HAPPOUT DU GÉNÉRAL, COMTE BEK'ER AU GOUVERNEMENT PROVISOIP.E
Niort, le 2 juillet ISlo.
Pouf accélérer la remise de mon rapport au Gouvernement provisoire, j’ai riionneur de l’informer directement par un courrier extraordinaire, que l’Empereur est arrivé la nuit dernière à Niort bien fatigué et très iutjuict du sort de la France.
Sans être reconnu. Napoléon a été très sensible à la curieuse inquiétude avec latjuelle on demandait de ses nouvelles sur son passage. Ces démonstrations d’intérêt lui ont fait dire à plusieurs reprises : Le Gouvernement connaît mal l’esprit de la France, il s’est trop pressé de m’éloigner de Paris, et s’il avait accepté ma dernière proposition, les attaires auraient changé de face. Je pouvais encore exercer, au nomdelanation, une grande intluence dans les affaires politiques en appuyant les négociations du Gouvernement par une armée à laquelle mon nom aurait servi de point de ralliement, etc.
Arrivée à Niort Sa Majesté a été in formée par le préfet maritime de Rocliefort que, depuis le 29juin, l’escadre anglaise, en doublant sa croisière et sa vigilance, rendait la sortie des bâtiments impossible. Dans cet état de choses, l’Empereur désire que le Ministre de la marine autorise le capitaine de la frégate qu’il montera à communiquer avec le commandant de l’escadre anglaise, si des circonstances extraordinaires rendent cette démarche indispensable, tant pour la sûreté personnelle de Sa Majesté que pour épargner à la France la douleur et la honte de le voir enlevé de son dernier asile, pour être livré à la discrétion de ses ennemis.
Dans cette circonstance difficile, nous attendons des nouvelles de Paris. Nous avons l’espoir que la capitale
CÜUHESPÜ.NÜANCE INÉDITE
se défendra, et (jiie rennemi vous donneni le temps de voir l’issue des négociations entamées par vos ambassadeurs et de renforcer l’armée pour couvrir Paris. (Cette phrase et la suivante m’ont été dictées par l’Empereur.) Si, dans cette situation, la croisière anglaise empêche les frégates de sortir, vous pouvez disposer de l’Empereur comme général uni([uement occupé d’être utile à la patrie.
Signé: Le Lieutenant général.
Comte Beker.
A Niort, se renouvelait rattitude d’inaction et <re.\pectalive à kupielle rEinpereur seniljlait ne ])ouvoir s(; sonstraiiav 11 sollicilait tonjoni's àPai'is des üialres (jii’il n’osait plus dicter Ini-inèine.
La ville présentait (inebjnes syniptùines d’agitation; les nouvelles de la capitide, le voisinage de, la Vendée e.valtaient l(*s esprits. Le général liidver employa son iidlmmce sur l’nn des colonels pour l’engagm' à détourner ses soldats de tout projet d’ovation (jui déplairait à Sa Maj(*sté, puis- (jn’elle avait, à plnsiimrs reprist's, refusé même de recevoir les ol'liciers snpérimirs sollicitant la faveur de lui être présentés. 11 conseilla à Napoléon de sortir d’une, situation précaire (jue la pro.ximité de la Vendée, récemment encore en armes, rendait de pins en pins périlbmse, en partant le [)lus tôt possible pour llocliefort, où il serait à l’abri des tentatives des divers partis
contre sa personne, et où il posséderait toute liberté d’action pour suivre les plans que lui suggéreraient les événements.
M. Bnsche adressa dans le même sens ses propres observations à l’Empereur, qui se décida à quitter Niort le lendemain aux premiers rayons du jour.
3 juillet.
A quatre heures du matin. Napoléon descendait le perron de l’Hôtel de la préfecture, et remerciait le préfet de sa généreuse réception; il s’aperçut de son attendrissement, et lui prit de nouveau la main (ju’il lui serra d’une manière affectueuse. Au moment où il monta dans la voiture, les cris de Vive l’ Empereur ! Restez avec nous! éclatèrent avec force au milieu du peuple rassemblé ; mais il fit signe de la main aux postillons, et la calèche s’éloigna avec rapidité. A cheval à coté de la portière, le colonel de la gendarmerie, en grand uniforme, manifestait son dévoûment.
L’Empereur, reconnu pendant le trajet, était salué par toute la population accourue sur son passage. Il admirait, chemin faisant, les travaux d’assainissement qu’il avait fait exécuter pour fertiliser les marais de cette contrée, à cette époque, couverte de meules de foin.
Vous voyez, disait-il, qiie les populations me savent gré du Men-être que j’ai créé dans leur
CÜllU t:Sl'UM)AMCE INEDITE
pays ; que, partout où je jiasse, je reçois les bénédictions d’un peuple reconnaissant.
Le 3 juillet, à Imit heures du iiiatin, Napoléon franchissait les portes de Uochefort, et atteignait la plage d’où la patrie devait lui adresser ses derniers adieux. Il laissait derrière lui cette France (pi’il avait illuminée des rellets de sa gloire, et (jtii, maintenant, s’allaissaitsous le poids des revers.
Sans doute, ces amères vicissitudes devaient oppresser sa poitrine, pendant ce long voyage (jui l'avait trans])orté de la Malmaison à Rochefort; sans doute, de lourdes pensées devaient peser sur son auguste front; mais jamais, durant le trajet, son visage ne trahit une émotion, jamais son attitude ne cessa d’être majestueuse et calme. Un morne silence régnait dans la. voiture; chacun était assoupi ou feignait de l’être; nul n’osait interrompre le cours des rélle.xions de l’EmjjOi'eur. Cet état de pénihle contrainte n’était suspendu cpie dans les rares stations ipie faisait la calèche.
Taciturne et courhé sur lui-même, Napoléon n’échangeait (pie (piehpies phrases entrecoupées avec ses compagnons de voyage, et alors on s’apercevait (pie sa pensée planait encore sur l’avenir, que son imagination, bercée d’illusions, se llatlait encore de pouvoir maîtriser les événements.
Jamais le nom Je l’Impératrice ni celui du Roi
LE MARÉCHAL DAYOUï
de Rome ne soiiirent de sa liouclie. 11 craignait sans donle de s’attendrir, et voulait recueillir toutes ses forces. Souvent il puisait dans une tabatière du général Beker, sur laquelle était un portrait remarquable de Marie-Louise, sculpté eu ivoire; il prit une fois la boîte dans ses mains, l’examina un instant, puis la rendit sans proférer une parole.
Ainsi s’accomplit la seconde partie de ce drame bistorique, dont la première avait en la Malmaison pour théâtre, et dont la dernière allait finir à bord du Delléroplwn.