour assurer la communication d'une rive à l'autre, à travers l'île de Wilhemsbourg, les deux grands bras du fleuve et les canaux qui la coupent et la traversent en tous sens. Cet homme habile imagina de construire un magnifique pont en bois, qui dut avoir trois mille toises de développement sur une ligne directe du Grass-Brock à la citadelle d'Harbourg, dans laquelle le pont entrait, d'établir quatre grands bacs sur les deux grands bras, de manière que la communication ne fût jamais interrompue ni par les vents, ni par la marée, et de faire une grande route pavée au milieu de l'île de Wilhemsbourg. Ce pont devait être à l'abri d'un coup de main par divers forts en bois distribués sur son IV. 3

étendue et à son débouché, soit sur la route, soit sur les grands bras. Il devait être protégé par un système de redoutes sur des points culminants dans les îles et les passes. Il fut aussi arrêté qu*il serait construit un blockaus en bois dans une redoute à construire dans nie de Schrewenhof!' pour protéger la communication en aval de la place, ainsi qu'un musoir dans le fleuve pour protéger la communication en amont.

M. Jousselin fut, en outre, chargé d'une forte estacade en bois pour lier Saint-Georges avec la place de Hambourg le long de TAlster, et d'une estacade de moindre dimension pour fermer TAlster plus haut. Ces divers ouvrages furent entrepris et exécutés par l'ingénieur en chef Jousselin avec tant d'intelligence et d'activité qu'ils paraissaient se faire comme par enchantement.

Le maréchal dut alors s'occuper de l'artillerie. On avait trouvé à Hambourg, en arrivant, 200 bouches à feu, la plupart en fer et en caronades de 24, qui ne portaient pas assez bien et devenaient inutiles pour l'armement définitif d'une place de guerre; peu de poudres et 4,000 fusils anglais qui furent envoyés à Dresde. Il fallait donc faire venir le tout de France, et organiser cette branche importante du service.

Napoléon ordonna de tirer de Delft et des places de la Hollande et de Wesel 150 bouches à feu approvisionnées à 600 coups, 2 millions de cartouches et 100,000 kilogrammes de poudre. 11 envoya des officiers qui, de concert avec le maréchal, organisèrent un système de relais par Delft, Groningue et Brème, pour faire arriver tous ces objets en poste, car nous étions au 18 juin et tout devait être arrivé le 10 juillet et être en place le 15.

Le général Joufi'roy, officier distingué, fut mis à la

tête de Tartillerie, réorganisa Tarsenal, organisa des ateliers pour la construction des affûts et de tout le matériel nécessaire, entièrement manquant ou hors d*usage, fit établir des fonderies pour des bombes et des boulets.

On organisa dans le même intervalle la marine. On compléta le 5" équipage de flottille à mille marins. Trois cents ouvriers militaires furent envoyés, ainsi que plusieurs chefs de maistrance, tous Français. — Yingtrcinq bateaux canonniers furent mis en état par leurs soins. Le commandement de tout le personnel et de Tarsenal de marine fut confié au contre-amiral L*Hermite.

On a vu que les troupes que le maréchal avait sous ses ordres appartenaient les unes au i" corps, les autres au S*'. On profita de Tarmistice pour rectifier tout cela. On fit partir, le 17 juin, la 5" division pour rejoindre à Magdebourg le corps du duc de Bellune à qui elle appartenait. On n'avait eu jusques alors que des régiments provisoires et des divisions provisoires. On réunit les bataillons et on fit arriver avec les 3** bataillons de France les colonels, les aigles, les états-majors.

Peu après, Napoléon appela à Magdebourg le général Yandamme et tout ce qui avait appartenu au 1®^ corps, les divisions Dufour et Dumonceau, et toutes les administrations ; il lui en donna le commandement.

Un nouveau corps fut créé sous le n® 13 ; il était destiné à la défense de la 32*^ division militaire. Il fut confié an maréchal prince d'Ëckmiihl.

Il se composait de 14 bataillons de la S*" division, de 16 bataillons de la 40* division, de H bataillons de la 50* division, dite de Hambourg, et de la division da-

DoiM* de -^ à t i nû'.tt ii nimt*>. d» i^ â*:^fÀe» à léa et de l.iW oLé'^iŒi- •!«?-• V* •ni«^. î«rs.>r; la 5* dirisioD, n'éUienl ea&îr'Hiiifai roia» :?*»!*• rie ^ /efmes soldats. Quant à U 44^ «srri^iia il^^ ^^Ciè^fst ôéjà battos et c*étaieDt {>:mr n*: c:? i»* -jf^n s: u Li^ •çw-i'O-folk ne fassent sous les dra^M-aci zut winj^s^ miîà^nti a»*:«is. Les lieutenants cénéràinx lai-ùî» a. T^i f**2A:Li. V^>^lirrr. commandaient ces divïK:-^: jt iji^Zit3*kz.i récêral Wattier, la cavalerie ; le c^ne.-x. E :<r»ez.ô>r;^ la place : le général Jouffroy, rartiilehr- Le rtz^tnl César de Larille était chef d*état>major. Le >::^>Jiéi De^:«th«>n avait été envoyé de Dresd»^ par Nai# :-e^>i;. ^uw^ de qui il était employé, pour prendre La cire^:ij->n de loos les travaux du fi^énie et commander ccue anne ao 13* corps et dans la 34° division militaire.

La ^'^ division était à Ijukeek. la iif* k Lunebourg, et la 50'' à Hambourg, On ne perdit pas un instant à exercer, instruire et équiper com^èteroent la cavalerie. On exerçait les jeunes soldats et on les faisait tirer à la cible. Us étaient aussi occupés aux ouvrages et s'accoutumaient à la discipline des corps et aux pénibles travaux de la guerre.

11 n'est point dans la nature de cet ouvrage d'examiner les diverses mesures administratives du maréchal Davout, prince d'Eckmùhl, dans la Si* division militaire à cette épocjue ; mais il est de la justice de dire que, s'il fit rentrer les contributions imposées par des décrets de Napoléon sur les villes do Hambourg et Lubeck, en punition de leur révolte et des excès qu'elles avaient commis en février et mars 1813, il prit sur lui, et au mépris de sa responsabilité, de ne faire exécuter aucune des mesures qui lui avaient été ordonnées et qui tenaient à la vie et à la liberté des personnes. Sur la contribu-

tion de guerre, on envoya 10 raillions à Dresde pour le payement des troupes. Napoléon avait fait un décret pour le payement des 48 raillions imposés. Les sénateurs et riches négociants étaient rentrés à Hambourg et avaient fait leur soumission pour leur part dans la contribution.

On prit pour 10 millions de marchandises en riz, grains, avoines, bœufs, qu'on dirigea sur Magdebourg, Wittemberg et Dresde, pour la subsistance de la Grande Armée. Toutes les affaires administratives étaient concertées entre le maréchal et le comte de Chaban, dont le nom seul est un éloge pour ceux qui ont été à même de connaître sa longue et honorable carrière. M. de Breteuil était préfet; M. de Beist, président d appel, lieutenant général de justice, et M. Buder était maire de la ville.

Vers ce temps, Napoléon ordonna d'envoyer à Hambourg 2,400 hommes de cavalerie à pied, pour s'y monter sur la grande remonte qui devait se faire moyennant payement dans la 32* division militaire, en exécution du décret du 16, qui ordonnait de lever 10,000 chevaux. Ces hommes, la plupart cuirassiers , devaient revenir à Magdebourg dès que nous aurions complété ce que nous devions avoir en hommes pour porter le 28' chasseurs à cheval à 1 ,200 hommes. Nous devions les organiser en régiment provisoire et les utiliser jusques à celte époque.

Sur ces entrefaites. Napoléon négociait à Neumark pour prolonger l'armistice jusques au 10 août, chose qui fut ainsi conclue. H signait un traité à Dresde entre le Danemark et la France. Celle-ci s'obligeait à déclarer la guerre à la Suède et à payer le corps danois. Le Danemark s'obligeait à déclarer la guerre à la Russie, h la

Prusse et à la Suède, à mettre sous les ordres du maréchal Davout, prince d'Eckmîihl, une division de 12,000 hommes, fournir 10,000 chevaux payés argent comptant, dont 5,000 avant le 15 août et 5,000 avant le 1" septembre. On devait mettre de part et d^autre Harbourg et Gluckstadt en état de défense, pour les défendre à tout événement.

Le 12 août, Tennemi dénonça l'armistice; les hostilités devaient recommencer le 17.

L'Autriche nous avait déclaré la guerre. Voici les dispositions qui furent prises par Napoléon, le plan général des opérations et le rôle que devait jouer le maréchal Davout, prince d'Eckmiihl.

L'intention de Napoléon n'était pas de garder tout l'Elbe. L'ennemi avait trop de mauvaises troupes dont il faisait peu de cas pour les affaires générales et qu'il savait lancer en partisans pour piller, faire insurger le pays et prendre les détachements et les convois. On prit donc le moyen de ne rien avoir en route, pour ne rien perdre jusqu'à ce que les premiers quinze jours eussent donné une couleur aux affaires. On donna des ordres à Magdebourg, à Wesel, à Brème, pour qu'à la reprise des hostilités, on n'expédiât plus aucun convoi d'hommes, d'artillerie, effets d'équipement, habillement ou argent. On envoya des officiers de tous les côtés pour faire replier tous les petits postes et pour que, le 17, il n'y eût rien en route et rien de compromis. On donna le môme ordre à Osnabriick, Hanovre et Cassel. On pressa par tous les moyens possibles la rentrée de ce qui était en route de tous côtés pour venir organiser et compléter le 13" corps, qui avait été improvisé avec une intelligence et une activité qui étonnaient ceux mêmes qui en étaient chargés.

L'Autriche, qui venait de se déclarer contre nous, avait 300,000 hommes sur pied ; elle envoyait 120,000 hommes sur Dresde, 30,000 hommes contre la Bavière, et 50,000 hommes contre le vice-roi, qui était à Laybach avec son armée. Cela donnait un grand accroissement de forces aux alliés ; mais Napoléon, par les succès de Lutzen et de Bautzen et Topinion de sa fortune, croyait se trouver en mesure de faire face à tout. Son premier projet était de porter brusquement par Berlin, par Lukow et Baruth, les corps du lieutenant général Vandamme, du lieutenant général Reynier et du maréchal Oudinot, duc de Reggio. Il comptait que, après une bonne J>ataille de ces trois corps, dont la force pouvait monter à 80,000 hommes, et dont le commandement était confié au maréchal duc de Reggio, on pourrait arriver à Berlin, éparpiller la landwehr, désarmer la landsturm et désorganiser l'insurrection allemande.

Lorsque ces résultats eussent été obtenus, et ils pouvaient Tètre, selon toutes les probabilités, par une seule victoire, le maréchal Davout devait prendre le corps du lieutenant général Yandamme et, le réunissant au 13* corps, poursuivre les Suédois en se portant sur Stettin. Napoléon aurait rappelé à lui les corps du duc de Reggio ou du lieutenant général Reynier, se renforçant de 30,000 hommes contre la grande armée russe et autrichienne; ou bien, si la fortune avait favorisé ses armes dans les premières affaires, il devait poursuivre ses avantages en Bohême, laisser au maréchal Davout tous les corps dont on a parlé pour débloquer Stettin et Custrin, menacer de débloquer Dantzig et obliger les Russes à y courir en toute diligence et à se détacher des Autrichiens.

Pour coopérer de son côté à cette grande manœuvre,

le maréchal Davout, prince d'Eckmiihl, devait réunir en avant de Hambourg 35,000 hommes, les Danois compris. Il devait laisser 5,000 hommes de garnison pour la place de Hambourg, et un petit corps de 3,000 hommes d'infanterie, 1 ,000 chevaux et 5 ou 6 pièces d'artillerie légère, manœuvrant entre Harbourg, Lunebourg et Werben, et pouvant ou se replier à Harbourg, ou, si nous avions poussé l'ennemi, passant l'Elbe à Domitz, venir nous rejoindre.

L'objet principal du 13* corps était de tenir devant lui en échec assez de monde pour que le comte de Walmoden et le tiers des Suédois ne pussent pas accourir à Berlin et se joindre au prince royal. Il devait menacer de se porter dans le Mecklembourg et de couper le corps suédois de la Poméranie, si on avait des succès à Berlin. Toutes ses opérations n'étaient qu'auxiliaires et tout devait dépendre du grand coup qui allait se frapper sous Berlin avec des forces si importantes et avec des soldats qui avaient déjà remporté deux grandes victoires.

On verra plus tard comment le rappel du corps du général Vandamme auprès de Napoléon et la victoire du prince royal ont dérangé tout ce plan. Quant au rôle auxiliaire que devait y jouer le 13* corps, il fallait surtout menacer de bonne heure. Aussi ces dispositions se trouvèrent exécutées lors de la dénonciation de l'armistice, et le 15 août nous trouva dans la position suivante.

La ville de Hambourg proprement dite était mise à peu près en état de défense; l'enceinte principale était relevée et les remparts garnis d'artillerie. On travaillait avec la plus grande activité à tous les immenses ouvrages entrepris pour tout le système de défense de la

UiN DERNIER COMMANDEMENT. 41

ville et des postes qui en dépendent : l'ouvrage à corne en avant de la porte d*Altona; le Stcrnschantz et la ligne de Saint-Georges; celle qui lie le faubourg à la Biele et de là à TElbe, aux îles, à Harbourg; enfin le camp retranché. Les ouvrages des ponts et chaussées, le pont, le rausoir, les deux estacades de TAlster, les écluses et autres travaux de ce genre que nécessite la défense d*un pays coupé de tant de bras de fleuves, de canaux^ étaient en pleine activité. La place était armée et on travaillait sans relâche dans les arsenaux de terre et de marine.

L'approvisionnement de la ville se complétait pour sa garnison. Stade, Brome, Lubeck, Travemunde, Cuxhaven, et tous les postes, forts et batteries du Weser, de la Jahde et des côtes, avaient été réparés, armés, approvisionnés et mis à Tabri.

Le gouverneur de Hambourg^ les divers commandants, le contre-amiral, les chaloupes canonnières, tout le monde était à son poste; les régiments avaient été réunis, les généraux et officiers manquants avaient été remplacés dans les divisions. On avait désarmé les habitants, établi une bonne police, organisé le service des vivres de manière à avoir des farines et du biscuit pour un mois pour toute Tarmée, la confection des habillements et équipement, le service des pompes. Toutes les autorités administratives étaient à leur poste, et, à moins de grands malheurs dans Tarmée principale, on pouvait être sans inquiétude sur la 32* division militaire, le Weser et la Hollande.

Le maréchal avait réuni en avant de Hambourg tout ce qu'il y avait de disponible. L'effectif de l'armée, les Danois compris, se montait à 43,000 hommes. On laissa 8,000 hommes à Hambourg et Harbourg; on avait

5,000 hommes à l'hApital, et on entra en campagne avec 25,000 hommes à peu près.

Le général Thiébault, commandant la 40« division, avait quitté Lubeck et son territoire, et s*était concentré à Oldelslohe. Le général Loison, avec la 32* division, était à Bergedorf et Kirchtenberg. Le général Vichery, avec la 50° division, à Schifbeck. Le prince de Hesse, commandant le corps auxiliaire danois, à Sick. Une colonne aux ordres du général Pécheux tenait Lunebourg et Vinsen, où elle se liait avec Tarmée par Altengau et tenait par des petits postes tout TElbe jusqu'à Blekede.

Le maréchal partit de Hambourg le 16 août et porta son quartier général à Hogendorf. Les opérations commencèrent le 17 août; on poussa deux reconnaissances, une au delà de la Biele, par Trittau, pour reconnaître les mouvements et la force de Tennemi sur Schwarlzembech et Môllen, et l'autre pour reconnaître tout le pays entre la Biele et la Stecknitz. Les postes sur la rive gauche devaient veiller aux mouvements que cette reconnaissance devait produire sur les troupes qui occupaient Lauenbourg, On occupait avec la cavalerie les routes de Lubeck et Ratzebourg. Le quartier général était à Witzhaven. On trouva Tennemi à Trittau, où on fit prendre position. Sur notre droite, le général Pécheux tourna Tennemi en avant de Lauenbourg. Il occupait un camp retranché sur les hauteurs de la Stecknitz, la gauche à l'Elbe et fortifié de quatre redoutes.

Le 18 août, la 3® division du général Loison et la cavalerie légère du général Lallemand se portèrent à Schwartzembeck. La 40* division du général Thiébault se porta sur Grunau. La cavalerie du général Wattier fut cantonnée dans les environs de Grunau, et on fit

UN DEKNIER COMMANDEMENT. 43

avancer la flottille sur TElbe à notre hauteur. Le corps danois resta en position à Sick.

Dans ces diverses manœuvres, nous eûmes de légers combats avec une égale perte des deux côtés. La nôtre, plus exactement connue, se montait à 150 blessés. Les chefs furent fort contents de la manière dont nos jeunes soldats se comportèrent au feu, qu*ils voyaient pour la première fois.

Le maréchal, de sa personne, s'était rendu auprès de la division du général Pécheux pour reconnaître la position retranchée de l'ennemi. Il vit de l'hésitation dans les troupes qui défendirent les redoutes devant Lauenbourg, et ordonna une attaque de nuit qui fut faite par un bataillon du 30* de ligne , dirigé par le capitaine d'Houdetot*, aide de camp du maréchal. Les redoutes furent enlevées à la baïonnette et sans tirer un coup de fusil. L'ennemi s'enfuit en grande confusion, abandonnant son camp et la ville, laissant entre nos mains 80 prisonniers dont 5 officiers. Il prit position derrière la Stecknitz, dont il voulut brûler le pont; mais nos voltigeurs arrivèrent assez à temps pour conserver au corps d'armée ce passage.

On concentra en avant de la ville les troupes du gé-

* M. Cuvillier-Pleury dans un intéressant volume intitulé Études et portraits, a esquissé un brillant portrait du général comte d'Houdetot, aide de camp du prince d'Eckmûhl, en 1813. Nous allons citer un des traits de bravoure de cet officier distingué. « Tout le monde a lu, dans le dix-huitième volume de V Histoire du Consulat et de fUmpire, le beau récit de la résistance du maréchal Davout derrière les remparts de Hambourg. D*Houdetot y servait sous ce chef illustre. Un jour, le maréchal eut besoin de faire porter un ordre au commandant d*une division française qui opérait sur les derrières de Tennemi. Pour que cet ordre eût son effet, il fallait traverser Tarmée assiégeante sur le champ de bataille même où nos troupes étaient engagées. Quoiqu'il ne fût pas trop avare de

néral Pécheux, celles du général Thiébauli et la cavalerie (lu lieutenant général Wattier. De son côté, le général Loison, avec la 3' division, avait chassé devant lui les troupes de Tettenborn au camp de Buchen, sur la Stecknitz, et avait poussé à Schwanheide. Le corps danois le remplaça dans sa position de Schwartzembeck.

Le 20, on rencontra l'ennemi en avant de Boitzembourg. Le général Thiébault, avec la 40*^ division soutenue par la cavalerie du général Wattier, vint prendre position sur la hauteur en arrière de Schwartan, se liant avec la 3* division du général Loison, qui venait d'arriver à Greiss, après un engagement de trois heures. On échangea quelques coups de canon, et bientôt Tennemi fit sa retraite, nous abandonnant quelques blessés et quelques prisonniers.

Le maréchal fit passer TElbe au petit corps commandé par le général Gengoult et rétablit à Boitzembourg et à Lauenbourg, dans la position retranchée que Tennemi nous avait abandonnée la veille. Le corps danois remplaçait le général Loison dans la position de Schwanheide.

Le maréchal établit son quartier général à Schwartau. Un de ses aides de camp, le chef d'escadron Hervô, fut blessé dans une reconnaissance de nuit.

la vie (les hommes quand le service en exigeait le sacritice, le maréchal n^osait donner impérativement une telle mission ; il n*en exprimait que le désir. D*Houdetot s'offrit. Il partit escorté de deux ordonnances. Arrivé en vue de Tennemi, il leur commande de s'arrêter, leur donnant pour consigne de le suivre attentivement des yeux, et, s*ils le voient tomber, de rentrer dans la place avertir le maréchal. Cela fait, il s'élance à travers les feux qui se croisent contre lui sur toute la ligne; aucun ne l'atteint. Quelques minutes après, il arrivait sain et sauf, son ordre en poche, dans les rangs français. » Nous nous permettrons d'ajouter au beau récit de M. Fleury une simple remarque, et nous dirons : que toujours les chefs illustres enfantent les héroïques soldats.

Le lendemain 21, tandis que le général Loison, avec la S*' division et la cavalerie danoise, commandée par le général Lallemand, était aux prises avec Tennemi et gagnait du terrain vers Kamin, position qui lui était indiquée, le maréchal se mit en marche avec la 40* division et quelques 600 hommes de cavalerie du général Wattier, le parc de réserve et les ambulances, se dirigeant sur Zahrendorf. L'ennemi avait mis le feu au pont ; nos voltigeurs s'en emparèrent avec une grande résolution, et en un quart d'heure il fut rétabli. On se dirigeait par Fetzig etBendzig sur Marsow. Une colonne ennemie de cavalerie nous flanquait sur notre droite. En débouchant du village de Marsow, nous trouvâmes l'ennemi qui occupait une belle position et paraissait attendre la bataille. Après quelques charges de cavalerie infructueuses qu'il fit et que nos jeunes soldats repoussèrent avec intrépidité, et une canonnade de l!2 à 15 pièces qui furent bientôt éteintes par une batterie de la 40* division que le maréchal plaça fort à propos, l'ennemi se décida à la retraite.

II nous avait montré ce jour 4,000 chevaux, une vingtaine de pièces et de l'infanterie dont nous ne pûmes évaluer le nombre, car elle ne prit pas part au combat. La division Vichery et les pièces de 12 nous rejoignirent dans la nuit. Le général Loison occupait Goldenbau, et les Danois Greiss.

Le 22, le corps d'armée se porta sur Wittembourg, que l'ennemi avait abandonné.

Le 23, l'armée se mit en marche sur deux colonnes vers Schwerin. Le corps danois vint à Wittembourg et de là à Parum, où il prit position. L'ennemi ne se laissa pas voir dans cette marche ; des convois considérables avaient marché entre nous et le corps danois, et rien

n'aTait été compromis. L'irmée prit position à Schverio. Le maréchal changea sa ligne d'opération et de commanication, qui jusqtie-là s'était faite à Laoenboarg. Cette ligne était beaucoap trop étendue et ne présentait pas des points de communications faciles, puisque, étant découverte sur son flanCy elle ne pouvait être mise à l'abri de la cavalerie légère de l'ennemi; elle fut abandonnée.

Un corps suédois de 8,000 hommes^ ^,000 chevaux et 20 pièces de canon, commandé par le général Wegesack, se trouvait encore à Gadebusch ; il était en route pour se porter sur Lubeck. Notre position à Schwerin avait isolé ce corps de ceux de Tettenbom et du comte de Walmoden, qui s'étaient retirés sur Neustadt.

Le maréchal, après avoir donné ses ordres pour établir le corps danois à Schwerin, la division Yichery en arrière de cette ville, et avoir laissé la 40* division du général Thiébault sur la droite de toute cette {position, partit avec la 3* dirision du général Loison, le général Lallemand, et 600 chevaux du général Wattier, pour Gadebusch. Le corps suédois s'était retiré en toute hâte sur Bobitz. On envoya à sa poursuite la division Loison et le général Lallemand, qui occupèrent Wismar, poussant des avant-gardes jusques à Hogendorf, sur la route de Rostock.

Le maréchal rentra à Schwerin. La nouvelle ligne de communication fut établie par Gadebusch, Ratzebourg et Mollen.

Les 26 et 27, on fit de fortes reconnaissances sur Hagenow, Wittembourg et Krevitz. On établit une communication entre le général Loison à Wismar et nous à Schwerin, par Wickhusen et Wickelem.On leva 300 chevaux dans le Mecklembourg, et on profita de

UN DERiMEH COMMANDEMENT. 47

ces deux jours de repos pour exercer nos jeunes soldats, qui se battaient avec courage, mais manœuvraient fort mal.

La division suédoise se dirigeait sur la Poméranie ; elle eut un engagement avec la cavalerie danoise, commandée par le général Lallemand, sur la route de Rostock, en avant d*Hardorf. Les rapports d*un mouvement de Tennemi sur notre flanc droit, rapports faits par les déserteurs, les prisonniers, les espions et les paysans, engagèrent le maréchal à ne pas laisser éloigner autant le général Loison sur Rosto(*,k, avant de savoir où nous en étions du côté de Berlin. Nous n*avions aucune nouvelle du duc de Reggio, qui, dans le plan dont il est parlé plus haut, aurait dû se trouver le 20 ou le âl à Berlin, s*il avait réussi. Le mouvement de Walmoden et celui des Suédois, qui paraissaient avoir changé de caractère et devenir offensifs, indiquaient assez au maréchal que nous avions éprouvé un échec du côté de Berlin. On était instruit par le gouverneur de Magdebourg que le général Dombrowski n'avait pu déboucher de Wittemberg et que le général Girard, qui s'était porté à Zizar et qui y attendait le mouvement décisif du duc de Reggio, avait été attaqué par des forces trois fois supérieures, et, après la désertion des corps allemands qui composaient en grande partie ses troupes, s'était replié sur Wittemberg.

Les rapports nous annonçaient qu'un corps de 20,000 hommes marchait de Berlin sur Boitzembourg. On rapprocha la division Loison, la droite au lac de Schwerin, le centre à Mcdentin et la gauche à Rothwather. Le général Lallemand occupait Wisraar ; le reste du 13* corps occupait la même position à Schwerin.

Nous avions rempli, et au delà, les instructions que

Napoléon avait données. Les hostilités avaient recommencé le i 7, et le 23, nons nous trouvions dans le cœur du Merklembourg, occupant la division suédoise de Wegesack, le corps de Walmoden et celui de Tettenborn, et nous étions en mesure de remplir le bat pour lequel le 13® corps avait été composé.

Le !•' septembre, le maréchal s'aperçut d'un grand mouvement très prononcé sur notre droite, et nous ne pûmes pas nous dissimuler davantage que le duc de Flcggio avait échoué. En effet, des lettres du gouverneur nous apprirent que Napoléon avait rappelé à lui le 1*' corps du lieutenant général Yandamme, et que le maréchal Oudinot, duc de Reggio, avec son corps et celui du général Rcynier, n'avait pas pu continuer son mouvement sur Berlin, et que, après la perte de la ba- Uiille du 22, il avait été forcé de se replier sur Treuenbritzen. Dès lors, toute coopération ultérieure avec les mouvements de la Grande Armée devenait impossible. 11 fallait penser à la deuxième destination du 13* corps, celle de couvrir Hambourg, le Holstein et la 32* division militaire. La ligne de Schwerin était beaucoup trop étendue, puisqu'elle laissait depuis la pointe du lac jusqu'à l'Elbe à découvert, et que l'ennemi pouvait manœuvrer sur dix lieues de terrain sur notre flanc droit sans que nous pussions l'empêcher ou même avoir connaissance de ses mouvements, ayant peu ou point de cavalerie légère. Cette position devenait mauvaise, puisqu'elle n'avait pas de sûreté en elle-même et qu'elle n'avait plus de but pour la coopération des autres corps de la Grande Armée. Le maréchal fit donc ses dispositions pour prendre une ligne plus rapprochée et plus forte, qui couvrit Hambourg et le Holstein. Cette ligne est celle de la Stecknitz, gardant Ratzebourg comme

avant-garde, s*étendant à Lauenbourg sur l^Ëlbe par sa droite, et par Lubeck et Travemunde à la mer sur sa gauche.

Tous les ordres furent expédiés sur-le-champ, et le lendemain, î septembre, Tarmée fit son mouvement sans être inquiétée par Tennemi. Le général Lallemand fut laissé à Wismar et le général Delcambre à Schwerin, comme arrière -garde; ils devaient suivre notre mouvement rétrograde.

La 3*^ division fut établie en avant de Ratzebourg, la droite au lac de Golden se, la gauche à celui de Regelowsé, faisant face à Gadebusch. Le corps danois fut établi sur le plateau à droite du général Loison, faisant face à Wittembourg; le général Vichery et la 40® division à MôUen. Le général Gengoult dut défendre la Stecknitz depuis Buchen jusqu^à Lauenbourg.

La 40' division fut donnée au général Vichery, et le général Thiébault fut chargé de la défense de Lubeck; il avait sous ses ordres le général Lallemand, qui plus tard en prit le commandement. Les troupes furent baraquées; on forma des camps réguliers et on retrancha les diverses positions avec un grand soin. On fut harcelé et attaqué dans ces marches, principalement du côté de Zarenthin et de Buchen, où Fennemi éprouva quelques pertes. Le maréchal fit une reconnaissance sur toute la ligne pour la rectifier, voir par lui-même tous les camps, les postes et les passages depuis Lubeck jus* qu^àTElbe.U établit son quartier général à Ratzebourg. L'ennemi prévenu à temps avait renoncé à son projet de couper notre communication sur Hambourg, et s'était replié sur Wittembourg,

L'armée resta dans cette même position sans faire aucun mouvement, si ce n'est celui de six bataillons et

nr. 4

iHï LE MARÉCHAL DAVOLT.

quelques bouches à feUf qui furent mis sous les ordres du lieuteuant général Pécheux, avec quelque cavalerie légère, jusqu'au 13 septembre.

Le maréchal avait été prévenu qu*un convoi considérable de poudres était parti le 10 de Hanovre^ se dirigeant de Minden sur Magdebourg, sous Tescorte du général Lemoine. Il jugea qu*il était de la plus haute importance pour la grande armée française de tâcher de faire diversion au parti ennemi considérable qui avait passé TElbe à Hitzacker et qui paraissait marcher sur ce convoi. U fit courir le bruit dans tout le pays qu*une division allait se rendre à Magdebourg, et ordonna de préparer partout des vivres. Pour accréditer ce bruit, il donna ordre au lieutenant général Pécheux de former une colonne mobile de 5 bataillons du 3* régiment et du 105', 4 pièces et une centaine de chevaux.

Le maréchal fit ensuite passer TElbe au détachement du lieutenant général Pécheux. Ce général avait pour instruction de se rendre à Luneboui^, et de là, à moins qu*on ne fût informé que Tennemi eût passé TElbe à Domitz avec des forces majeures, il devait se placer entre Dallembourg et la forêt de Gôrde. Cette manœuvre était combinée avec le gouverneur de Magdebourg, qui devait porter des forces suffisantes sur Werben pour nettoyer toute la rive gauche de TElbe et rallier le grand convoi de poudres, qui, en effet, arriva à Magdebourg le 16 septembre. Le lieutenant général Pécheux avait ordre de ne pas se compromettre et de ne pas se laisser couper d'Harbourg, ayant sa retraite par Lunebourg, place à Tabri d'un coup de main.

Le lieutenant général Walmoden avait passé eu grandes forces TËlbe à Domitz le i S et le 16 vers

six heures du soir, et avait enveloppé le détachement français dans sa position. Le lieutenant général Pécheux se battit avec un grand courage contre des forces supérieures et beaucoup de cavalerie, d'artillerie et deux batteries à la congrève. 11 perdit environ 1 ,000 hommes, tués, blessés ou faits prisonniers, et se retira à Lunebourg et de là à Yinsen et Zollenspiecker, où il laissa en position 3 bataillons, et vint prendre le commandement supérieur d*Harbourg.

Après le revers éprouvé par le général Pécheux à Gôrde, Tennemi pouvait, à son gré, parcourir tout le pays sur la rive gauche, entre le Weser et TElbe, et se porter sur Harbourg.

Le maréchal organisa une colonne mobile de 500 hommes, deux pièces de 3, et quelques cavaliers, avec laquelle le major Huy fut chargé de protéger les convois de vivres, argent et effets, qui nous arrivaient de Brome et qu'on dirigeait sur Landsberg et Stade. Il devait, en cas d'événement, se retirer à Cuxhaven ou à Stade, dont il devait composer la garnison.

Pour donner des inquiétudes au corps ennemi qui aurait pu se porter sur Hambourg, le maréchal fit construire une tête de pont à Hope, sur la rive gauche, et y fit rétablir l'ancien fort, par les soins du major du génie Tinache.

Il avait trouvé les travaux du génie militaire prodigieusement avancés. Le grand pont de bois achevé, il ne restait plus à faire que la communication par terre dans rile. Cet ouvrage, qui paraissait impraticable et avait 1,000 toises, fut achevé et pavé en peu de jours, par la rare persévérance et la parfaite intelligence do l'ingénieur en chef Jousselin.

Le corps d'armée occupait toujours la position sur la

Slecknitz. Le maréchal faisait de fréquentes reconnaissances, parcourait souvent la ligne et allait à Hambourg pour y presser tous les ouvrages et y faire rentrer les vivres nécessaires, prévoyant bien qu'il serait peut-être forcé de défendre Hambourg.

C'est ici le cas de faire une observation que le maréchal s'est souvent plu à répéter, que c'est à la réunion de ces hommes habiles et supérieurs, chacun dans leur partie, que peut être attribué le salut de la place, le comte de Ghaban, le général de Ponthon, le général JoufTroy et l'ingénieur en chef des ponts et chaussées Jousselin.

On établissait aussi des brise-glace sur les passes du fleuve, dans un développement de plus de i,000 toises. On avait parfaitement organisé les grands bacs et on en avait construit de rechange. Le temps était devenu pluvieux et fort mauvais. L'apparition de l'ennemi rendait les réquisitions fort difficiles, et il fallut toute l'énergie des chefs et tout le zèle du colonel de Ponthon et de l'ingénieur Jousselin pour venir à bout de ces immenses travaux du camp retranché d'Harbourg et des îles, de ceux d'Hambourg, du Sternschantz, de la ligne de Hanau, de celle de Saint-Georges et des Lunettes.

On dirigea sur Hambourg et les îles la plus grande quantité de botes à cornes levées dans tout le pays que nous occupions. On y fit rentrer des grains, des avoines, du riz et une grande quantité de fourrages, et c'est à cette précaution prise à temps, et que notre position retranchée sur la Stecknitz nous permit de prendre, que fut due la conservation du corps d^armée.

Dans cet état de choses, nous n'avions autre chose à faire qu'à tenir le plus longtemps possible la Stecknitz,

pour gagaer du temps et voir si nos affaires de la Grande Armée se rétabliraient sur TElbe, attirer à nous autant de monde que possible, et faire jeter à tout événement dans Hambourg une grande quantité de vivres.

Le général Lauberdière fut chargé de faire toutes les dispositions à Brème que pouvaient nécessiter les circonstances, faire amener tous les bateaux du Weser, détruire le pont d'Hoya, mettre la ville en état de défense et au besoin en faire sauter le pont, et de surveiller exactement Tembouchure de TAller dans le Weser.

Le corps d*armée restait toujours dans la même po* sition. Les troupes étaient campées, baraquées et retranchées. On vivait de distributions régulières. La plus grande discipline régnait dans le corps d*armée. Dans toutes les reconnaissances qui furent faites, nous et les Danois avions, de ces côtés, l'avantage sur Tennemi. On s*occupait de Tinstruction des soldats. Nous eûmes une assez grande quantité de déserteurs ennemis qu'on incorpora dans le régiment de lanciers lithuaniens ou qui furent renvoyés chez eux après avoir touché le prix de leurs chevaux K

Le 7 octobre, les Danois, qui gardaient Kogcl sur leur front, furent attaqués et en furent délogés avec perte d'une centaine d'hommes tués ou blessés.

L'armée du comte de Walmoden s'était accrue d'une légion russe allemande, du corps de Lutzow, et de quelques régiments de hussards à la solde de l'Angleterre. Tous les rapports nous faisaient supposer que nous aurions bientôt une attaque générale. Le mare-

^ Voir à l'Appendice lettre A.

chai envoya derrière la Stecknitz, à Môllen, le grand parc de réserve, et renforça cette position de quelques bataillons et de la cavalerie du général Wattier. On mit le plus grand soin à Buchen, qui était Tendroitlc plus vulnérable, et dont la défense était confiée au général Delcambre.

Voici quelle était notre position dans tout le mois d'octobre. Nous étions en communication avec Brème, Nieubourg et Minden, où nous avions quelques troupes. Les généraux Carra Saint-Cyr et Lauberdière y commandaient. La solde, les vivres et la direction générale de leurs mouvements étaient ordonnés par le maréchal, en qualité de gouverneur de la 32* division militaire. On avait frappé des réquisitions de vivres de toute espèce sur le pays d'Entin, de Lubeck et sur tous le territoire que nous occupions.

Le corps d'armée commandé par le maréchal était entièrement sur la rive droite de TElbe, ayant sa droite à Lauenbourg et sa gauche à Travemûnde, dans une position retranchée qui devait donner des inquiétudes à Tennemi, puisque, avec des forces imposantes, il était à même, selon les ordres qu'il recevrait de Napoléon, de se porter soit sur le Mecklembourg, soit sur la rive gauche, puisqu'il avait de grands moyens de passage et des têtes de ponts sur l'Elbe, à Hope et à Harbourg.

L'ennemi avait reconnu et attaqué noire position, et y avait perdu, dans les diverses attaques, plus de 800 hommes. Notre perte, de ces côtés, avait été moins considérable.

Les troupes avaient acquis de l'expérience, de la force et de la santé, et, pendant ce temps, le maréchal avait formé de grands magasins à Hambourg, en blé.

vin et viande, pour une armée de 40,000 hommes pendant neuf mois. Les travaux de la place étaient avancés, les chemins couverts du corps de la place faits et palissades. Le pont de communication et la route pavée dans nie de Wilhemsbourg étaient achevés, Harbourg en bon état et les travaux du camp retranché qui le couvre et le domine en grande activité.

L'arsenal était en pleine activité. Indépendamment des bombes et projectiles, on y avait organisé un atelier de fusées à la congrève^ dont était chargé le capitaine Boulard, qui en avait rapporté la composition du Danemark, où il avait été envoyé à cet effet, après l'affaire du général Pécheux à Gôrde. On y fabriquait une grande quantité de clous, de fers à glace pour les chevaux et crampons pour les hommes. On avait ordonné, dans les régiments, de préparer des cols et manches de peau de martre pour l'hiver, ainsi que de gros gants de laine.

Le meilleur esprit animait le 13" corps, ainsi que le corps danois, et surtout son digne chef, le prince Frédéric de Hesse. De son côté, M. le maréchal exécutait fidèlement le traité conclu avec le Danemark en couvrant le Holstein, quoique des partis ennemis, qui étaient entrés h Gassel le 6 octobre, menaçassent le Weser.

A cette même époque, le maréchal Ney, prince de la Moskowa, avait repoussé les tentatives de l'ennemi, qui voulait opérer un passage de l'Elbe entre Magdebourg et Wittemberg, et Napoléon, avec la Grande Armée, était à Dresde.

Nous ne recevions plus d'ordres du major général depuis la rupture de l'armistice, et nous étions entièrement livrés à nous-mêmes. On avait ordonné aux habi-

tants de Hambourg et Harbourg de s'approvisionner, jusqu'au mois de juillet 1814, en vivres et chauffage qu'on pourrait faire venir de suite, le mauvais temps ayant éloigné les croisières anglaises. On les prévenait que, si les circonstances forçaient le 13® corps à défendre Hambourg, ceux qui n'auraient pas obéi à cette mesure seraient renvoyés de la place comme bouches inutiles, ainsi que le commandent les règlements militaires de tous les pays dans les places assiégées, et ainsi que le leur avait prescrit la publication du décret du 18 juin, qui mettait Hambourg et Harbourg en état de siège.

Le maréchal avait ordonné, en outre, que chaque boulanger dût avoir une réserve de six mois de farine pour son débit présumé, à peine d'être privé du droit d'exercer sa profession.

Le maréchal ordonna à Lubeck la construction de vingt blockhaus pouvant se démonter et se transporter à volonté et qui devaient plus tard être employés dans les ouvrages de Hambourg. Il ordonna, en outre, la construction de dix autres qui devaient être à l'abri du canon et se porter sur les plates-formes. M. le major Vinache fit construire une tête de pont à Cronsford et rectifier les travaux de Lubeck.

La première quinzaine d'octobre fut fort tranquille. Le 13* corps occupant toujours le camp retranché de la Stecknitz, on a perfectionné tous les ouvrages. On a fait sortir de la tête de pont de Hope une reconnaissance sur Vinsen ; on s'est emparé de la ville. L'ennemi a voulu forcer la position à Buchen avec 1,500 hommes d'infanterie et une batterie de huit pièces. Sa canonnade et le feu de son infanterie, qui ont duré deux heures, n'ont pu parvenir à déloger deux compagnies

de voltigeurs du 30* régiment, qui ont perdu une trentaine d*hommes tués ou blessés.

Il y eut sur notre front, en avant de Ratzbourg, quelques fourrages armés pour avoir des bêtes à cornes ; sur le front des Danois et sur celui du général Romme, en avant de MôUen, il y eut, de ce côté, un engagement où Tennemi perdit 40 hommes tués et 150 prisonniers, 200 bêtes à cornes et 400 moutons.

Le général Vichery fit une forte reconnaissance sur Gadon, surprit la légion russe allemande, lui tua beaucoup de monde. La cavalerie danoise fit prisonniers une cinquantaine de hussards ennemis, et on les rejeta en grand désordre sur Zarentin. Le capitaine d'élat-major du maréchal, M. Muller, y fut blessé d'une balle qui lui traversa la poitrine. Le temps a été fort pluvieux, mais nos troupes étaient baraquées et souffraient peu. Les Danois avaient beaucoup de malades.

La deuxième quinzaine d'octobre se passa de la même manière : des reconnaissances, des escarmouches, une grande rentrée de bestiaux dans les îles de Billwerder et Ochsenwerder; une petite expédition sur Lunebourg, qui fut prise, en enfonçant les portes à coup de hache, par le capitaine d^Houdetot, aide de camp du maréchal, et 100 hommes du 30' ; elle avait pour but d'attirer l'attention de l'ennemi, d'avoir des nouvelles et de tenir dans le respect et la crainte les autorités du pays, pour les réquisitions qui se faisaient chez eux, quoique occupés par l'ennemi, et pour les messages. Des colonnes mobiles, aux ordres des majors Van Ommern et Huy, tenaient tout le pays entre Harbourg, Brème et la mer, faisaient rentrer par Stade et Harbourg les vivres et les effets venant de la France

et de Brème. On avait envoyé à Hambourg toates les munitions navales qui se trouvaient à Stade.

On apprit que, le 14 octobre, Brème avait été attaqué par des forces considérables, et que toute communication était interrompue avec la France et la Grande Armée, dont nous ne recevions plus d'ordres depuis la rupture de Tarmistice. L'argent commençait à manquer. Rien ne venait ni de la France, ni de la 32* division militaire. Les impôts ne se payaient plus, les bons sur la nlle de Hambourg et les traites sur la banque, représentant la contribution extraordinaire, n'étaient négociables en aucune façon. Les négociants qui avaient fait leur soumission pour leur part dans cette contribution, quittèrent Hambourg avec leur portefeuille et ne laissèrent, pour toute garantie au Trésor, que leurs maisons et des meubles qui ne pouvaient être d'aucune ressource. Le comte de Chaban, intendant général des finances, prévint le maréchal de cet état de choses, en observant que, sans des mesures extraordinaires comme les circonstances, tout allait manquer et qu'il n'y avait plus de fonds pour le service des hôpitaux, la solde de l'armée et du corps danois, les vivres, les médicaments, le génie, rartillerie, et pour payer les ouvriers du pays qui étaient occupés aux travaux.

Le maréchal, avant de prendre un parti sérieux, voulut s'assurer de nos besoins et de nos ressources. Il vit, par la situation des caisses au 20 octobre, qu'il n'y avait pas un moment à perdre, ni aucun espoir de rien faire entrer au Trésor, à cette époque, par les moyens ordinaires. Il s'assura, d'autre part, que les sommes duos pour dépenses arriérées, depuis le !•' juillet 1813, ot relies nécessaires pour tout le mois de novembre

courant s'élevaient à la somme de 12,500,000 francs. L'énormité de la somme et la nécessité urgente de pourvoir à Tavenir ne permettaient pas de balancer sur le parti qu'il y avait à prendre.

Il faut rappeler ici que les décrets et lettres explicatives de Napoléon, du 16 juin, avaient fixé le mode de payement de la contribiition de guerre. Il avait été arrêté que 10 millions seraient payés en espèce : ils avaient été empruntés et envoyés à Dresde; 10 millions en denrées de toute espèce qui avaient aussi été envoyés à Dresde pour la subsistance de la Grande Armée; 10 millions en bons de la ville de Hambourg, signés par les citoyens qui doivent les payer et payables au 1" janvier 1815; les 20 millions restant en traites sur la banque de Hambourg, signées, remises au Trésor et payables mois par mois depuis octobre 1813 jusques en août 1814.

D*après cet exposé, on voit que la banque était la seule garantie de cette dernière partie de la contribution. Le 4 novembre 1813, le maréchal nomma une commission composée du gouverneur, du comte de Ghaban, du préfet, du maire, du commandant de la place, de Tinspecteur du Trésor, de l'inspecteur en chef aux revues et de l'ordonnateur en chef du directeur de la banque et de deux membres de la chambre de commerce pour mettre les scellés sur la banque et faire tous les arrangements possibles avec les magasins et la banque. Les administrateurs furent convoqués, et il leur fut déclaré que les traites acceptées sur la banque ne s'escomptant pas, que les négociants s'étant soustraits à tous les payements qu'ils avaient consentis, le maréchal était forcé de prendre des mesures pour assurer les divers services; qu'il avait fait mettre les scellés et

ordonnerait la saisie, au cas où le commerce se refuserait à tenir les engagements contractés par la ville. La chambre de commerce, sommée aussi de faire des fonds pour l'affranchissement de la banque, reconnut, ainsi que les administrateurs, que la plus grande partie des fonds appartenait à des étrangers.

Le lendemain 5, on lit Tinventaire de la banque en présence des administrateurs, et on trouva 13 millions 500,000 francs; craignant que, quand même ils trouveraient les moyens de fournir les fonds demandés mois par mois pour le service, afin de sauver la banque, il no fût toujours facile au gouverneur de mettre la main dessus, ils se refusèrent à faire aucune proposition, et se bornèrent à faire des représentations que la circonstance rendait inutiles. Le maréchal fit de nouvelles injonctions et donna plusieurs jours au commerce pour se décider à conserver par un sacrifice ce bel établissement intact. Les vives instances et les représentations du comte de Ghaban au corps de commerce ne produisirent rien; ils déclaraient qu'ils n'émettraient aucune opinion ni aucun sentiment sur cette affaire, se bornant à protester.

Cependant tout allait manquer, et tout nouveau délai devenait impossible. La commission ordonna, le 12, que l'argent monnayé de la banque serait versé dans les caisses du Trésor pour faire marcher les différentes branches de l'administration. On trouva 744,000 marcs d'argent, environ 2 millions; on en dressa procèsverbal et on établit des bordereaux en triple expédition , dont l'un était donné pour leur décharge aux administrateurs, le second au comte de Chaban, et le troisième à la commission.

On observa depuis le môme ordre et la môme

régularité pour les divers enlèvements qui furent faits successivement pour alimenter Thôtel des monnaies qui fut établi plus tard.

On rendit à peu près 500,000 francs qui appartenaient aux hospices, au roi de Danemark, et 47,000 francs en argenterie, qui fut laissée intacte. On pourvut au traitement des teneurs de livres et des autres personnes employées à la banque, et on conserva avec àoin les registres de cette administration.

Le directeur et les administrateurs avaient les clefs et ce n*était qu'en leur présence que les extractions se faisaient selon les besoins et par ordre de la commission.

On mit une étonnante activité dans les travaux de la monnaie, et, le 13 décembre, il circulait déjà de nouvelles pièces de 2 muoks, poinçon de Hambourg année 1809. Ces diverses extractions et toutes ces opérations se faisaient avec cette exacte régularité^ parce que le maréchal était persuadé que, quelque fût le sort de Hambourg, la France restituerait à la banque ce que les circonstances impérieuses avaient forcé d'en enlever, quitte, si Napoléon avait des succès, à rembourser le tout sur les rentrées du reste de la contribution de guerre, ce qui conservait Tinstitution de la banque et son crédit.

Le maréchal sollicitait instamment des ordres et informait avec régularité le major général et Napoléon de sa position, mais par une inconcevable fatalité ou négligence, rien n'arrivait du grand quartier général, et ses dernières lettres étaient du 18 août et ne contenaient que des détails d'administration intérieure peu importants et même sans date de lieu, ce qui du moins aurait pu nous faire présumer les opérations de la Grande

Armée. Les dernières instructions portaient de ne pas s'inquiéter du mouvement de Tennemi sur la rive gauche de TElbe et de couvrir Hambourg et le Holstein.

Nous avions appris le 25 octobre, par les bulletins ennemis, les événements de Leipzig. Nous savions la marche de Tarmée du Nord, composée du corps de Bulow, des Suédois et de quelques corps russes, sur le Weser et Hambourg, et nous venions d'être informés que le quartier général du prince royal de Suède qui commandait cette armée, était à Gôttingen le 2 novembre.

Dès lors, on se trouvait entièrement isolé de Tarmée française. La position que Tennemi occupait par Teffet de ces manœuvres nous mettait dans l'impossibilité de rien entreprendre pour approcher du Rhin, quand même^ au mépris des ordres de Napoléon et du traité avec le Danemark, nous eussions voulu abandonner Hambourg. Le seul parti qu'il y avait à prendre pour sauver le corps d'armée et suivre les instructions était de faire de Hambourg une place de guerre respectable et de s'y défendre à outrance. Le maréchal prit ce parti.

Il ne pouvait plus douter que de nombreux corps ennemis détachés de la Grande Armée allaient arriver sur lui. Perdant ainsi tout espoir de reprendre l'offensive et voulant rapprocher quelques troupes de Hambourg et Zollenspiecker, pour y être employées aux travaux, le maréchal se détermina à quitter Ratzbourg, point offensif et en pointe, qui devenait sans objet. 11 fit détruire les retranchements, fit brûler les camps et le pont de Ratzbourg pour se concentrer entièrement derrière la Slecknitz.Lubeck, à l'abri d'un

coup de main, fut occupé par les Danois, ainsi que Cronsford. Ils se lièrent par leur droite avec le camp retranché en avant de MoUen. De là on continuait à descendre le cours de la rivière jusques à TElbe.

La 3" division commandée par le général Loison , fut placée en réserve à Schw^artzembeck, où le maréchal établit son quartier général le 12 novembre.

Notre mouvement n'avait pas été aperçu par l'ennemi. Le lendemain 13, il entra dans Ratzbourg et attaqua en force le camp retranché de Môllen. Le combat fut vif; le lieutenant général Yichery, avec le brave 11 1*', repoussa ses attaques et lui fit éprouver une perte assez considérable. La nôtre fut insignifiante, car notre infanterie, s'était battue derrière de bons retranchements et la cavalerie seule avait été employée à la poursuite.

Vers ce même temps, à la mi-novembre, le maréchal reçut par un émissaire un billet chifi*ré du lieutenant général Carra Saint-Cyr, qui, précédemment, commandait la 32* division militaire sur le Weser, et qui Tin- Tormait de Munster, où il s'était retiré, que la défection des Saxons dans la bataille de Leipzig, et surtout celle de la Bavière, avaient forcé l'armée française de se replier sur le Rhin, et que Napoléon était arrivé à Mayence,le l"du mois de novembre; Napoléon ordonnait au maréchal de laisser une bonne garnison dans Hambourg et de se rapprocher de la Hollande, ou, s'il n'était plus temps de faire ce mouvement, de manœuvrer sur Hambourg et de se tenir sur les deux rives.

Il n'était plus temps d'exécuter ces ordres. On avait déjà reconnu l'impossibilité de se rapprocher de France avec tout le corps réuni ; à plus forte raison avec

Tobligation de laisser une bonne garnison à Hambourg, qui, dans rétai dans lequel se trouvait la place alors et sans Harbourg et les îles qu'on n'eût pu garder, pouvait se regarder comme sacrifiée, ainsi que les 8,000 hommes que nous avions déjà alors dans les hôpitaux.

Le maréchal ne pensa donc plus qu'au corps d'armée qui lui était confié et au système de Hambourg comme défense. Il mit la plus grande activité à l'achèvement des ouvrages, et pour mettre plus d'ensemble dans l'organisation des approvisionnements, en chargea le général Thiébault, qui fut remplacé dans son commandement de Lubeck par le général Lallemand. Toutes les réquisitions frappées sur le pays d'Ëntin furent bientôt fournies, et on retira les troupes. Le maréchal donna des ordres pour faire retirer les garnisons, artillerie et munitions, de Garlsbourg, Blexen, Cuxhaven, et les faire replier sur le Holstein par les soins de la marine danoise. On donna les mômes ordres pourTravemiinde. La passe fut barrée par des bâtiments ; les hommes et l'artillerie se retirèrent sur Lubeck. Le major Van Ommcrn rentra avec sa colonne mobile dans Stade, que le capitaine Laloy, aide de camp du maréchal, qui l'y avait envoyé pour y commander, avait mise en peu de jours à l'abri d'un coup de main. La garnison était forte de 400 hommes, composée de deux faibles batail- Ions du 29° de ligne, quelques douaniers, quelques gendarmes, quelques marins, des cavaliers démontés; nn sergent d'artillerie était commandant de cette arme.

Le 27 novembre, l'ennemi fort de 4,000 hommes et 10 pièces de canon, s'avança vers Stade, croyant la prendre d'emblée ; protégé par son artillerie, il s'avança en colonnes pour tenter un passage de vive force à la porte de Bremcrvorde ; le poste avancé de 25 voltigeurs.

retranché derrière un épaulement fait à la hâte, le reçut à bout portant. Trois fois Tennemi, mis en désordre par notre mousqueterie et criblé par la mitraille de 2 pièces, se rallia et recommença son attaque ; trois fois il fut repoussé avec la même intrépidité. Il laissa 200 morts sur le point qu'il avait attaqué et se borna à faire jouer son artillerie à portée de mitraille; il fit pleuvoir jusques à deux heures une grêle de boulets, d*obus et de mitraille sur le poste défendu par les 25 voltigeurs. Voyant ses efforts inutiles, il s'éloigna de la contrescarpe et battit nos retranchements, auxquels on n'avait pu donner que peu d'épaisseur et que les boulets traversaient. Après sept heures d'un feu vivement nourri de part et d'autre, l'ennemi ayant deux pièces démontées , renonça à son entreprise et comprit que les plus mauvaises places ne se prennent pas d'emblée, lorsque des hommes de cœur les défendent.

Le major Van Ommern, le commandant Laloy, les deux chefs de bataillons Ressejac et Besaucèle, le capitaine de frégate Gabet et le sergent d'artillerie Luisetti méritèrent les plus grands éloges, ainsi que le souspréfet, M. David, qui quitta, ce jour-là, ses fonctions administratives, qu'il remplissait avec un grand zèle et une parfaite intégrité, pour remplir celle de soldat.

Le maréchal ordonna deux jours après d'évacuer Stade qu'on aurait pu difficilement garder avec de si faibles moyens. On enleva les blessés, les malades, l'artillerie, les munitions, et tout fut transporté sur les côtes du Holstein. L'ennemi, devenu plus prudent, laissa faire tous ces préparatifs sans nous inquiéter, et n'entra dans Stade que lorsqu'il n'y eut plus un Français.

Nous restâmes dans cette position de la Stecknitz

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