‹ Le Maréchal Davout, Prince d'EckmühlChapitre 41 sur 63 · COPIE DE L\ DÉPÊCHE DU JILNISTRE DE LA MARI.NE AU PRÉFET .MARITIME · texte numérisé non relu

COPIE DE L\ DÉPÊCHE DU JILNISTRE DE LA MARI.NE AU PRÉFET .MARITIME

Paris, 6 juillet 1815.

Monsieur le Préfet naaritime,

Il est de la plus haute importance que l'Em^iereur quitte le plus tôt possible le sol delà France.

COUHESPONDANCK INÉDITE 2"27

L’intérêt de l’Etat et la sûreté de sa personne l’exigent impérieusement. Si les circonstances ne permettent pas (pi’il parte sur les frégates, il sera peut-être possible à un aviso de tromper les croisières anglaises, et dans le cas oii ce moyen lui conviendrait, il ne faut pas hésiter à en mettre un à sa disposition, [)Ourvu ({u’il puisse partir dans les vingt-ipiatre heures.

Si ce moyen ne lui convient pas, et (pi’il préfère se rendreà bord des bâtiments de la croisière anglaise, il est invité à vous en adresser la demande formelle et positive par écrit, et, dans ce cas, vous mettrez sur le champ un parlementaire à sa disposition i)Our suivre celle des deux destinations (pi’il aura demandée.

Il est indispensable ([u’il nedébar([ue jias sur le territoire français, et c’est ce (pie vous ne pourrez trop prescrire au commandant du bâtiment sur huiuel il se trouve ou sur leipie! il passera. Je vous adresse un arrêté du Gouvernement ([ui vient d’être prisâ ce sujet, et je l’adresse en même temps au général Heker.

Les dispositions ({u'il contient sont telles ([lic je n’ai rien â y ajouter.

Au surplus, je vous recommande de lever, en ce (pii dépendra de vous, toutes les ditlicultés sur son départ. Je ne puis trop vous répéter ipiece départ est delà plus grande urgence.

Cependant il ne devra partir sur un aviso, pour les États-Unis, ou jiar un parlementaire pour la croisière anglaise ou rAngleterrc même â son choix, (pi’autant (pi’il en fera la demande la plus positive par écrit, et cette restriction, dont le général Beker lui donnera connaissance, lui fera assez sentir (pi’un des grands motifs de l’urgence de son déjiart se fonde sur l’intérêt de sa sûreté [lersonnelle.

Si le parlementaire est envoyé, vous rédigerez l’ordre de son expédition suivant l’usage.

Je joins ici un extrait de l’arrêté de la Commission, que vous joindrez aux instructions dudit parlementaire pour lui servir de règle de conduite.

Cet extrait, vous le remettrez au commandant de l’aviso qui devra aller aux États-Unis, si l’Empereur choisissait ce parti.

Vous aurez soin de désigner, pour commander ces bâtiments, un bon officier qui sache allier la fermeté aux procédés les plus délicats.

Signé : Duc Diîcrès.

P. S. 11 est bien entendu que si le départ des deux frégates est possible, il n’est rien changé aux ordres précédemment donnés pour le conduire aux État-Unis par cette voie.

Paraphé : D. D.

EXTRAIT DES MINUTES DE LA SECRÉTAIRERIE d’ÊTAT.

ARRÊTÉ DU GOUVERNE .MENT rRO\TSOIRE

Paris, 6 juillet ]81o.

Vu l’urgeiice des circonstances et le haut intérêt attaché à ce que Napoléon Bonaparte ijuitte sur-le-champ le territoire français, tant sous les rapports de sa sûreté personnelle que sous ceux de la raison d’État,

Arrête :

Art. 'U^ Le Ministre de la marine réitérera les ordres qu’il a donnés pour l’embarquement et le départ immédiat de Napoléon sur les deux frégates destinées à cette mission.

Art. 2. Si, par la contrariété des vents, la présence

COURESPONDANCE INÉDITE

(le l’enuemi, ou par toute autre cause (|uelcoiK|ue, le dc^part immédiat des deux frégates était empêché, et qu’il lut probable qu’on réussirait à effectuer le transport de Napoléon par un aviso, le Ministre de la marine donnera des ordres pour qu’il en soit mis un sans délai à sa disposition, sous condition que ledit aviso partirait dans vingt-quatre heures au plus tard.

Art. 3. Mais si, par les contrariétés que ce transport peut éprouver sur un aviso, Napoléon préférait être conduit immédiatement soit à bord d’une croisière anglaise, soit en Angleterre, le préfet maritime du cinquième arrondissement lui en donnera les moyens sur sa demande écrite, et, dans ce cas, il sera mis sur-lechamp à sa disposition un parlementaire.

Art. 4. Dans tous les cas, le commandant du bâtiment destiné à porter Napoléon ne pourra, sous peine de haute trahison, le débarquer sur aucun point du territoire français.

Art. 5. Si le commandant du bâtiment était forcé de relâcher sur les côtes de France, il prendrait toutes les mesures de sûreté nécessaires pour cpie Napoléon ne pût débarquer. Au besoin il requerrait les autorités civiles et militaires pour lui prêter main-forte.

Art. (). Le général Btiker, sons la responsabilité duquel ont été mises la garde et la personne de NapoUion, ne devra le quitter (pi’en dehors des pertuis ; et si Napoléon a demandé â être transporté â bord de la croisière anglaise ou eu Angleterre, il ne devra le (juitter qu’après (pi’il l’aura remis â bord de ladite croisièreou débanpjé eu x\ngleterre.

Art. 7. Tant que le général Beker sera à bord du bâtiment destiné au transport de Napoléon, le commandant dudit bâtiment sera à ses ordres et défèia'ra â

LE MAUÉCIIAL DAYÜUT

toutes réquisitions qui lui seront faites par ledit général relativement à l’objet de sa mission, et dans le sens du présent arrêté.

Art. 8. Le Ministre de la marine est chargé del’exéeution du présent arrêté et de sa transmission au général Beker, cpii devra se conformer, en ce qui le concerne, aux dispositions qu’il renferme.

Signé : Le duc d'OruANTE président, comte Grenieh, Caulaincoujît, duc de Vicence, Carnot.

Par la Commission du Gouvernement, pour le secrétaire-adjoint au ministre secrétaire d’État,

Signé : Quineïte.

Pour copie conforme :

Le Ministre de la marine et des colonies, Signé : Duc Décrûs.

Cet arrêté traçait ininutieusement au comte Bcker la ligne de ses devoirs.

Tous les pouvoirs étaient concentrés dans ses mains ; sur lui seul allait peser la resj)onsal)ilité des mesures importantes anx(|uelles étaient attachées les (h'stinées de l’Empereur et peut-être celles delà l'rance.

Mais, dans celte dernière période comme dans les circonstances précédentes, Napoléon fut seul l’auteur de sa ])erte, par ses incertitudes et ses hésitations.

D’après les injonctions de ces dépêches qui ne permettaient plus de compter sur l’arrivée des

CORHESPOiNÜANCE I.NÉDIÏE

passt‘-j)()rt,s, (jiii inlcrdisaienl loiiLc* proposition coiilraircî aux instructions quddles contenaient, une péiiiclio fut expéMÜé'e pour l’ile de Rlié, afin de connaître, par le résultat des signaux, le nombre des bâtiments anglais ainsi (jiu^ les points de station dans les pertuis Breton et d’Antiocbe.

Sans arrêter aucune nu'sure, Majtoléon, n’envisageant (pi’avec une secrète aversion tout projet (pii devait lui faire abandonner la ti'rre de France en fugitif, croyant plus digne de lui d’aller réclamer l’Iiospitalité sur uiK' plagia ennemie, voulut s’assun'r de l’accmul cpie lui feraient les Anglais, (^t résolut d’mivoyer un parlementain; à bord d(‘ leur escadre.

L’arrêté du (louveruement exigeant une demande par écrit, le (Irand Marécbal adressa dans ce sens, an nom de rFmpereur, la lettre suivante :

LF. GRAND MARKC.HAL COMTE RERTHAND AU GÉNÉRAL REKER.

La Saal, le l) juillet 1813.

Général,

L’Empereur me charge de vous demander d’envoyer un parlementaire à bord de la croisière anglaise, conformément aux instructions (pie vous avez reçues, pour savoir si les saufs-conduits demandés pour notre voyage aux États-Unis sont arrivés.

Signé : le Grand Maréchal Comte Heutuand.

Ce no fui. que sur uii ordre écrit émanant du général li(dver, que le capitaine Philibert consenlit à mettre à cet effet un bâtiment léger à la mer.

10 juillet.

Sur ces entrefaites, l’aspirant chargé d’une reconnaissance le long des cotes revint à bord de la frégate, le 10 juillet, de grand matin. Son rapport conlirma les craintes conçues sur la force de la croisière, et ne changea rien à l’irrésolution de l’Euqiereur dans le choix des partis qu’il devenait urgent de prendre lorsque les moyens maritimes étaient encore à sa disposition.

La démarche auprès des Anglais fut seule tentée, et le bâtiment des parlementaires cingla vers l’escadre ennemie.

Cette mission avait été confiée au duc de Rovigo et au comte de Las Cases. Ils devaient demander au commandant de la croisière s'^7 avait reçu les sauf s-conduits que le Gouvernement provisoire avait espère obtenir pour le passage de l’Empereur aux Etats-Unis. Ils revinrent à 2 heures du soir avec V assurance qu’aucun ordre particulier concernant Sa Majesté n’avait été adressé aux croiseurs anglais ; que, si elle adoptait le joarti de se rendre à leur station, le commandant serait flatté de la recevoir.

CORRESI’ONDAiNCE INÉDITE

Cependant, ajoutaü-il, la proposition étant d'une nature extraordinaire et de la plus haute importance, il se croyait obligé d'en référer à son amiral, en croisière dans la haie de Quiberon; il lui fallait trois ou quatre jours pour obtenir ses instructions. Tout bâtiment neutre devait être visité ; tout na vire qui voudrait forcer le passage, attaqué et coulé bas.

Le résullal, de ces déniarclies parut ])eu propre à faire naître et à (uitreleiiir des conjectures favoj'ahles à laposiliou de. rEinpereur si, pour dernière ressource, il était obligé de se livrer <à l’enneini : on revint alors aux tentatives d’évasion déjà discutées ; on songea de nouveau à s’einbaiajuer sur nu bâtiment léger, dont la sortie, par des voies oblicpies, pouvait offrir quelques cbances de succès.

Les difficultés croissaiejit à chaque instant. La surveillance des Anglais, tenue eu éveil depuis l’envoi des ])arleinenlaires, allait devenir plus sévère, car le vaisseau le Bellérophon n’avait pas tardé à se rapprocbei’ des cotes, et, dans la soiré(' de ce jour, à s’mnbosst'r dans la rade des Bas- ({ues. Le passage était donc désormais fermé aux deux frégates ; il fallait encore renoncer à un moyen (b* salut ouvert jus(|u’alors, à moins (pi’un grand acte de courag(‘ (‘t d’héroïsme u’auuulàt la disposition des forces. Les j)éi'ils. toujours crois-

Lli MARÉCHAL DAVOUÏ

saiils, ('xallt'i'onl on oitel ]('. palriolisine du capilaine Ponô, coiniuandanl la Méduse.

Il ollVil do so dévouer lui et sou o(juipage. La IVop^alo (lovait, pondant la nuit, à la faveur des ténèbres, atlacpu'r le Bellérophon, le saisir à l’anore, s’attacher à ses lianes et sontenir avec lui uu conihatiuégal, sans doute fatal pour/a Méduse ; tandis (|ue^a Saal, prolitantde la briseapii régnerait après le coucher du soleil et des avaries (pi’une pareille lutte aurait fait subir au vaisseau anglais, aurait franchi les passes, et, emportant César et sa fortune, aurait pu atteindre l’Aniéri(pie.

Mais la répugnance du capitaine Philibert d’accéder à un projet aussi aventureux, (pii mettait (Ml danger des navires placés sous sa responsabilité, l’éloignement de Napoléon lui-même pour une tentative qui exigeait le sacrifice de tout uu équipage pour sa pei'sonue, lirent rejeter un dessein, digne néanmoins d’être consigné dans les fastes de notre marine.

H juillet.

La nécessité de prendre un parti devenait de plus en plus imminente ; l’on songea au capitaine Baudin, dtqà désigné à Rochefort par le viceamiral Martin. Le 11 juillet, le général Lallemand fut envoyé snr une péniche à bord do la corvette

COH UES PON DANCE INÉDITE

la Bayadère, on riviorc* de Bordeaux, pour recouuaîLre la possil)ililé de se rendre à celte destiualiou, soit par terre, soit par mer, eu suivant les marées, pour savoir euliu si le cajtitaiue était eu étal de couduire et (r(‘xécuter une pareille entreprise. On devait atteudi’e le retour du général Lallemand avant de prendia' une l’ésoluliou ultérieure.

Les couféreuc(‘s se jtoursuivaieut toujours avec des chefs de hàtiimmis nationaux et neutres. Plusieurs propositions furent échaug'ées, j)riucipalemeut avec le capitaiiu' danois, .AI. ifessou, qui tenait sou navire disj)ouihle, mais qui ne pouvait admettre une suite dont le nombre aurait tiadii la ])réseuce de rEmj)ereur.

Les journées s’écoulaient ainsi eu pourparlers, eu conseils, sans (pi’aucuue résolution fût adojtlée.

A bord (b; la Saal se répétaient les incertitudes signalées à Rocbefort (‘t à la iMalmaisou. Cet alfaiblissemeut d’éuergm! et d’activité ne doit point surprendre; car les soulfrances physiques auxquelles Napoléon était en proie durent amortir la vigueur de son es])rit et de son caractère.

Ainsi (pi’ilaété dit, le général Beker occupait un compartiment (pii n’était séjiaré de la chambre à coucher de l’Empereur ipie par une simple toile

1. A boni (le la Saal, l'Empereur ayant appris que le général Beker manquait Je linge lui avait offert le sien.

il pouvait donc saisir sans peine les moindres inonvements de Napoléon.

Souvent il entendait les plaintes que lui arrachait une infirmité douloureuse qui le tourmentait déjà à Waterloo, puisque, dans cette fatale journée, elle ne lui permit pas de se porter avec son activité habituelle sur les divers points du champ de bataille.

12 juillet.

Sur ces entrefaites, arrivèrent, le 12, dt' grand matin, les journaux français du 7 et du 8 juillet, qui annonçaient la dissolution du Gouvernement provisoire et des deux Cliamhres, l’entrée des Alliés dans la capitale, les proclamations du roi Louis XYIII et sou rélahlissement aux Tuileries.

Ces nouvelles produisirent une sensation profonde sur l’esprit de l’Empereur et de ceux qui l’entouraient.

La position était devenue plus précaire que jamais; le général Beker fit sentir à Sa Majesté l’urgence d’une détermination prompte et décisive, pour soustraire sa personne aux dangers inévitables qui la menaceraient désormais.

Napoléon était bien convaincu de cette nécessité; il lit embarquer une partie de sa suite à bord du brick l' E mpereuT et de la goélette la Sophie avec les gros bagages, en manifestant l’intention de se rendre à la croisière anglaise.

CÜKHESPONÜANCE INEDITE

Toutefois, une vague espérance rattachait au rivage, il voulut attendre encore; dans ces luoments si criti([ues, la frégate ne lui ollVait plus assez de sécurité. L’île d’Aix, dont il se rappelait les transports, était à ses yeux un asile plus certain; il y débarijua dans la matinée avec les principaux personnages de sa suite. Le général Lallemand pouvait d’ailleurs apporter d’un instant à l’autre d<‘s avis plus favorahh's (pu* ces délais permettraient de suivre.

Le dévouement des troupes éclata avec le même élan d’enthousiasme, à la vue de leur ancien souverain, (pii venait chercher nn refuge sur le rocher conlié à leur garde.

Napoléon alla occipier la maison du (iéni(‘ militaire. on il prit (pu'hpies heures de repos, et où il re(;nt à sou rév('il tout le corps d(‘s ofliciers. avec la même hi(‘nveillauce. avec le mèuu* intérêt (pi’aii temps de sa puissance.

dette journée s’écoula, comme h's précédentes, dans l'atti'iite des événements.

13 juillet.

Let étilt de jicrplexité durait encore le lendemain matin, lors(pi’arriva le prince Joseph pour conlirmer l’accomplissement des changements surv('nus à Paris, et pour déterminer son frère à s’attacher à un parti (pielcoiupu*, avant (pu* les or-

LE iMAUKCIIAL DAVOUT

(Iros dos iilinisiros (lulloiue vinssonlinellre l’onihargo sur les bàliiiionls de l’EtaL et rendre toul moyeu de salul. iinpralicablc.

Peudaul, celle conlereuco eiilreles deux frères, le uéuéral Lallemand revinl de sa mission, el en exposa le résulLal dans les lermes suivanls à l’Empereur :

La corvette la Bayadère était toujours à ses ordres dans la rivière de Bordeaux, alors moins surveillée par les Anglais que ne l’étaient les passages des pertuis. Le capitaine Baudin était parlaitement armé, équipé, approvisionné, et se l'aisait fort de conduire l’Empereur au bout du monde.

Indépendamment de ce mode de transport, on pouvait monter un batiment américain en partance pour les États-Unis, et dérober le départ aux croiseurs anglais.

Quoique celle combinaison d’une évasion abord de la Bayadère fui véritablemenl la meilleure, suivanl l’opinion des olÜciers de marine, déjà consultés à ce sujet j)endant le séjour de Roebeforl, elle ne fut cependant pas adoptée, parce qn’il fallait entrer dans la rivière la Senlre et parcourir ensuite (|uati'e lieues dans les terres, depuis la Trcmblade jus({u’à Royan, aliii d’éviter de doubler le cap deMœmusson, quiallongeait la navigation, sans diminuer les périls ({u’entraînait la direction

CO U UE s P ON U AiN CE IN ÉDITE

clo cette ligne. Oiilre cette considération, le drapeau l)lanc (lottait déjà an-dessns de la contrée qn’il fallait Ira verser, ce ([ui lanidait ce passage, dangeren.x (»onr la snrelé de Napoléon, et pouvait faire échoin'r coinplètenient le seul projet jugé pi'aticahle par les marins. On renonea donc délinilivenient à la protection de la Bayadôt'e, et le roi Jos(‘[)li, a[»rès avoir adressé nn dernier adieu à son frèrig retourna le même jour à Uocliefort.

Dans rinlervalh*, une {)roposition hardie e! généreus(‘ avait été soumise au (irand Maréclial comte Berli'and par .M. tîenty, lieutenant do vaisseau.

Deux petits l)àtiments de cabotage mouillaient dans la laide de File.

Le lieutenant s’olfniit, avec (juelques officiers du 1 4™’’ régiment d(; marine, à é(pnper et à monter ces navires, pour y recevoir FEmpereur et sa suite.

L’obscurité de la nuit permettrait de fuir inaperçus devant la croisière anglaise, en bmgeant les cotes jus(iu’à la bauteur de la Rocbelle, })our, de là, gagiu'r la pleine mer. Comme une navigation de long cours était impossible à des constructions aussi frêles, on devait forcer à prix d’argent le prtmiier bâtiment de commerce (jui serait rencontré à prendre à son bord l’Empe-

LE MARECHAL DAVOUÏ

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roui- et les siens, et n se diriger vers les États- Unis.

Ce projet Int aussitôt approuvé et agréé, d’autant pins faoileinent, (pi’on pouvait l’aire concourir ce plan avec celui du capitaine danois.

Les deux navires furent achetés pour le compte de l’Empereur ; tous ceux (pi’il fallut initier an secret rivalisèrent de zèle pour en presser l’armement. Les frégates fournirent une partie du grément nécessaire. Tout fut disposé poui’ le départ, (pii devait enlin s’elfectuer dans la nuit du 13 au 14 juillet.

A onze heures du soir, les deux chasse-marées commandés et servis par des otficiers et sousofl'iciers de marine étaient à la voile, déjà chargés d’une portion des elfels précieux. La majeure partie de la suite devait être répartie sur leur bord, tandis (jue Napoléon devait monter le bâtiment danois, accompagné seulement de son fidèle Grand Maréchal, des généraux duc de Rovigo, Lallemand, Gourgaud et de M. Marchand. Les ordres ladatifs à remharcpiement étaient exécutés; ce projet, qui paraissait être le dernier, semblait ])rès de s’accomplir.

Mais, autour de l’Empereur, les préparatifs de départ avançaient avec moins de célérité ; des scènes de confusion et de douleur agitaient sa maison. Les périls de l’entreprise, la répartition

CORHESPONDAiNCE INÉDITE

(les (livers(‘s persoiuies (I(î la siiilc sur les l)âlinienls, ([iio le iiudiidr»! ('‘Ytuieinenf, pouvait isoler les uns (l<‘s aulres, avaient jet(; l’elTroi dans beaucoup d’esju'its. Les dames uc voulaient pas être séparées de leurs maris, et le dépit de ccux(jui ne devaient point suivre Napoléon ajouta encore à toutes ces rumeurs.

Tel était Taspect de cette nuit d’impiiétmle, lorscpie le capitaine lit avei tir (jue tout était dis- ])Osé pour recevoir rEinpereur. Le général Beker monta aussitôt dans l'appartement de Sa Majesté, et lui dit: Sire tout est prêt, le capitaine vous attend. 11 se retira, persuadé (jue le départ aurait lieu immédiatement.

Cependant, nn intervalle assez long s’écoulait; le général, s’adrc'ssant au Grand Maréchal, le pressa d’instruire eneoi'o une l'ois Sa Majesté dc's dang('rs (pi’entraîuait un plus long retard.

Au moment oii b' comte Bertrand allait réitérer ce dernier avis, i\a[)oléon, entendant le monvenieut des allées (d des venues, frappépar le bruit des sanglots (d des gémissements (pie la douleur arrachait au.\ jiersonnesipu ne pouvaient l’accompagner, soit ipi’il cédât à l’impression de tristesse manifesUd' anionr de lui, soit (pi’il craignît de se mettre à la imn-ci d’nn é(piipage étranger ou (ju’il se déliât du succi'S d'une tenlativi; aussi aventul'Ciisi', chargea le Giaiid Marécdial di' dir(> qu’il

LE MARÉCHAL HAVOÜT

renonçait à ce moyen de saint, et (ju’il passerait le reste de la nuit à Aix.

D’ailleurs, les sympathies de ses compagnons d’infortune pour la terre d’Angleterre, l’espoir d’une honorable réception qu’ils se Hat (aient d’y obtenir, enlin la crainte d’être faits prisonniers dans une traversée de long cours, leur avaient toujours fait préférer l’hospitalité anglaise à un passage en Amérique.

L’un des personnages placés jadis dans les conseils intimes de l’Empereur s’était même adressé au général Beker, pour l’engager à conseiller à Sa Majesté « de renoncer à tous ces moyens pré' « caires d’évasion, et de s’abandonner à la géné- « rosité du régent de la Grande-Bretagne. Il « ajouta que le peuple anglais serait sans doute « llalté de posséder sur son sol le plus noble de « ses ennemis, et raccueillerait avec tous les « honneurs dus à son nom ». Le comte Beker rejeta vivement une proposition qu’il n’approuvait pas, et qui; s’il l’eût accepté, l’eût fait sortir du rôle de neutralité passive qu’il avait adopté pour règle de conduite: il se serait reproché toute inlluence, quel(|u’indirecte qu’elle pût être, sur les décisions de Sa Majesté l’Empereur.

14 juillet.

Le jour allait paraître: l’instant propice à la

C 0 li li !•: s 1* 0 .N D A N CK I N E DITE

fuite avait passé. Les négociations furent alors renouées avec l’amiral anglais. 11 fut arrêté de nouveau que le comte Las Cases et le général Lallemand se rendraient, en parlementaires, à la station ennemie, « pour connaître la réponse aux « ouvertures déjà faites par les premiers plénipo- « tentiaires, relatives à l’admission de l’Empereur « et de sa suite en Angleterre. On ne doutait pas a que raccueil ne fût conforme au rang de celui « qui sollicitait un asile, et digne de la grande « nation à kupielle le nouveau Tliémistocle de- « mandait l’hospitalité. »

Les deux envoyés, partis à quatre heures du matin, étaient de retour à midi et rendaient compte à l’Empereur du résultat de leur mission. Le capitaine Maitland, commandant le Belléroi^hon, « avait reçu des ordres de son Gouvernement « d’ajjrès lesquels il était autorisé à accueillir « ÎNapoléon et sa suite, si la demande lui en était « faite, et à le traiter avec tout le respect et tous « les égards dus au rang (ju’il avait occupé; mais « il ne garantissait pas à Sa Majesté l’envoi des « saufs-conduits pour son passage de l’Angleterre « aux États-Unis. »

Les termes de ce rapport n’étaient pas de nature à rassurer complètement sur les dispositions du cabinet de Saint-James.

Un conseil fut convotpié immédiatement pour

discuter toutes les chances des partis qui restaient à prendre.

Une nouvelle proposition était soumise par le capitaine danois. Il pouvait encore cacher à son hord l’Empereur s’il se conliait à sa loyauté, avec une seule personne de sa suite, quel que fût son rang. 11 promettait de les soustraire aux investigations des Anglais. Le général Lallemand « pres- « sait Sa Majesté de ne consulter que son salut « personnel, de choisir autour d’elle celui qui lui « inspirerait le plus de confiance; si elle l’hono- « rait de son choix, il lui servirait de secrétaire, « de valet de chambre ».

Mais les mêmes motifs qui avaient fait renoncer Napoléon aux tentatives de la nuit précédente parurent agir sur son esprit, et il rejeta encore cette dernière voie do salut.

11 ne restait plus qu’à invoquer la générosité anglaise, et à réclamer au foyer hritannique un asile que toute nation eût dû être fière d’ofirir. Il devait appartenir à l’Angleterre de ressusciter la foi punique.

Ce fut sous l’empire d’un sentiment de loyauté et de confiance que, la veille. Napoléon écrivait au prince régent cette lettre suhlime que ses ennemis devaient admirer, mais qui ne devait pas modifier leur politique inllexihle.

CORIÎESPONDANCE INEDITE

LErriiE DE NAPOLÉON AU PRINCE RÉGENT.

Rochefort, le 13 juillel 1813.

Altesse Royale,

En butte aux factions qui divisent mou pays, et à l’inimitié des plus grandes puissances de l’Europe, j’ai terminé ma carrière politique, et je viens, comme Thémistocle, m’asseoir au foyer du peuple britannique.

Je me mets sous la protection de ses lois, que je réclame de Votre Altesse Royale, comme celle du plus puissant, du plus constant et du ])lus généreux de mes enne.Tiis.

Signé: Napoléo.n

A (juatre heures du soir, le couitede Las Cases, accoinpagiié du général Ciourgaud, portait, cette lettre à bord du Belléyophon el anuouçait au cajiitaiue Maitland l’arrivée d(‘ rLiupereur, ([iii, le leudeuiaiu, devait se luellre sous sa protection.

Malgré sa répuguauce àse livrer à sou eiineuii le plus acharné, malgré la perspective d’un sinisire avenir, Napoléon préféra ce dernier parti à tous les moyens secondaires, ((ui pouvaient présenter quelques chances de succès.

S’il avait voulu se dégager de sa iiomhreuse! suite pour monter la Bayadère, avec deux ou trois ofliciers seulement, ou se coulier aux neutres américains (d danois, il est probable qu’il serait parvenu à s’échapper. Déjà, durant sou

séjour à la Malinaison, il avait refusé l’offre que le Miuislre de la uiariue, M. le duc Decrès, était venu lui soumettre,' au iioiii d’un capitaine américain dont le navire, en partance au Havre, l’aurait conduit aux Etats-Unis. Mais alors son abdication élait (rop récente, il conservait toujours l’espoir d’une meilleure fortune.

Toutes ces tentatives amenaient, il est vrai, le grave inconvénient de le priver des avantages attachés à sa magnanime résolution, s’il lut tombé au pouvoir de reimemi, avant d’atteindre l’Amérique. Ce n’est qu’après avoir pesé tous les moyens d’évasion proposés jusqu’au dernier moment qu’il s’est enfin livré à la merci des Anglais.

Devant Ini, s’ouvrait aussi, depuis son abdication, tout le vaste champ d’une guerre civile. Il connaissait toute la puissance de son nom sur les populations. 11 aurait pu, jusqu’à la lin, rentrer dans l’intérieur des terres, accourir à l’armée de la Loire, appeler à lui tous les régiments disséminés dans cette partie de la France. Sa voix ne serait pas restée sans écho; les cœurs eussent encore tressailli à ses nobles accents, et une lutte, dont l’issue et la durée étaient incertaines pour ses adversaires, eût pu s’engager sur ce terrain.

Mais toujours Napoléon recula devant les guerres intestines ; jamais il ne consentit à être pour son pays un élément de discorde. Il a voulu

CORRESPONDANCE INÉDITE

donner Ini-inèine à la France et à l’Europe un téinoi<^nage éclatant de sa renonciation aux alfaires pul)li([ues et de son désintéressement, dans ces belles paroles qu’il adressa au général Beker, la veille de son déj)art, en lui faisant remettre la copie de sa lettre an Prince Régent d’Angleterre :

Puisque je suis un obstacle à la paix de l’Europe, je ne puis lui donner une plus grande preuve de ma condescendance à ses désirs, ([u’en me livrant à la puissance qui dirige la politi(|ue du continent.

C’est à la postérité (ju’appartient désormais le jugementde la conduite des Souverains envers la France. — En continuant la spoliation de notre patrie, ils seront condamnés parleurs propres manifestes; et les monuments lnstori(iues que ces grandes catastrophes transmettront aux générations à venir tixeront l’opinion des siècles futurs sur la grandeur de mes entreprises.

Que la |)aix de l’Europe devienne donc le gage de ma renonciation au trône de France. Que l'Empereur Alexandre soutienne ce caractère de grandeur et de magnanimité ([ui le distingue dans les circonstances mémorables de son règne ; (pi’il n’oublie pas (pie, dans la position où se trouve l’Europe, le repos de la Russie dépend delà conservation de l’ancienne France; enfin que les Souverains ipii règlent maintenant le sort des nations remplissent leurs engagements, et mes vœux seront accomplis.

Napoléon termina en annonçant au général l’intention de (piitter l’ile le lendemain, à la pointe du jour.

LE iMAliÉCIlAL DAVOUT

En consoqiioncp, lo coinl.e Bokor transmit ses ordres au capitaine Philibert, et 'lui enjoignit 'de mettre, à riieure désignée, le|brick VÊpervier état de recevoir l’Empereur et sa suite.

15 juillet.

Des l’aurore, le commandant des frégates instruisait, eu ces termes, le comte lieker^de l’exécution des disjjositions arrêtées.

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