CHAPITRE III
29 juin .
iNapolt'oii, eu (juiltaiit la Maliiiaison, ignorait, ainsi que ses compagnons de voyage, la force de rarinée, qui, ralliée par l(i Major général, restait encore lidèle après la j)erte de cette funeste batailh^ de \\ aterloo. Les connnunicalions étant intercepté(‘s, il ne transpirait ((ue des nouvelles phdnes d’alarmes et d’exagéralion. Le général Beker n’apprit même (pi’à son retour à Paris, lorsciue rEm])er(‘ur voguait déjà vers Sainte- Hélène, (pie le corps du maréclial Croucliy était arrivé presipie intact aux environs de Paris ; (jue cliefs et soldats se seraient encore sacriliés }»onr la cause impériale ; ipi’il restait encore, malgré quelques milliers d(! désertiuirs, une masse organisée de soixant('-dix mille hommes aguerris, ne demandant (pi’à condiatire pour repousser renuemi témérairement avancé sur Sainl-Ciermain et N'ersailh's. Mallu'urensiunent cet U' force.
LE MAHKCIIAL DAVÜUT
<jiioi(jne 1res dévouée, reslait inerle, à la discrétion des émissaires de l’étranger.
Kn ])roie aux liraillemenis de Ions les partis, elle attendait, dans nue sorte de torpeur, le sort qui lui était réservé.
Si, en elfet, la Commission dn Gonvernement avait accepté la proposition de l’Empereur, (pii s’oll'rait à ramener l’armée an combat, si Inimème avait eu l’énergique volonté de ressaisir spontanément le commandement, (pii peut dire ce (pii pouvait surgir de rentlionsiasme national (pi’il aurait fait naître, en reparaissant avec tout son prestige à la tf'te de ses soldats appelant à grands cris leur Empereur pour réparer les malheurs de la France?
Mais Napoléon avait perdu son ancienne activité, et parmi ses capitaines il n’y avait peut-être pas d’iiomme capable de contenir tons les chefs dans la subordination, pins nécessaire (pie jamais aprî'S de pareils désastres.
I.ies généraux Yandamme, Reille, Excelmans et d’antres faisaient de vains efforts pour arrêter la marche des colonnes ennemies ; leurs tentatives isolées n’étaient pins secondées , et les derniers élans de ce mouvement patriotique ne retardèrent que de peu d’instants la capitulation de Paris.
Mais, ainsi ipi’on vient de le dire. Napoléon et
COHHESPOXDANCE INEDITE
SCS compagnons de voyage ignoraiimt celte résistance et cette dernière lutte de (|nel(|n(‘s généraux pour l’indépendance delà patrie. H est j)robahle ipie, s’il avait en connaissance de ces manifestations et de leur puissance, il mit cédé aux cris de l’armée, (le fut donc dans cette, absence complète de nouvelles favorables (pi’il ipiitla sa résidence et prit la direction de Ilambonilbd.
].ie trajet s’idfectna dans le jilns grand silence jusqu’au château, on primitivement on ne devait pas descendre, mais on, soit par l'aligne, soit dans l’espoir d’un cbangenient de fortune, l’Empereur voulut s’ai'rèter vers dix heures du soir.
Le souper se passa tristement ; aucune parole ne fut écliaiu>é(‘ ; le (Irand Maréchal comte lier- Irand avait l’ecommandé d(‘ n’adresser aucnno (piestion, de s(\ tenir dans une grandi' réserve et de ne pas jirovoquer d’explications sur les événements consommés.
Mais chacun était trop pénétré de ce sentiment de haute convenance jmnr vouloir tronhlei- par ipiehpies réllexions h' resjiect dù à une si grande infortune.
.Vjirès le souper. Napoléon se retira dans sa chambre à couchei". où il resta seul enfermé avec le (irand Maréchal. Il u’avail pas d’abord le ju'ojet de jiasser la nuit à Kamhouillet : on était donc étonné, api'ès nne assi'z longue attente, di^
110 pas voir s'ouvrir la porte de sou appartoincut, (piaiid le coiiilo Berlraud vint auuoiicer ipio Sa Majesté, très fatiguée, s’était mise au lit, etiie continuerait le voyage que dans la matinée du lendemain.
Cette décision arrêtée, le général lleker, ainsi que le duc de Rovigo et le général Gourgaud arrivé plus tard, s’installèrent dans le salon, jusqu’à ce qu’il plût à l’Empereur de transmettre ses ordres.
La nuit s’écoula dans cette attente ; ou croyait toujours que des nouvelles moins sinistres viendraient relever les espérances et ouvrir les chances d’un sort moins rigoureux.
30 juin.
Ne recevant aucun avis favorable. Napoléon se résolut au départ, et le 30 juin, à onze heures du malin, on se remit en route dans le même ordre que la veille, les équipages de la suite ne devant partir que quelques heures après la calèclie.
L’espace de Ramhouillet à Tours fut IVanchi avec rapidité, sans qu’aucun incident signalât le trajet. Un avait atteint les barrières de cette ville à la pointe du jour.
1"' juillet.
L’Empereur envoya le duc de Rovigo prévenir le préfet d’Indre-el-Lolre, M. de Miramont, son
CORRESPONDANCE INÉDITE
ancien chainl)ellan, avec le(|nel il oui nn (|nart (riieure d’entretien. Puis la voilni'e relayée poursuivit sa course sur Poitiers, où l’on s’arrêta, vers le inilien du jour, pour prendre (piehpie repos à l’iiôtel de la Poste situé en dehors de la ville.
Napoléon n’avait pas été reconnu jus([u’alors; néanmoins l’air composé (pie chacun croyait nécessaire an succès du voyag;e e.xcitait l’attention des habitants (pii, dans tontes les stations de poste, demandaient des nouvelles de rEmjiereur avec une impiiétude maripiée.
(l(‘s témoignages d’intérêt et (h* sollicitude se multipliant jiendant le voyage devaient iiaturellenient alimenter les idées de résistance ([ui fermentaiimt toujours dans l’esprit de Napoléon.
Ces manit'estations d’nn culte encore vivant lui inspirèrent des réllexions ipii jainvaient le détouriK'rdi' la ligne (pie lui avait tracée le Gouvernement provisoire.
Avant de jiartir de Poitiers, il invitale général Peker à e.xpédier un courrier au jirél'et maritime de l{ochelort. pour l’engager à venir à sa r(‘ncontri'. Il désirait connaître l’état des frégates mises à sa disjiosition, et s’entendre avec lui sur la possibilité et sur les moyens de sortir de la rade de l’île d’Ai.v, et de se rendr(“ aux Etats- Unis. Le courrier fut expédié conformément à s(‘s
LE MARÉCHAL DAVOUÏ
désirs cl pi'cccda do pou d’iaslaids lo mouvement de la calèche sur la ligne de Niort.
Celte paidie du irajol fut maiapiée par un incident (pii faillit melire en danger la personne de TEmpereur et sa suite. Au bourg do Saint- Maixont, la population, altiroo par le spectacle d’iino voiture à (piatrc chevaux, s’était jirécipitée autour d’idle à son arrivée devant riuilel de la Poste, et se livrait à des investigations importunes })Our découvrir la (pialité des voyageurs.
l)(''jà un oflicier de la garde nationale avait emporté à rilcMel de Ville le passe-port du comte Beker. Comme, ainsi qu’on l’a vu, celle pièce était tracée à la main et dilférait par sa forme do tous les passe-[>orts ordinaires, comme do plus on n’y avait mentionné qu’un secrétaire et un valet de chambre, elle fixait l’attention particulière des officiers municipaux en permanence à la commune. Dans rintervalle, le rassemblement grossissait et l’impiiétude commençait à pénétrer dans la calèche, quand un heureux hasard fit reconnaître au général Deker, dans un groupe de curieux, un officier de gendarmerie aiupiel il fit signe d’approcher. 11 le pria de se rendre snr lo champ à l’IliMel de Ville pour lui rapjiorter son passe-port, attendu qu’il était chargé d’une mission d’Etat, qui ne lui permettait aucun retard.
COH RE s FONDA NCE INEDITE
L’officier revint un instant après, remit le passe-j)f)i‘t avec nn laissez-passer de la municipalité, et conlril)na vivement par son inlhience à faire la'cnler la fonle et à dégag’er la voilure (pii ne tai'da pas à disjiaraîire.
A dix heures dn soir, elle enirail à Niort, dans un modeste In'itel du faubourg’ Saint-Maixent, à la Boule-d'Or. Pm-sonne, dans la ville, ne se doutait de cet événemeut. Vers minuit, le duc de Uovigo se rendit anju’ès dn j)réfel du département, M. llusclie. pour lui annonci'i' l’arrivée d(' Napoléon à Niort et la probabilité d’nn si'-joui’ pendant une partie de la journée dn lendemain, (let administrat(‘nr (pii, dans celte circonstance critiijne, donna tontes les preuves d’nn dévonnient absolu , témoigna sa snrjirise à M. le Duc de ce (pie Sa .Majesté était descendue dans une aubm'ge. loi’Sfpi’elle jionvail disposer d(‘ ril(')l(d de la ])réfectare. Le duc de Uovigo réjiondit (pie Napoléon, fatigué, s’était mis au lit. mais (pi’il lui avait donné l’ordre de voir b' jiréfet, et de lui dire (pi’il le receviaiit à (jnatri' lu'ures du matin ])our lui fairi' connaître ses inlenlions.
Après avoir fait (piebpies (piestions sur l’esprit public des habitants de la garnison, après avoir ac(juis la coiiitnde (pie Sa Majesté était à l’abri de tout danger, il se retira, pi’ianl le pi'éfet de tenir cidte entrevue s('crèle (d refusant l’olfri' de
LE MAIIÉCIIAL DAVOUT
2üi
faire exercer une surveillauce sur la maison où étaiL descendu rEinpcreur.
2 juillet.
Le 2 juillet, au soleil levant, Napoléon était deljoutà une croisée, regardant avec intérêt (juel- (juos cavaliers ([ui donnaient les premiers soins à leurs clievaux. 11 fut reconnu par ruu d’entre eux et le nom tle l’Empereur circula dans toutes les bouches. Sur ces entrefaites, arriva le prélet, qui fut reçu aussitôt. Sur ses vives instances, l’Empereur consentit à se rendre à la préfecture, monta avec lui dans sa voiture et alla s’installer dans les appartements qui lui avaient été préparés dans la nuit, et où le Grand Maréchal comte Bertrand, le duc de Bovigo elle général Bekerne tardèrent pas aie rejoindre. L’Empereur déjeuna seul dans sa chambre ; dans la matinée, il eut plusieurs entrevues particulières avec M. Busclic. Appuyé sur deu.x régiments de cavalerie, il voulut prolonger son séjour dans la ville et s’abandonner encore au hasard d’une heureuse éventualité.
A son arrivée à la préfecture, on avait demandé au Grand iMaréchal ses ordres pour une garde ; deux vedettes de cavalerie devaient être placées à la porte tle l’Ilôlel. Il fut répondu que le bon esprit de la population devait rendre toute précaution
COHUESPONDANCE IN P) DI TE
iiiulilo ; quf', <raill(‘iirs, riiiteiilion de Sa ^lajeslâ était (le no recevoir aucun honneur.
La grande nouvelle s’élait répandue avec rapidité dans la ville ; de noinhren.N gronj)es se formaient sons les fenêtres de l’ilolel, demandant à grands cris l’Empi'renr. 11 refusa constamment de paraître an balcon, et lit dire }iar le comte Bertrand (pi’il serait inutile d’insister.
^’ainenlent le préfet (d d’anti'es personnes pénétrèrent dans les groupes pour les (‘iigager à se dissiper; la foule ne cessait de réjx'dor ses manifestations.
Dans la journée, arrivèrent successivement le roi Joseph, la comtesse Ih'rtrand et ses enfants, le général Gonrgaud, ainsi (jue les chefs des mouvements du j)ort de Rochefort, (pii poi'taient la réponse du préfet maritime à la dépêche expédiée la vidlle (h* Poitiers. Les renseigiuMuents ajiportés par cet oflicier sur la station anglaise devant les pertnis Breton et d’Antioche, seuls points praticables à la sorti(‘ des bâtiments de guerre, présentèrent tant de diflicultés pour le départ (h‘s frégates (pie Napoléon invita le général Beker à les signaler au (louvernement par la dépêclu' suivante, rappelant en même temps les propositions déjà faites et refusées de se remettre à la tète des armées et de faire un dernier elfort contre les alliés dans l’intérêt de la France.
LE MAUÉGIIAL DAVOUT
Silo