‹ Le Maréchal Davout, Prince d'EckmühlChapitre 11 sur 63 · A SON EXCELLENCE MONSIEUR LE MARÉCHAL DERTHIER, MINISTRE DE LA GUERRE · texte numérisé non relu

A SON EXCELLENCE MONSIEUR LE MARÉCHAL DERTHIER, MINISTRE DE LA GUERRE

Monsieur le Maréchal,

Les détails sur la brillante affaire de l’avant-garde m’étant parvenus, je me lais un devoir de les communiquer à Votre Excellence alin qu’elle puisse les mettre sous les yeux de notre Souverain.

Je vous ai envoyé trois drapeaux, je vous en adresse un quatrième; deux autres ont été déchirés, brisés de rage par ceux qui les portaient et jetés dans la rivière. Les deux porte-drapeaux sont du nombre des prisonniers.

Je vous fais connaître ci-joint, monsieur le Maréchal, le nom de ceux qui ont contribué à cette affaire dont le résultat est la prise de seize pièces de canon avec leurs caissons, six drapeaux, deux colonels, cinq majors, plus de soixante officiers et quatre mille prisonniers, et la dispersion totale du corps du général Merfeld. Cet important succès nous a coûté environ cent cin- (juante blessés et (juarante tués. Parmi les derniers, le capitaine Duparc, du 13“ d'infanterie légère, n’a trouvé la mort qii’après avoir fait succomber un très grand nombre d’ennemis. Cet officier est vivement regretté.

Le nommé Hennin, grenadier du 108% de la dernière conscription, en se portant au milieu d’une colonne autrichienne pour enlever un drapeau, ayant eu son fusil enlevé par la mitraille, a mis le sabre à la main, s’est précipité au milieu des rangs et étendit à ses pieds sept Autrichiens, et, son sabre ayant été cassé, il a reçu

COUHESPÜ.NDANCE INÉDITE

la mort au milieu de ses sept victimes. Tout le 3' corps a vu ce tableau, cette mort est digne d’un grenadier français. Le genre de mort des Autricliiens étendus à ses côtés ne laissait aucun doute sur cette action.

Monsieur Comminet, caj)itainedu 13“ d’infanterie légère, a chargé et enlevé, sous le feu de la mitraille, trois pièces d’artillerie; il a beaucoup contribué au succès de cette journée. C’est un ollicier très distingué sous tous les rapports, très ancien de grade et pour leipiel il a été fait dilférentes demandes d'avancement à Votre E.xcellence; je réitère cette demande en cette circonstance.

Le sous-lieutenant de carabiniers Dumont, du 2' bataillon, a chargé avec intrépidité sur les grenadiers Autrichiens, s’est pris auv cheveux dans la mt-lée avec l’ennemi et a particulièrement contribué à la prise d’un drapeau.

Le capitaine de carabiniers Béroud s’est montré digne émule du capitaine Comminet, et a aussi contribué à la prise de plusieurs pièces.

Le capitaine Duvivier, aide-de-camp du général Heudelet, (jui avait été chargé par son général de diriger la charge pour enlever la dernière pièce de l’ennemi (jui incommodait le plus et (pii par sa position mettait tout obstacle à nos succès, a parfaitemeut rempli ses intentions, s’est mis à la tête de cette charge et a réussi.

Le capitaine Varelet, du 13', a chargé avec 30 hommes 150 hulans et les a forcés de fuir à Maria-Zelt.

Le lieutenant Ceaufroy, du 13% a pris uu oflicier supérieur et a dirigé les tirailleurs avec intelligence.

Le sergent de carabiniers Concieur, Dupuis et Baland, carabiniers, ont enlevé un drapeau au milieu d’un bataillon ennemi.

Piilot et Bouzon, chasseurs, ont aussi eulcvé un drapeau; Bebct ctFillot, sergents, et Mairon, caporal, ont enlevé dans une charge trois othcicrs et soixante grenadiers.

Proteau, carabinier, a pris un oflicier d’artillerie sur sa pièce et s’est emparé de la pièce (ju'il a défendue jusqu’à ce que des renforts l’aient mise en noire pouvoir.

Bourgeois, carabinier, a pris un oflicier supérieur.

Vieux, sergent-major, et Dizieu, caporal, ont contribué par leur bravoure et leur sang-froid à la prise d’un drapeau.

Le tambour des carabiniers, Diomet, a constamment battu la charge à la tête de sa colonne tjui a enlevé les pièces et contribué à la déroute de l’ennemi.

Le chef de bataillon dn 13', Teinier, a été dangereusement blessé.

On doit aussi citer avec éloge les lieutenants Crincourt, de la S*" compagnie du 2“" bataillon, et Frugère, des voltigeurs. Les nommés Arbant, sergent, Bon, Ménard, Favrier et Rapin, caporaux ; Rose, Colenand et Holot, voltigeurs.

Dans le 108'= régiment:

Le brave capitaine Leroy, de la o'= compagnie du l^-bataillon, à la tête de celte compagnie et delà sixième, s’est avancé avec audace, l’arme au bras et rapidement, entre deux bataillons ennemis, a fait face à droite et à gauche et a fait mettre bas les armes à trois cents hommes. 11 a été très bien secondé par la capitaine Grassoreille, delà sixième. Ce mouvement a été des plus beaux et des plus décisifs.

La chef de bataillon Chevallier a gravi un escarpement à la tête d’un détachement pour marcher sur des

CORhESPONDANCE INEDITE

tirailleurs eml)us([iiés en grand nombre, et dont le feu dirigé sur la route ne permettait pas une charge préparée pour enfoncer rennemi (jui s’était rallié; il a enlevé tous ces tirailleurs.

Le lieutenant Meslin s'est mêlé plusieurs fois avec rennemi et, son arme ayant été brisée entre ses mains, il a saisi un fusil et a re[)Oussé à coups de crosse ceux qui s’opposaient à la marche de sou peloton.

Le capitaine Gorinavecses lieutenants Frayé et Billi, à la tête des voltigeurs, sont descendus derrière un peloton autrichien, l’ont isolé et en ont fait un grand carnage, et ont jiris tous ceux (|ui n’ont pas voulu être tués.

L’adjudant-major Higonnet, jeune homme d’une grande espérance, a traversé à cheval les rangs de l’ennemi et fait rendre l’épée au colonel et au major de Colloi'edo.

Le sergent Chevalier a pris un drapeau (pie l’ennemi a cherché de lui reprendre, mais ([u’il a défendu vigoureusement et (pi’il a rapporté.

Le caporal Doisy, les fusiliers Dajipe et Deuré ont aiKssi enlevé un drapeau après avoir enfoncé le groupe (pii le défendait.

Monsieur le ca|)itaine de grenadiers Bienvenu, les lieutenants Giraudel et Lesler, les capitaines Goutopé etMouret, les lieutenants Bonne et Goustenoir, le sous-lieutenant Ganéchon, les s'irgents-majors Marietz, Marchand et Guérard, les sergents Umhert, /\uhry, Laporte, Chenillot, les caporaux Boussel, Ladouce, Bompiillon, et h'S nommés Ilenriou, Boiteux, Gascard, Ney et Perrin, grenadiers et fusiliers, sont cités avec éloge.

Le général Heudelet cite avec éloge les commandants

LE MARÉCHAL DAYOUT

des 13' d'infanterie légère et 108' de ligne, et particulièrement celui du 108% le colonel Migonnet (jui a déterminé la déroule de 1 ennemi par une charge à la tète de(iuatre compagnies de sou régiment.

Le lieutenant Gradira, officier d’Ëtat-Major, plein de zèle, de talent et de courage, s'est aussi distingué dans cette journée, ainsi (pie le capitaine Liégeard, aido-dccamp du général Heudelet.

Le général Ehlée, l'adjudant commandant Marès, méritent aussi beaucoup d'éloges.

Eu général, tous les militaires de 1 avant-garde méritent des éloges et ceux cpii sont cités particulièrement sont un choix au milieu de deux raille braves. Je prie, Votre Excellence de mettre leurs noms sous les yeux de Sa Majesté, c’est la récompense (pi’ils ambitionnent.

Le général Heudelet a mis dans cette circonstance vigueur, talent et courage, comme dans toutes les autres, et a soutenu la bonne opinion que les militaires ont de lui.

Le combat a été des plus opiniâtres, surtout au commencement, où l’avant-gardo a eu affaire à six bataillons de grenadiers ; ou a croisé la bayonnette avec le plus grand acharnement et on en est venu au point de se prendre aux cheveux. Les jeunes soldats se sont montrés aussi braves que les anciens, et les nouveaux Français du Piémont ont prouvé (ju’ils étaient dignes d’être les sujets de notre illustre souverain.

Salut et respect,

P. S. J’ai envoyé un parti de cent chevaux du 7° régiment de hussards, sous le commandement du chef

CORRESPONDANCE INEDITE

d’escadron Méda, à la poursuite des débris du cor])S du général MerCeld; ce détachement a déjà eu ({uehiues engagements avec les hulans et a pris une centaine de fantassins. Suivant les derniers rapports qui me sont parvenus, il était à plus de dix lieues au-delà de Mariazell, sur la route de Léoben.

Monseigneur,

J’ai l’honneur d’adresser à Votre Altesse Sérénissime une réclamation pour (pie Monsieur L’Aigle, inspecteur aux revues, soit autorisé à faire payer à Monsieur Bonneville, commissaire des guerres, ses appointements pendant tout le temps cpi’a duré sa maladie.

Ce commissaire a pris la fièvre dans les hôpitaux de Zeneim, à la même époijue où le général Caliàrelly a eu sa maladie.

Il a suivi ce général en France, étant encore extrêmement malade.

Celte autorisation lui a été donnée sur la demande de ce général, sur les attestations des officiers de santé et mieux, que cela, sur son état cpii donnait alors peu d’espérance.

Le zèle, l’intelligence et la probité (jne ce commissaire a apportés dans ses fonctions lui- ont valu l’estime et la bienveillance du général Caflàrelly et de tous ceux qui le connaissent.

Comme il a rejoint son poste aussitôt que sa santé le lui a permis, j’ai l’honneur de prier Votre Altesse de donner des ordres pour que ses appointements lui soient rappelés.

Je joins à ma lettre la demande (pi’en fait le commissaire ordonnateur et les pièces ([ui sont à rap[)ui.

LE MARECHAL ÜAVOUT

J’ai rhonncnr d’èlre. Monseigneur, de Votre Altesse Sérénissiine avec le plus respectueux attachement,

Le très humble et très obéissant serviteur.

Le 19 août 1806.

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