‹ Le Maréchal Davout, Prince d'EckmühlChapitre 20 sur 63 · TENUE · texte numérisé non relu

TENUE

«■ Je l’ai envisagée comme étant très mauvaise, non sous le rapport de la bonne volonté des officiers et du soldat, mais en raison du mauvais état dans lequel se trouvent toutes les parties de ce régiment.

COURESPONDANCE INEDITE

« J’ai remarqué que tout le régiment avait des surtoiits au lieu d’habits courts : ne connaissant aucun ordre positif à cet égard, j’ignore lequel des deux est considéré comme uniforme. Ce qu’il y a de certain, c’est que les deux tiers des régiments de cuirassiers sont en habits courts, et que l’autre tiers est en surtouts ; il serait à désirer qu’on provoquât une décision à ce sujet, afin de pouvoir, par ce moyen, mettre de la régularité dans cette partie de l’habillement.

« Les surtouls sont assez bous, mais la coupe en est mauvaise.

« Vestes. — 11 n’en existe ([ue2i7 eu état, il en manque .530.

« Gilets d'écurie. — Ce régiment a pour gilets d’écurie des vieux habits courts (|ui sont tout usés. Il est vrai (|ue le chef d’escadrons a reçu l’avis qu’on allait incessamment lui envoyer cette partie de l’habillement pour les années 1810 et 1811.

« Culottes de peau. — Tous les cuirassiers en ont, mais il y en a au moins moitié de médiocres.

« Hottes. — Les bottes, en général, sont en assez bon état.

« Casfjues. — Les casques de ce régiment sont dans le plus piteux état possible ; tous les turbans ont besoin d’être remplacés ; ils sont atlreux, il en est de même des visières; c’est une réparation totale qu’il faut dans cette partie, il n’y a que les cimiers et les bombes (pii peuvent être utilisés.

« Cuirasses. — Elles sont généralement bonnes, mais elles ont besoin de grandes réparations telles que de les faire rentoiler, ce qui nécessite une grande dépense, tous les clous devant être enlevés et remis. 11 faut en outre remplacer en partie les courroies qui sont trop

courtes OU usées; les épaulières ont aussi besoin de grandes réparations.

« Sabres. - Il y a deux, tiers de fourreaux de sabres qui sont en fer et deux tiers en cuir, encore a-t-il plu de faire doubler en cuir plusieurs fourreaux de fer.

« Ceinturons de sabres. — Ils sont en général mauvais, il y a à peu près un quart qui ne peuvent se mettre en bandouillère.

« Gibernes. — Une chose qui a dû m’étoiincr, c’est de voir ce régiment sans avoir de gibernes et sans avoir rien qui puisse contenir les cartouches. Le chef d’escadrou commandant ce régiment m’a dit qu’elles manquaient depuis la formation de ce corps en cuirassiers, les bandouillères ayant, dit-il, servi aux réparations des ceinturons. Quant aux coffrets de gibernes on ne sait ce qu’ils sont devenus.

« Selles. — Elles sont en assez bon état.

« CItabraques. — Elles sont toutes très mauvaises.

« Porte-manteaux. — • H y en a 777 à l’effectif dont 400 méritent d’être réformés.

« Maytteaux. — Sur 77G, il y en a 300 de bons, 376 de médiocres et 100 à réformer.

'< D’après ces détails, on verra combien ce régiment a de besoins pour être en état. J’estime qu’il lui faudrait 25 mille francs de secours extraordinaires pour faire les réparations urgentes. »

Monsieur le général Dournerc a reconnu qu’il y avait (|uatre hommes hors d’état de faire campagne, et 44 chevaux à réformer.

J’ai l’honneur d’adresser à Votre Excellence l’état des hommes susceptibles de réforme, et j’y joit)S le certificat du chirurgien-major.

CORRESPONDANCE INEDITE

Je lui transmets aussi la situation de rarmoment de ce régiment.

Je donne également connaissance, en ce (|ui le concerne, au ministre directeur de radministration de la guerre, du résultat de cette revue. Je le préviens aussi que, pour parer aux besoins les plus urgents, je fais mettre un à compte de 10,000 francs à ladis{)Osition de ce régiment attendu que si le gouvernement doit avoir recours contre le cor{)S, il sera toujours tem])s de le faire.

Je ne terminerai pas ce rapport sans rendre compte à Votre Excellence (jue cimjuante hommes, venus du dépôt il y a dix jours, sont arrivés au corps n’ayant d’autre habillement (ju’un vieux habit court servant de gilet d’écurie, une culotte de peau, des guêtres et des souliers. Il est inconcevable qu'on ait laissé partir des hommes aussi mal vêtus contre la rigueur de la saison.

Le général Doumerc donne les plus grands éloges au bon esprit qui anime le régiment, et à la bonne discipline qui y règne.

J’ai l’honneur d’être, avec respect.

Monseigneur, de Votre Excellence,

Le très humble et très obéissant serviteur,

Le .Maréchal Duc d’AuERSTAEUT.

Prince d’EcKMÜm,.

Cette lettre, datée du 2o janvier 1812, est tout à fait considérable; elle démontre de (jinds éléments le maréchal Davont , à force de volonté,

avait su former ce merveilleux corps englouti hélas! dans les neiges de la Russie.

On sent vibrer le cœur paternel du chef à l’idée des soulfrances inutiles imposées à ces cinquante pauvres soldats, livrés, presque sans vêtements, aux rigueurs de l’iiivei'.

Nous remarquerons encore avec (|uelle froideur respectueuse le prince d’Eckmühl écrit au ministre qui s’était fait son ennemi. L’art des nuances était pour ainsi dire instinctif chez le maréchal Davont.

Nous avons reçu dernièrement d’un écrivain distingué et d’un liomme de cœur la communication suivante.

« En relisant, ces jours derniers, votre volume, j’ai rencontré la lettre de M"'® la princesse d’Eckmühl. datée du 27 janvier 1813, en laquelle il est ([uestion d’une lettre apocryphe du Maréclial. J’ai pensé (|ue vous ne possédiez peut-être pas cette pièce et qu’il vous serait agréable de l’avoir. Cette lettre est insérée au Moniteur, entre une lettre du prince Eugène et une lettre de Ney. Les trois lettres, si elles sont variées dans la forme, expriment les mêmes pensées.

Je me permettrai, au sujet de la lettre dictée à votre père, de n’être pas tout à fait de voire avis. Je ne crois pas que Napoléon ait fait insérer cette lettre pour amoindrir le Maréchal dans l’esprit

CORRESPONDANCE INÉDITE l:i5

public. Au coutrair(', c’est, là, à iiie.s yeux, un acte de, justic(“ iuvoloutaiceiueiit rendu, sous la pr(‘ssion de la nécessité, à un grand citoyen injuslenient disgracié. Na|)oléon avait besoin de faire croire (pie la ])artie n’était pas perdue, qu(‘ la Granile Année n’était pas vaincue, cpu^ les Russes' n’étaient (|ue des fanfarons. De là, ces trois bdtres; on les forg(‘ de toutf's pièces, niais à ipii les attribiH'r? Au.x trois bonnnes (|ui pouvaient seuls encore inllueiici'r l’esprit public : à Eugène, à Davout, à Ney. Je les cite dans l’ordre de l’insi'rtion de leurs lettres jirétendiuvs. Il peut se fain^ (pu* je me trompe, mais (‘ii lisant C((s b'ttres je me suis dit : « Le pauvia* Maréchal était disgracié; mais la punition (b* l’Empereur était de* se voir obligé (b* compter avec lui : 1(( nom de Davout avait un grand poids dans l’opinion et pouvait rameiH'r res]téi*ance. «

Je suis portée à adoptt'r C(‘tt{( opinion, mais (pi’il est difticil(( d’arriver sùr(‘ment à la vérité bislori(pie! Lomnu'nt jiourrait-on s’(‘n étonner, (piand il (‘st parfois si impossible de s(( sentir convaincn dn bon droit de sa propre pensée?

Voici cette pièce fabri(piée par ordre de Napoléon pour b's nécessités de sa politiijiu*.

LETÏBE DU MAUÉCHAL PRINCE d’eCKJIÜHL AU MAJOR GÉNÉRAL.

Thorn, le 8 janvier 1813.

Monseigneur,

Je lis avec étonnement, dans les gazettes de Saint- Pétersbourg, (jue, dans la journée du IG novembre, l’ennemi a l'ait 12,000 prisonniers sur mon corps d’armée, et qu’il a tellement éparpillé dans les bois voisins les restes de ce corps qu’il est entièrement détruit. 11 serait difficile de pousser plus loin l’impudence et le mensonge, si toutes les relations russes depuis le commencement de la campagne et dans les campagnes pré- ; cédentes, n’étaientdéjà connues. Ne chantait-on pas des i Te Deurn à Pétersbourg, et n’y distribuait-on pas des j cordons pourla bataille d’Austerlitz? Ne disaient-ils pas qu’ils avaient pris 100 pièces de canon à la bataille de j la Moskowa, et ne chantaient-ils pas encore à cette occa- ! sion des Te Deum (jui remplissaient d’aliégresse l’Angleterre? Combien de difficultés n’ont-ils pas faites pour avouer la prise de Moscou?

Ne se sont-ils pas aussi proclamés vainqueurs à Malolaroslavitz, où nous les avons poursuivis pendant l’espace de 40 verstes !

Le fait est que S. M., sachant que l’armée russe de Volhynie venait sur la Bérézina, lut obligée de partir de Smolensk malgré la rigueur de la saison. Par un i mouvement subit de la température, le froid, qui n’était (jue de 6 degrés, fut porté à 20, et même un moment à 2o, selon quelques-uns de nos officiers du génie (jui ' avaient leur thermomètre. Tous nos attelages et notre train d’artillerie périrent, S. M. ne voulut plus engager de bataille avec l’ennemi, elle ne voulut plus même

CÜRUESPONDANGE INEDITE

qu’on se laissât amuser par des affaires de détail, désirant gagner en toute hâte la Bérézina. Lors(jue S. M. traversa Krasnoë, elle eut à rejeter en arrière renneini qui s’était mis entre la garde et mon eorps d’armée. Aussitôt que mon corps eut rejoint l’armée , S. M. continua sa marche, et mon corps dut suivre, sans s’amuser à soutenir une lutte dans laipielle l’ennemi avait sur nous l’avantage d’une artillerie et cavalerie nombreuses, manœuvrant sur des patins et sur des traîneau.v. Mais mon corps n’a [)as rencoulré reniiemi qu’il ne l’ait battu. Il a fait des pertes très fortes par les fatigues, le froid, et cette fatalité qui a fait périr tous nos chevaux de cavalerie et d’artillerie. Une grande quantité de mes hommes s’est éjiarjiillée pour chercher des refuges contre la rigueur du froid et beaucoup ont été pris. V. A. sait ipie je ne dissimule pas mes pertes ; elles sont sensibles, sans doute, et me navrent de douleur; mais la gloire des armes de S. M. n’a pas été compromise un seul instant *.

Signé : Le Maréchal Duc u’Ackhst.^kot, Prince d’Eciv.müul.

Non, ce n’était jias là le style du Maréchal id, nous coinpn'nons que le cœur de l’éjamse ne s’y soit pas trompé.

Thorn, le 20 janvier )8l3.

J’ai reçu votre lettre, mon cher Général, j’ai appris

t. Muniteur üitiver.ir/, n"27, mercredi 27 janvier lSt3, p. 103, vol. 3.

Cette lettre n’a pas été écrite par le maréchal Davont. Voir dans le tome III dn « Nlaréchal Davont » de .M'"" la Marquise de Itlocqueville,p. 202, lettre delà princesse d'Eckmiilil, du 27 jauv. 1813 et p. 2j'J, réponse du prince, le lo février.

LE MAUKCIIAL DAVOUT

avec bien du plaisir votre rétablissement, mais je regrette, pour le bien dn service de l’Empereur, que l’état actuel de votre santé ne vous permette pas de reprendre l’exercice de vos fonctions, et vous mette dans la nécessité de solliciter un congé de convalescence, mais sachant combien il vous est nécessaire, je me fais un devoir de le demander à S. A. I. le vice-roi.

En attendant que je l’aie obtenu, je vous autorise à vous rendre à Gustrin, où je vous l’adresserai aussitôt qu’il me sera parvenu.

Votre dévouement à l’Empereur et votre caractère personnel vous ont acquis pour jamais, mon cher Général, toute mon estime et mon attachement. Ils me font vivement désirer (jue votre santé vous mette bientôt à même de rejoindre le corps d’armée, où vous avez donné tant de preuves du bon esprit qui vous anime, et de votre attachement à vos Oevoirs.

Amitié,

Le maréchal duc d’AuERSTAEOT, prince d’Eckmuhl.

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