CHAPITRE IV
3 juillet.
A Rocliefort, I’Einj)oretir s'installa dans l’IIôtel de la j)réfoctnre niaritinie où M. le haron de RonnalüLix le reeut avec tous les honneiirs dns à son souverain.
Pendant toute la durée de sou séjour, l(‘s habitants de ht cité, les ol'liciers de terre et de mer rivalisèrent de zèle pour inanil'ester le culte qu’ils ii\ aient voué a sa personne. C’idait à cpii proposerait des moyens de salut et se dévouerait pour les réaliser.
Le bruit de l’arrivée de Napoléon jeta la ville dans une émotion prolonde. La pojmlation guidée par ce mot magmpie : V Empereur! envahit le jardin do la préh'cture, et monda h' port qn’il domine Elle le demandait à grands cris et avec tant d’instances (pie, vers le soir, il crut devoir céder aux acclamations de la huile.
11 parut un instant sur la l(*rrasse, accomjiagné
LE MAUÉGllAL DAVOUT
(le sa suilc et du préfet inaritiiiie ; il salua avec bienveillance et, au silence religieux cjui avait accueilli son apparition, succéda un élan d’entliousiasine frénéticjue plusienrs fois répété.
Napoléon paraissait encore sensible à ces témoignages d’affection populaire, une sérénité sublime éclairait son visage.
Plusieurs fois, il fut obligé de satisfaire l’impatience du peuple, et chaque fois c’étaient de nouveaux transports qui éclataient avec le même entraînement.
Cette première journée s’écoula, ainsi que les suivantes, dans l’expectative des événoments qui, dans le même temps, se consommaient à Paris par la capitulation du 3 juillet.
Les passe-ports tant désirés et attendus n’arrivaient pas; les perplexités et les incertitudes allaient donc se renouveler plus vivement que jamais.
Dans la rade, mouillaient, sous la protection des batteries de l’île d’Aix, les deux frégates, la Saal et la Méduse, que le Gouvernement provisoire avait mises à la disposition de l’Empereur.
Elles étaient sous le commandement du capitaine de vaisseau M. Philibert, dont le pavillon flottait à bord de la Saal; il avait sous ses ordres le capitaine de frégate M. Poné, commandant de la Méduse.
CORHESPONDAXCE INÉDITE
Le premier soin du g-énéral, conformément aux désirs de l’Empereur, fut de convoquer à l’IIotel de la préfecture un conseil formé d’ofliciers supérieurs et d’anciens marins, parmi lescpiels on distinguait le vieil amiral Martin, liomme d’une grande expérience, afin de délibérer sur les mesures les plus propi'es à favoriser le passage de Napoléon aux Etats-Unis.
Il fut reconnu ipie la croisière anglaise ayant, depuis le vingt-neuf juin, doublé le nombre de ses bâtiments, il était impossible aux deux frégates de sortir des pertuis lireton et d’Antioche sans tomber au pouvoir de rennemi.
Il fallut donc créer d’autres voies, et l’intervalle qui s’écoula du trois au huit juillet ne fut consacré qu’eà la discussion des modes de transport sur des bâtiments légers, que le Ib’élet maritime était autorisé à é(piiper dans ce but.
Du 4 au 8 juillet.
Le général Beker, à la suite de ces premières délibérations, instruisit, par une dépêche datée du 4 juillet, le (louvernement provisoii-e île l’arrivée de Na[)oléon à Bocliefort et des projets proposés.
BAPPORT DU GÉNÉRAL REKER AU GOUVERNEME.NT PROVISOIRE üoehefort, le 4 juillet 1813.
J’ai rhouncur d’informer la Commission du Gouvernement que l’Empereur est arrivé hier à huit heures du
LE iMARÉCHAL DAVOUï
matin, à Rocliclort, recevant, de la part dos habitants des contrées que nous avons traversées, les témoignages de leur respect, de leurs regrets et de leur enthousiasme pour sa personne.
Immédiatement après notre arrivée à Rochel'ort, les officiers supérieurs de la marine ont déclaré qu’il était impossible de sortir de la rade de l’ile d’Aix, tant que les Anglais entretiendraient une si nombreuse croisière à la vue de nos bâtiments.
En conséquence de cette opinion du conseil, on fait préparer une corvette dans la Gironde, et l’on arme un brick, alin de profiter de l’ime de ces deux occasions, si les croiseurs, en se fixant devant les pertuis, découvrent l’embouchure de la Gironde, pour favoriser la sortie de la corvette.
Comme le succès de cette manoeuvre n’est rien moins que certain, il est instant d’obtenir des passe-ports que les Anglais, intéressés au départ de Napoléon, ne peuvent plus refuser. Le prince Joseph, venu incognito à Niort pour embrasser son frère, eu est reparti pour Saintes, d’oii il se rendra dans une campagne de l’intérieur de la France, en attendant que le sort de sa famille soit déterminé. Ce Prince a été compromis par un garde-du-corps qui a provo([ué une émeute contre lui et quehfucs personnes de la suite de l’Empereur à leur passage à Saintes pour se rendre à Rochel'ort. Le mouvement a été dissipé par la garde nationale, qui a fait relâcher les personnes et les équipages.
L’Empereur est parfaitement en sûreté à Rochefort; il ne se montre pas, quoique tes habitants manifestent le désir de le voir pour lui exprimer leurs sentiments de reconnaissance pour tout ce ({u’il a fait anciennement en faveur de cette contrée.
CÜiïRESI'ÜNDANCE INEDITE
Nous espérons toujours que M. ülto obtiendra des passe-ports, et, en attendant ({u’ils arrivent, on se met en mesure de courir les chances les plus favorables à la sùretéde l'Empereur.
Signé: Le Lieutenant général, comte Bekeu.'
Le conseil (ramirantc s’assemblait tons les jours; l’Empereur assistait à toutes scs séances, prenant une part active à ses discussions.
Dans rime d’elles, l’amiral Martin signala le ca[)iLaine Daudiu (aujourd’lmi vice-amiral), commandant une corvelle dans la rivièi-e de Bordeaux, comme le seul homme capable de conduire Sa Majesté saine et sauve dans rAinéricjue du Nord. 11 fut aussi question de bâtiments neutres; toutes les ressources dont ou ijouvait user dans cette conjoncture diflicile lurent mises eu évidence, mais on restait incertain sur le clioix du[)arti (pii ollrait le plus de chances heureuses.
Plusieurs propositions lurent tentées iufruclueusement auprès de l’Empereur [tar (piehpies jeunes marins déternnnés; les moyens parurent trop frêles, trop iusuflisauts ; il fallut donc y renoncer et écouter celles d’un capitaine, d’origine française, iM. Besson, cpii commandait un bâtiment danois en cliargeimmt de l’ih* d’Aix.
Il ollrait de transporter rEmpereur en Améri- (pie avt.'c une suiU* peu nombreuse, s’il voulait se couli(‘r à sou honneur.
LE MARÉCHAL DAYOUÏ
Cetle oflVe sourit à Napoléon (jui, cependant, voulut attendre encore sans la rejeter ni l’approuver complètement.
.Tous ces projets soumis sans acceptation, tant par la marine française que par les neutres, ne produisirent d’autre résultat (pie d’entretenir une irrésolution, toujours fondée sur l’espoir d’un changement de fortune.
La fatalité semblait d’ailleurs poursuivre l’Empereur ; car, pendant son séjour à Rocliefort , les éléments furent constamment contraires anx tentatives projetées. Si les vents avaient favorisé la sortie des deux frégates avant l’apparition du vaisseau le Belle l'ophon, qui ne s’embossa dans larade des Basipies (pie le 10 juillet, elles pouvaient échapper aux croiseurs anglais, puis(pie la Saal et la Médme avaient la réputation d’ètreles meilleurs voilières de notre marine.
Toutes les mesures étaient donc rejetées moins encore par suite d’accidents fortuits que par défaut de résolution.
On rêvait aux moyens de passer anx Etats- Unis, tandis (pi’on perdait un temps précieu.x en discussions inutiles. A peine nne décision paraissait-elle arrêtée, qu’elle était remplacée par une nouvelle disposition en sens contraire. Une certaine apathie qui s’était emparée des facultés de Napoléon, et sa déliance du succès, lui lirent
COUUESl'Oi\'ÜA*N’CË INEDITE
abandonner snccessiveinent les diverses j)roposilions des marins, quoiqu’il eût, sans doute, pour la première fois de sa vie, consulté tous les liommes (jiii pouvaient lui indiipier les moyens de mettre sa personne en sûreté i.
Rochefort, G juillet 1813,
C’est aiijourd’liiû le troisième jour de notre arrivée à Rochefort, sans perspective d’en sortir, tant ([ue la croisière anglaise occupera toutes les issues.
Point de nouvelles de Paris ni des passe-ports à la faveur desipiels ou puisse se réfugier dans un pays tpielcoiupie. Cette incertitude de l’avenir prolonge notre anxiété, et je ne vois aucune chance favorable au départ de l’Empereur. Nous attendons notre sort de Paris, dans l’espoir (pie le Gouvernement provisoire, en stipulant pour la France, obtiendra aussi des conditions ipii assurent à la famille impériale un asile et des moyens d’existence. Il me tarde d’apprendre le sort de notre malhenrense patrie et celui de rinfortuné monanpie dont la garde m’a été conliée. Cet état de choses peut encore durer plusieurs jours sans (pie notre position devienne meilleure, àmoinsipie l’attitude de l’armée et de la Capitale n’en impose à l’ennemi et ne l’oblige à reconnaître le gouvernement du choix de la nation.
Comme nous sommes loin du théâtre des événements, il n’est guère possible de former une conjecture sur les
1. Rien ne donne une idée plus juste des impressions sous lesquelles on vivait à Rochefort à cette époque, que ces lignes tracées par le général Heker dans une lettre qu'il adressait le G juillet à sa famille.
dispositions des alliés envers la France. Je n’ai pour le inoinentd’aiUrc désir que celui de voir l’Empereur eu sûreté, et, si mes vœnv s'accomplissent, je serai dégagé d’un grand sujet d’impiiétndc.
Le Lieutenant général.
Comte Berrr.
Cet étal de perplexité et d’inaction devenait à chaijuc instant pins critique par snile des événements (pii SC pressaient autour do Paris, (piand nno eslal'etle apporta au général Poker la réponse du tîüuvorneinent provisoire àsa dépêche de Niort.
DÉPÊCHE DU MINISTHE DE LA GUEHRE AU GÉNÉRAL REKER Paris, 4 juillet 1S13,
Général,
La Commission du Gouvernement vous a donné des instructions relativement au départ de Franco de Napcléon Bonaparte.
Je ne doute pas de votre zèle pour assurer le succès de cette mission.
Dans l’intention de la faciliter autant qu’il dépend de moi, je prescris aux généraux, commandant à la Rochelle et à Rochefort, de vous prêter main-forte, et de seconder de tons leurs moyens les mesures ([ue vous aurez jugé convenable de prendre pour exécuter les ordres du Gouvernement.
Pour le Maréchal, ministre de la guerre,
Le conseiller d’Etat, secrétaire général, Baron Maiiciianu L
1. Le prince il Eckmülil ii’a visiblement voulu ni écrire celle lellre, qui ne rappelle eu rien sou sly'e ordinaire, ni la si<,^ner.
C 0 H R E s I> 0 .N n A N CE I N É IJ 1 T E
LA CON.MISSION DU ÜOU VEUNEME.NT AU GÉ.N’ÉHAL UEKE»
Paris, 4 juillet, l81o, Monsicui’ le Général ncker,
La Coinmissiün du Gouvernement a reçu la lettre que vous lui avez écrite de Niort, le 2 juillet. Najtoléon doit s’einbanjoer sans délai.
Le succès de nos négociations tientprincipalementàla certitude tpie les [ uissances alliées veulent avoir de son embarquement et vous ne savez pas jusqu'à (|uel point la sûreté et la trampullité de l'Ettil sont compromises par ces reta rds.
Si Napoléon avait pris son parti do suite, nous avons sous les yeux un rapport du prélet marilime de Rocliel'ort, où il est dit tpie le dé]»art n’eùt pas été im[)ossible le vingt-neuf.
La Commission met donc la [iorsonne de Napoléon sous votre responsabilité.
Vous devez employer tous les moyens de force, ([ui seraient nécessaires, en conservant le res[)ect qu’on lui doit.
Faites ([u’il arrive sans délai à Uocliefort et faites-le embanpier aussitôt. Quant aux services ([u’il oH're, nos devoirs envers la France et nos engagement > avec les puissances étrangères ne nous permettent pas de les accepter, et vous ne devez plus nous en cnlrelenir. Enfin la Commission voit des inconvénients à ce ([ue Napoléon communique avec l’escadre anglaise. Elle ne peut accorder la permission (pu est demandée à cet égard.
Siijné : le duc d’GTiiANTE, comte Gue.mkr, OLiNETTf;, C vui.AiNCOL’iir, duc de Vice.noü:, Caiunot.
LE MAliÉCllAL DAVOL'T
Cos (loj)èclies, qui ne pouvaient, laisser aucun doute sur les tendances et les intentions du Gouverneinent, redoublèi’cnt les incertitudes de l’Enipereur.
Etonné de ce que le général restait neutre dans toutes les (piestions et discussions (jui avaient trait à son départ, en s’abstenant de toute réllexion faite à liante voix, Napoléon, attacbaut sur lui ses regards, lui dit :
Que pensez-vous de tout ceci, général Beker? tout le monde me donne ici des avis, excepté vous. — Je ne suis point en position de donner des conseils à Voti'e Majesté, lui répondit-il, parce que je vois qu’il y a diverses chances à courir. J’aurais à me reprocher l’inllnence de mes avis sur la résolution à prendre, si la direction que j’indiipierais, au lieu de conduire en Amérique, faisait tomber votre personne au pouvoir de ses ennemis. ' Le seul avis que je me permettrai de lui donner, c’est de prendre une prompte détermination, et d’exécuter ensuite le plus rapidement possible le projet auquel on aura donné la préférence. Le sort delà France étant malheureusement consommé, il faut s’attendre à ce que le Gouvernement envoie des agents â votre poursuite.
Dès lors, la scène change ; mes pouvoirs, que je ne tiens (jue d’une commission provisoire, cessent, et Votre Majesté court de nouveaux dangers, dont il serait difficile de prévoir la suite.
L’émotion avec laquelle le général prononça ces dernières paroles produisit une vive inipres-
COHRESl'O.NDANCE INEDITE
sion sur l’esprit de rEiiipereur, qui répondit en souriant :
Mais, Général, quüi(pi’il arrivât, vous seriez incapable de me livrer.
— Votre Majesté sait, en ellét, repartit le comte Bcker, que je suis prêt à donner ma vie pour protéf>er son départ; mais en me sacrifiant je ne la sauverais pas.
Le même peuple ({ui se presse tous les soirs sous vos fenêtres et vous oldiye à vous montrer à sa curiosité proférerait demaiti des cris d’un nouveau genre, si la scène venait à changer. Alors votre sûreté serait compromise, et les commandants des frégates, recevant des ordres des Ministres du roi Louis XVllI, méconnaîtraient les miens et rendraient votre salut impossdale. — Eli bien! ajouta l’Empereur, puisqu’il en est ainsi, donnez l’ordre de pi’éparer les embarcations pour bile d’Aix.
Le Général arrêta sur-le-cluiiu[) les dispositions nécessaires, dispositions d’autant plus faciles, (jue les mesures étaient assurées d’avance pour toutes éventualités. Avant de partir il informa le Gouverneinent de cette décision par le rapport suivant :
RAPPORT DU GÉNÉRAI. REKER A LA C.OM.MISSION DU GOUVERNEMENT Hochefort, le 8 juillet 1813.
.l’ai déjà rendu compte à la Commission du Gouvernement (pie l’Empereur, arrivé à Rocliefort le 3 au matin , n’attendait qu’une circonstance favorable pour mettre à la voile. Mais les vents contraires et les croi-
LE iMAUÉClIAL IJAYOUT
seiii’s anglais, (]ui ont doublé leurs forces cl leur vigilance, ne permettent à aucun batiment de sortir des pertuis.
Dans cet état de choses. Sa Majesté, ne recevant pas les passes-ports (pi’elle attend et se voyant abandonnée à sa propre détcimiination, se rendra ce soir à file d'Aix pour SC rapprocher des frégates, et se trouver en mesure de les aborder si les vents voulaient tant soit peu favoriser leur sortie.
Quant à la personne de l Empcreur que A'otre Excellence met de nouveau sous ma responsabilité, par sa dépêche du 4 dernier, toutes les précautions sont prises pour garantir Napoléon contre les entreprises de ses ennemis.
Sa Majesté est ici au milieu d’un peuple reconnaissant pour les travaux qu’elle y a fait exécuter, et les sentiments deslroupesde terre ctde merne laissent rien à désirer sur leur respect pour leur ancien Souverain.
Quelque ditïicile que soit ma mission, sous le double l’apport de mes obligations envers l’Empereur et envers le Gouvernement, je les remplirai, j’espère, à leur satisfaction respective, en prenant pour règ'e de conduite les principes avoués par l’honneur.
Signé : Le Lieutenant général Comte Bekeii.
Le général Beker traçait cette dépêche oflicielle au inoaient où l’étranger foulait le sol de la capitale, au inoinent où la France changeait de maître. Apres avoir expédié ce message, il donna les derniers ordres.
Le soir même, au milieu d’une foule immense.
des voitures conduisirent rEmpereur et sa suite au bourg de Fourras, où il monta dans le grand canot de la /S’afl/ avec le Grand iMaréclial comte liertraml. le duc de llovigo, le général Beker et le général Gourgand.
Les autres personnes furent réparties sur des chaloupes, suivant le classement tracé d’avance pour éviter toute confusion, et l’on se dirigea vers la rade de l’île d’Aix. IMais au lien de débaiajuer dans l'ile, comme il en avait manifesté l’intention au moment de quitter Uocliebu't, IXapoléon lit aborder la iVégate la Saal, (pi’il atteignit le huit juillet, à huit heures du soir, sous un beau ciel, mais avec un grand frais, qui incommoda plusieurs passagers, sans alfecter sa personne.
On n’était point prévenu à bord, de sorte que la garde du navire eut à peine le temps de se mettre sous les armes pour lui rendre quelques bonnenrs militaires : le canon ne salua pas son arrivée.
L’installation s’exécuta à la h;'it(', avec toute la confusion d’une snr[)rise. La salle du conseil fut convertie pour l’Einjiereur en chambre à coucher dont le général Beker occupa lui-mème. faute d’espace, un compartiment qui n’en était séparé que j»ar une simple toile.
Les ombres de la nuit s’abaissèrent biinitôt sur la frégate et redoublèrent, aj)rès les premiers
LE MAHÉCIIAL ÜAVüUT
inomcnls d’agitation, l’angoisso ot l’anxiété que faisait naître dans tous les cœurs l’imminence du dénouement encore inconnu qui allait décider du sort d’une si grande infortune.
9 juillet.
L’âme de Napoléon ne dut pas rester étrangère à l’inquiétude générale, car dès la pointe du jour il était levé ; il annonçait l’intention de se rendre à l’île d’xVix. Peu d’instants après, deux canots de la Saal portaient vers le rivage sa personne et sa suite.
Les sentinelles, dont les regards étaient sans cesse fixés sur les bâtiments de guerre, ont signalé l’approche de Sa Majesté, et officiers et soldats se précipitent vers la plage. L’Empereur se dirige aussitôt vers la ville : son escorte grossit à chaque pas ; les habitants de la cité lui font cortège à leur tour ; partout, sur son passage, éclatent des transports d’amour et d’enthousiasme, et, dans les rangs pressés de la foule, retentit le cri ; A l’armée de la Loire !... En proie à une émotion bien marquée. Napoléon fend les flots de ce peuple que sa vue exalte, et gravit les degrés des forts qu’il se plait encore à faire passer sous les yeux. 11 s’arrête devant les immenses travaux qu’il a fait exécuter sur la fin de son règne, tant pour protéger les bâtiments de guerre
COliRESPOiNDANCE ENEDITE
au iiiouillag-a, que pour favoriser lecaliotage entre la Roc1ip11(', Rocliefort, et Rordeaux.
Dans cette revue, il était accoinpag-né par toute la g’arnison, empressée à lui prodiguer les démonstrations de son dévouement. Il semblait encore dans la ])lénitnde de sa puissance, distribuant aux officiers du génie et de l’artillerie les éloges qu’il croyait devoir leur adresser pour le parfait état de défense (pi’ils avaient assuré à l’île.
Il passa devant le front du 14™® régiment de marine rangé en bataille ; il commanda lui-même les manœuvres; puis, escorté j)ar la garnisontoute entière, il regagna les canots.
De retour à bord de la frégate, l’Empereur y trouva le préfet maritime, M. le baron de Ronnafonx, qui attendait pour remettre au général Reker une dernière dépêcbe dn Gouvernement provisoire, laquelle réitérait l’ordre d’accélérer le départ de Napoléon et autorisait à communiquer avec les Anglais.