IV
dont j'ai parlé plus haut tout le mois de novembre. Le lieutenant général Walmoden n'osait rien entreprendre avant l'arrivée du prince de Suède et celle du corps du lieutenant général Beningsen. Il avait une division devant Harbourg, 2,000 hommes en face de Zollenspiecker, à Yinsen, et le reste de son corps sur la ligne de la Stecknitz. On avait tous les jours de légères escarmouches.
Le maréchal profita de cet intervalle que l'ennemi nous laissait pour presser les ouvrages du système de défense de la place de Hambourg, — une partie de la 3' division y avait été envoyée à cet effet, — et pour y faire arriver une grande quantité de palissades, qui furent envoyées par l'Elbe sur des radeaux construits exprès, défendus par des épaulements en bois et des soldats du 61®. Le général Gengoult, qui commandait la ligne de Luxembourg et de l'Elbe, mena à bien cette opération.
D'autres objets d'une autre nature occupaient la sollicitude du maréchal. Il fallait s'assurer que les mesures précédemment ordonnées pour Tapprovisionnement de l'armée et de la population avaient été exécutées ; il fallait assurer tous les services d'une aussi vaste administration , et tenir dans le devoir les habitants, de qui les succès des armées alliées avaient enflé le courage. Le défaut d'argent monnayé paralysait tout. Le scellé mis sur la banque et la reconnaissance des fonds qu'on pourrait extraire au fur et à mesure des besoins auraient dû nous tranquilliser; mais sur cette somme â millions en argent monnayé étaient déjà épuisés par les dépenses arriérées. Les 11 millions restant étaient en lingots. Les négociants d'Altona et Hambourg avaient fait un accord pour ne point les recevoir en payement.
UN DERiNlER COMMANDEMENT. 67
Un avait vainement tenté de les échanger contre de l*argent monnayé, qui ne manquait pas, puisque tout rentrait en circulation par nos achats, nos approvisionnements et surtout par le payement des ouvriers du pays. Le comte de Ghaban remédia par son intelligence et par son zèle à cet inconvénient. Il établit un hôtel des monnaies, le composa de quelques employés français que leur service dans des administrations diverses avait retenus à Hambourg, et d'un sergent d'artillerie qui avait anciennement travaillé dans les monnaies en France. On frappa au type des anciennes monnaies de la ville, dans le même degré de véritable valeur et de perfection de travail, des pièces nouvelles. Plus tard on organisa un second atelier de monnaie avec des employés du pays.
Le 9 novembre, on avait renouvelé aux habitants Tordre de s'approvisionner pour six mois, sous peine d'être renvoyés de la ville, et on s'assura de l'exécution de l'ordre qui prescrivait aux boulangers d'avoir des farines pour six mois d'avance, sous peine de se voir retirer leur patente. .
Les administrations et les régiments reçurent aussi l'ordre de faire des approvisionnements particuliers en viande sur pied, légumes secs, choucroute, pommes de terre, qui allaient devenir dans un siège d'un grand secours contre les maladies et l'usage de la viande salée. 11 fut désigné, à cet effet, des villages dans la banlieue de Hambourg et dans tous les villages de la 3:2° division militaire. Des reçus détaillés spécifiant la qualité et quantité furent dressés en triple expédition et signés par le commandant ou chef de l'administration. Us furent donnés Tun au maire et habitants à valoir sur les contributions, l'autre à l'or-.
t^ LE MARÉCHAL DAVOLT.
doDnateur, le troisième au général commandaDl la division.
On forma de nouveaux hôpitaux, on acheta des mé> dicaments et du riz à Altona. On créa un directoire des hôpitaux présidé par le commandant Cartier, officier zélé et très entendu en cette matière. M. Da\id, souspréfet de Stade, remplissait auprès de ce directoire les fonctions de commissaire impérial. On fit recueillir avec soin tous les os dans les corps et administrations et on en fit des magasins. Plus tard, on en fit des bouillons pour les malades, par les procédés de M. Cadet de Vaux et en y mêlant du sagou.
Dès les premiers jours de décembre 1813, le froid devint très vif; les marais de laStecknitz étaient gelés ; la rivière qui, dans une grande étendue, n*a pas six toises de large. Tétait aussi. Dès ce moment, la position de la Stecknitz, qui pouvait jusques alors en avoir imposé à un ennemi supérieur, par Topinion qu'il avait de notre chef, et qui avait été défendue par la grande vigilance et la bravoure des généraux, officiers et soldats, n'était plus tenable. On avait préparé à la hâte des ouvrages de campagne sur la Biele, position intermédiaire qui devait nous permettre de nous retirer lentement et avec ordre sur Hambourg; les écluses de la Stecknitz étaient minées et tout était préparé pour détruire nos camps, nos ouvrages et nos ponts.
Le prince de Suède et le comte de Beningsen avec leurs troupes avaient passé l'Elbe à Boitzembourg, sur des ponts de bateaux, à la vue des postes français, et s'étaient dirigés sur Môllen, Dès lors, il ne pouvait plus y avoir d'incertitude. LaStecknitz n'était plus une position ; il eût fallu se battre avec désavantage contre des forces supérieures et toutes les chances étaient contre
UiN DERNIER COMMANDEMENT. 69
nous , puisqu'on ne pouvait profiter d'un succès et que la pert« de quelques milliers d'hommes nous eût mis dans le cas de ne pouvoir plus défendre le grand système de Hambourg, des îles d'Harbourg, sans lequel la place de Hambourg n'est rien.
Le 3 décembre, on lit sauter toutes les écluses ; on détruisit les ouvrages de la tète du pont de Môllen, ainsi que les batteries sur les deux rives de l'Elbe, on brûla les ponts et les camps, et toute l'armée se retira dans le plus grand ordre derrière la Biele. On quitta et on détruisit en même temps la tùte du pont de Hope sur la rive gauche. On fit sauter le fort, et les troupes se replièrent à Bergedorf. On avait abîmé tous les gués de la Biele, qui n'était point encore fortement gelée; on occupa Hohenmiihl et Trittau, se liant par des partis avec le corps danois, qui avait refusé sa droite dans ce mouvement, et était venu se porter à Odeslohe tenant une ligne derrière la Trave jusques à Lubeck.
L'ennemi ne suivit pas le mouvement du 13* corps, et porta directement la majeure partie de ces forces sur Lubeck et sur Odeslohe, en passant par Môllen. Sa première opération fut de couper toute communication entre le corps danois et nous, chose fort facile, à cause de l'étendue de la ligne que nous occupions depuis Lubeck jusques à Hambourg. Les deux corps d'armée furent de ce moment séparés et livrés à leurs propres moyens, l'un pour se renfermer et défendre Hambourg, l'autre pour se renfermer et défendre Gluckstadt, ainsi que la chose était prévue par le traité entre le Danemark et la France, dans lequel ces deux puissances étaient convenues d'armer ces deux places en cas d'événement.
I^ maréchal fit connaître au prince Frédéric de Hesse,
70 LE MAHÉCHAL DAVOUT.
commandant le corps danois, qu'il était prêta faire teintes les tentatives pour empêcher les progrès de l'ennemi dans le Holstein, si lui, prince de Hesse, n'était pas déjà en négociations ; mais les circonstances étaient tellement fortes que le prince de Hesse avait été forcé do négocier pour un armistice, qui amena bientôt le traité de paix et d'alliance de Kiel, le 14 janvier, entre la Suède et le Danemark.
On doit à la justice de dire que le corps danois et son chef le prince de Hesse ont mis dans toutes leurs relations la plus grande loyauté et délicatesse.
Ils ont mérité, dans cette courte campagne, Testime ot la confiance de l'armée française,
La plus grande intimité avait régné entre les deux chefs.
\a> prince do Hesse a continué à donner au prince d'fik^kmilhl, dans un moment où on perd ordinairement, avec la fortune, ses meilleurs amis, des preuves de son adW'Uon, conduite qui honore son caractère et qui rapjH^lle rancienne loyauté et franchise militaire.
l.o man^t^hal no sVxt^upa plus que du corps d*armée ftr«tt<AÎs qui. tous les jours, pouvait devenir plus préoiiNix. si Na|M^léi^n reprenait ses avantages après Leiptii:. ainsi qu^il Tavait fait après la campagne de Moscou, <"! il ^'utra le ;^ décembre dans ses lignes de Hambourg.
N\\h'i qiK^l <Mail à oetl^ èpoqr^e Télal du 13^ corps, s^^v4^^^ <»W U %ii\îsion lUntxri^ :
I.Vtal ^xv^^vr <^ait c\Nmi%<>9aè du manérkal prince d*Eckn^^>^K ^tv^Al^^Jl' ^« oÎKf; cetera! Cues^ar de Laville, chef 4Viat m\?,\T; >e ^K'«;^ïwit:î «^jïeral c<^«le Hogendorp, ^NNn^nvi^ sinr.î ,n^ Hji^nK'iirc: )e c^^^^iMil Femig, chef ,' ,Svi ïi>\>,. •li; c»^^t^cT*.'"a;:. k «»»erài Sovrau sous-
chez, officiers d'état-major, aides de camp. Le général Jouffroy, commandant rartillerie; le colonel de Ponthon, commandant le génie; le major Yinache, commandant en second: M. Jousselin, ingénieur en chef des ponts et chaussées ; M. Caire, inspecteur aux revues ; M. Thomas, ordonnateur; M. Monnay, ordonnateur; le colonel Chariot, commandant la gendarmerie.
La 3* division, commandée par le général Loison, était composée de quatre régiments d'infanterie, divisée an deux brigades. Le 15* léger, commandé par le colonel Brice, et le W de ligne, commandé par le major Higonnet, formaient la i'® brigade, qui était sous les ordres du général Romme. La 2' brigade, confiée au général Leclerc, était composée du 48' commandé par le colonel Warenghien, et du 108', commandé par le colonel Âchard. L*artillerie de cette division était commandée par le chef de bataillon Mathis.
Le colonel Lecouturier en était le chef d'état-major. Cette division présentait un effectif de 9,842 hommes, 8 bouches à feu et 230 chevaux,
La 40' division, commandée par le lieutenant général Vichery, se composait du 30' de ligne (colonel Ramaud), du 6i* (colonel Ricard) et du 11' (colonel Holtz). Les deux généraux de brigade étaintles généraux Gengoult et Delcambre. Le chef de bataillon Grosjean commandait rartillerie. Le colonel Bellangé était chef d'étatmajor. Cette division présentait un effectif de 10,000 hommes, 8 bouches à feu, 172 chevaux.
La 50' division était aux ordres du lieutenant général Pécheux. Elle était composée du 33' léger (colonel Bailly), du 29« de ligne (colonel Pierre), du 3' de ligne (commandant major Gillet) et du 105' (commandant le colonel Aurenge). Le général Avril était attaché à cette
division comme général de brigade, ainsi que le général Osten. Le colonel Allouis était chef d'état-major de cette division, qui présentait un effectif de 9,680 hommes, 8 pièces et 168 chevaux.
La cavalerie formait une division, commandée parle lieutenant général Wattier; les généraux Dubois, Guiton et Lallemand y étaient généraux de brigade; le colonel Caillemer, chef d'état-major. Elle se composait de trois régiments provisoires de cuirassiers, — formés des détachements d*hommes envoyés à Hambourg de tous les douze régiipents pour s'y monter sur la grande remonte du Danemark, — d'un régiment de marche, dit de Hambourg, et de divers détachements de plus de vingt régiments de toutes armes, et enfin du 28^ chasseurs à cheval. L'effectif était de 5,800 hommes et 3,800 chevaux.
I^es douaniers enrégimentés et sous les ordres du directeur de Hambourg, M. Pyonnier, étaient de 800 hommes.
La gendarmerie était de 330 hommes, 200 chevaux.
La marine, commandée par le contre-amiral Lhermitte, avait organisé un équipage de flottille de 1,200 hommes, commandé par le capitaine de vaisseau Lcfranc; un bataillon d'ouvriers militaires, commandés par M. Fabre d'Eglantine. Toute la marine présentait un effectif de 1,600 hommes.
liCs équipages militaires et ambulances, commandés par M. Giloux, formaient 600 hommes et 650 chevaux.
1a^ bataillon de vétérans, commandé par M. de Mar- Hangos, était fort de 560 hommes.
L'artillerio, commandée par le général Jouffroy et en M(MM)nd par les colonels Ourié et Gastille, se composait do «ix compagnies du 8» régiment d'artillerie à pied,
trois compagnies de divers régiments et deux compagnies d'artillerie à cheval. Le total était de 3,630 hommes, 2,2:20 chevaux de trait.
Le génie, commandé par le général de Ponthon, offrait un effectif de 316 hommes, 50 chevaux.
L'effectif de Tarmée se composait donc, à cette époque, de 42,000 hommes, dont près de 8,000 aux hôpitaux, de 400 prisonniers de guerre, et de 7,500 chevaux de cavalerie et de trait.
Nous avions 76 bouches à feu de 6 et de 12 parfaitement attelées ; 350 canons sur les remparts et ouvrages ; les projectiles nécessaires, des fusées à la congrève et des artifices ; 270,000 kilos de poudre reçus de Paris ; deux millions de cartouches confectionnées et tout le matériel d'artillerie nécessaire à un aussi grand système.
Deux divisions du corps d'armée, les 3* et 40*, entrèrent dans Hambourg, et dans les lignes avancées de Saint-Georges, occupant les villages de Wandsbeck et Hamm, en avant de Saint-Georges ; ceux du Pont-Vert et d'Hauschlag, dans l'inondation, les digues de laBiele et enfin les maisons sur la grande digue de l'Elbe, où s'appuyait la droite de toutes ces positions retranchées; la gauche était à l'Alster.
Sur le front d'Altona, entre l'Alster et l'Elbe, en avant du fort carré de Sternschants, rétabli en vingtneuf jours, nos avant-postes occupaient les villages de Eppendorf et Emsbuttel.
Altona devait rester neutre.
Les îles de Neuhoff, de Schrewenhoff, toute l'île de Wilhemsbourg, restèrent en notre possession et furent gardées par de petits postes retranchés, dans un système bien établi que l'ennemi ne put nous faire aban-
7i LE MARÉCHAL DAVOUT.
donner que lorsque la gelée eut fait de tous ces canaux, ces marais, ces îles, une terre ferme que la cavalerie cl Tartillerie pouvaient parcourir à leur gré. Wilhemsbourg, indispensable pour la communication, nous resta tout le siège, au moyen du pont retranché, et ne fut abandonné que quelques heures dans les journées des 9 et 17 février.
L'île de SchrewenhofT, point important, parce que Tennemi pouvait organiser de ce point une attaque contre le bastion !22, qui tient à la marine et qui n'a aucun ouvrage avancé, nous resta toujours au moyen de retranchements et d'un fort d'abord construit avec des roseaux et un peu de terre, revêtu plus tard de neige et de glace \ et par la construction d'un blockaus à l'épreuve des mines, garni d'une terrasse pour des pièces d'artillerie, ouvrage de l'ingénieur Jousselin.
A Harbourg, nos postes occupèrent tous les villages
1 Le maréchal trouvant le système de défense faible sur un certain point justement très dangereux, et se ressonvenant des châteaux de neige édifiés dans son enfance, imagina une promenade militaire et un déplacement de vingt-quatre heures pour les gardiens de cette portion des travaux de Hambourg. Les soldats du génie, ses aides de camp, son cuisinier lui-même, qui faisait bouillir Teau destinée à changer en glace les monceaux de neige soutenus par de légères charpentes, se mirent à Toeuvre, et le lendemain quand les troupes revinrent et aperçurent ces remparts et ces fortins que la nuit avait solidifiés et qui leur semblaient être sortis de terre d*un coup de baguette, elles demeurèrent stupéfaites. Le secret fut bien gardé et les braves conscrits défendirent avec d*autant plus de confiance ces ouvrages, qu'ils en comprenaient moins Torigine. Seulement le dégel survint naturellement à son heure, et la physionomie des soldats en voyant fondre les forteresses qui leur avaient paru un invulnérable abri, était si étrangement ébouriffée, que le maréchal riait encore de tout cœur, avec son ami le général de La Ville, quand ils venaient à reparler de cet ingénieux stratagème.
à une demi-lieuc du grand camp retranché, sur les hauteurs de la ville. Le bas était couvert depuis la route de Winsen jusqu*à TElbe, par une inondation de plusieurs lieues.
Les troupes étaient établies dans les casernes, les camps retranchés et vivaient de distributions journalières et réglées.
L'ennemi vint alors établir ses postes à une assez grande distance des nôtres, ainsi que je Tai détaillé plus haut.
On s*observait réciproquement, sans beaucoup s'inquiéter. Il y avait, cependant, ordre d'éloigner sur le champ les vedettes ennemies et de ne pas s'amuser à parlementer, ordre constant dans toutes les troupes qu'a commandées le maréchal prince d'Eckmûhl. Les circonstances d'alors rendirent d'autant plus nécessaire cette coutume que les succès de la coalition et les menées des embaucheurs que, sous divers prétextes, nous envoyaient le général Beningsen, le prince de Suède et les Hambourgeois, pouvaient faire de fâcheuses impressions sur la garnison, composée de Français des départements allemands, de ceux delà Hollande, du Piémont et delà Toscane.
Nous avions peu de déserteurs, et ce ne fut qu'à la fin du blocus, que bon nombre de Hollandais et d'Allemands nous abandonnèrent. Tous les autres furent fidèles jusques à l'évacuation de la place, et la paix les ramena chacun avec honneur dans leur patrie.
Les troupes que nous avions devant nous étaient sous les ordres du lieutenant général russe, comte de Beningsen, et se composaient de l'armée russe de Pologne et des légions prussienne, hanovrienne et anséatCy qui avaient été commandées par le comte
de Walmoden ; beaucoup de cavalerie légère et d'artillerie.
Ces troupes pouvaient former une soixantaine de mille hommes. La nomination du général en chef, qui avait commandé en chef Tannée russe dans la campagne de 1806, à la bataille d'Eylau, et la réputation dont jouissait dans ces pays ce général, nous fit penser que nous devions mettre à la défense de Hambourg autant d'importance et d'acharnement que Tennemi paraissait en attacher à sa conquête, et que cette position, sous tous les rapports, avait frappé Tesprit des alliés ainsi que celui de Napoléon. Nous étions en mesure.
Le blocus était établi et il n'était plus possible de rien tirer du pays au delà de nos lignes.
Mais nous avions beaucoup de ressources en vivres, fourrages et viande sur pied dans toutes les Iles. Des approvisionnements considérables étaient rentrés et à Tabri dans de bons magasins éloignés des point^ d'attaque, et surtout nous avions beaucoup devin et d'eaude-vie pour les malades et les troupes.
Nos travaux avaient été poussés avec la plus grande activité ; plus de 300 pièces de canon venues en poste pendant larmistice, étaient en batterie sur les remparts de la place et dans les ouvrages extérieurs et avancés.
Le maréchal, en entrant à Hambourg, fit une reconnaissance générale de tous les postes pour rectifier et perfectionner la défense. Il Qt renforcer la ligne de Hamm par des abattis et de nouvelles batteries, et fit éclairer cette ligne jusques à une distance de 500 toises.
11 Ot palissader et armer les lunettes qui commandaient tout l'espace entre Saint-Georges et la ligne de Hamm. On fit construire plusieurs retranchemenU sur
les digues de la Biele, au Pont-Vert, à Hauschlag et sur les digues de TElbe, pour bien assurer tous nos postes de ce côté. Le commandement de toute cette ligne, Saint-Georges compris, fut confié au lieutenant général Vichery. Les généraux Romme et Leclerc commandaient sous ses ordres, le premier vers Yandsbeck, le second sur la Biele.
Le front d'Altona, depuis TElbe jusques à TAlster, fut confié aux généraux Delcambre et Gengoult. Le maréchal fit palissader et entourer d'abattis le fort carré du Sternschantz, dont le commandement fut donné au major Higonnet, officier de grande valeur, que le maréchal nomma colonel en récompense de son zèle. Il fit établir des fougasses, des trous de loup, des planches armées de clous, et fit écrêter les terres qui auraient pu masquer Tattaque de Tenncmi; il fit palissader les lunettes intermédiaires^ et on logea les garnisons dans des blockaus à labri du canon.
Les deux réduits sur l'Elbe et l'Alster armés contre Tennemi et contre la ville, à l'abri de la bombe, pouvaient se regarder comme de véritables citadelles.
On leur donna des garnisons particulières et des commandants stables, d'une valeur éprouvée. Nous devions les considérer comme nos dernières ancres dans nos malheurs. '
Tous ces ouvrages se terminèrent et se perfectionnèrent, ainsi que ceux de Harbourg et de son camp retranché, pendant le mois de décembre, et tout était à peu près terminé vers le 1" janvier, par les soins du colonel de Ponthon, avec une intelligence et une activité qui lui méritèrent le grade de général, auquel il fut nommé, et l'estime de l'armée.
Le général Osten commandait dans les îles. Le lieu-
tenant général Pécheux commandait tout le système d'Harbourg.
La cavalerie ennemie avait pris des cantonnements plus éloignés, pour couvrir les magasins et de crainte d'une sortie dont le maréchal les menaçait. Pour tenir Tennemi dans l'inquiétude, on fit une petite expédition dans l'île d'Ochsenwerder pour enlever des bestiaux. On débarqua dans l'île. L'ennemi était en force et, après une vive fusillade et une perte égale d'une trentaine d'hommes de chaque côté, notre détachement se rembarqua et revint à Hambourg.
Le résultat des reconnaisances qui furent faites sur des points divers, prouva au maréchal qu'il allait être vivement attaqué, et, ne pouvant plus, dès lors, compromettre pour des considérations particulières le sort de l'armée et de la place qui lui étaient confiées, il ordonna, le 3 janvier, d'incendier le faubourg de Hambourgerberg, situé à 250 toises de la place, tenant à Altona et pouvant masquer tous les mouvements de l'ennemi et favoriser une surprise, puisque, des dernières maisons, on se trouvait à portée des ouvrages avancés et de l'ouvrage à corne de l'Elbe.
On fit abattre les arbres et incendier les maisons de campagne qui se trouvaient en avant du front du fort carré de Sternschantz et des lunettes, vers Eppcndorf, Emsbuttel, Hoheluft.
L'événement prouva que cette détermination, rigoureuse, il est vrai, mais nécessitée par les circonstances, et autorisée, môme commandée, par les terribles lois de la guerre, n'aurait pu être impunément ajournée, puisque, la nuit môme du 3 au 4, l'ennemi, commandé par le lieutenant général Markow, atUqua avec une grande résolution tous les postes que nous avions dans
ces villages et ceux qui touchent au Hambourgerberg, sur la gauche du Sternschantz, et s'en empara après une vive résistance ; des renforts furent envoyés de la place, et nous reprîmes ces postes qui avaient été dévastés dans le combat. Ces renforts furent dirigés par le général Delcambre, qui commandait la ligne des avantpostes. Nous eûmes quelques blessés. L'ennemi perdit une cinquantaine d'hommes. On signala, à cette afiEaire, le tambour Michot, du 48^, qui, blessé d'une balle, continua à battre la charge jusques à ce qu'une seconde blessure l'eût tout à fait mis hors de combat.
Le général Rossi était arrivé avec une division russe, et on attendait le corps de milices russes du lieutenant général comte Tolstoi. Le môme jour, on poussa une nouvelle reconnaissance sur la digue de TOchsenwerder (grande île), occupée par l'ennemi et séparée par un canal de Wilhemsbourg. L'ennemi fut chassé de la position, quoique bien plus fort que nous, et perdit 30 hommes. Nos troupes se rembarquèrent.
On fit aussi, le 5, une forte reconnaissance sur £ichbaume, occupé par les troupes du lieutenant général TchapliLz. L'attaque fut vive; on chassa l'ennemi de ses positions ; on lui fit éprouver une perte d'une cinquantaine d'hommes, et on rentra dans les lignes.
Le résultat de ces attaques et de ces reconnaissances fut de nous donner quelques jours de tranquillité du côté de Hambourg et sur la ligne de Hamm jusques h l'Elbe.
Le maréchal profita de cet intervalle pour tourner toute sa sollicitude sur Harbourg. 11 se rendit dans cette place dont la communication, désormais assurée par le grand pont en bois et la grande route pavée, se faisait à cheval et en voiture en une demi-heure.
Le point important de Harbourg avait été Qiis, comme ou Ta vu plus haut, dans un état de défense respectable. Le fort ne suffisant pas pour protéger nos débouchés dans la plaine et nous conserver une véritable tète de pont sur la rive gauche pour coopérer avec les corps qui auraient débouché par Wesel, le maréchal avait fait couronner les hauteurs qui dominent Harbourg par une ligne d'ouvrages formant un camp retranché d'environ une demi-lieue de développement, s'appuyant de droite et de gauche aux inondations et couvrant en môme temps la ville et le fort. Tous ces ouvrages se protégeaient réciproquement et se liaient entre eux par des flèches et des retranchements, et par trois grandes lunettes qui défendaient et dominaient toute cette première ligne.
Tous ces ouvrages étaient fraisés, palissades, armés et entourés d'abatis liés avec des cordes goudronnées et des trous de loup. Ce n'était donc plus une position à attaquer de vive force et à emporter d'emblée, ainsi que Ta peut-être pensé l'ennemi dans le temps. Il a pu s'apercevoir de la difficulté de l'entreprise de son attaque du 20, lorsque, le 1" juillet, il en a été mis en possession par suite de la convention stipulée 4 Paris par S. A. le comte d'Artois, lieutenant général du royaume de France, et a pu en examiner les ouvrages. Il aurait fallu, pour ainsi dire, en faire le siège, et l'ennemi n'avait pas encore assez de moyens pour l'entreprendre. Il se borna donc de ce côté à prendre position à une lieue environ autour de ce camp retranché, et nous continuâmes à occuper les villages qui sont en avant.
A cette môme époque, on s'assura à Harbourg de l'exécution des ordres qui avaient été donnés précé-
UN J)£RNIER COMMANDEMENT. 81
demmenl aux habitants d'Harbourg et do Hambourg pour s'approvisionner. Le préfet avait nommé une commission chargée de s'assurer si les ordres avaient été remplis et de faire évacuer la ville à tous ceux qui ne s'y seraient pas conformés. Ils furent dirigés sur Moorbourg. On dressa un inventaire des meubles sur lesquels on mit le séquestre, et dont il leur fut délivré l'inventaire pour les réclamer lorsque les circonstances qui nécessitaient cette mesure auraient cessé. On estima leurs vivres et liquides et on leur en lit passer le montant en argent par le canal de M. de Bliicher, président à Altona. Ainsi on pouvait être tranquille sur ce point pour les approvisionnements tant de la troupe que des habitants. A cette même époque, le maréchal lit cesser l'indemnité de table qui était accordée jusqu'alors aux généraux et officiers qui étaient à Hambourg et Harbourg, voyant qu'il était de toute justice dans ces circonstances de dispenser la ville de Cette charge ^
Le froid était devenu très vif; les canaux, les fossés, les marais en avant de Hamm vers l'Alster, les inondations, commencèrent à geler. 11 n'y avait plus que les
^ Les jugements de rhomme sont vraiment incertains et contradictoires ! Voici ce que le chevalier Lang dit page 71 du 2« volume de ses mémoires, imprimés à Brunswick en 1842, de Vogre de rAilemagne.
« Je vis un jour à Ansbach, quatre maréchaux en même temps : Bemadotte, Mortier, Lefèvre et Davou^t, un petit homme à tète chauve, sans prétentions qui ne pouvait se rassasier de la valse. Davoujt, dans son cantonnement, était le plus tranquille et le moins exigeant de tous : il n'était alors rien moins qu'un tyran, réputation qu'il encourut plus tard à Hambourg, sans doute dans des circonstances toutes différentes et désespérées. »
Nous remercions le chevalier Lang d'une appréciation vraie et juste, moralement parlant. Nous dirons avec lui que le maréchal