LE CAPITAINE PHILIBERT AU GÉNÉRAL BEKER
Saal, rade de t'île d’Aix, le 15 juillet 1815.
Mou Général,
J’ai riioiuieur de vous adresser la lettre que je viens de recevoir du préfet inaritinie.
Je vous prie de la communiquer sur-le-cliamp à l’Empereur, qui verra combien il est urgent qu’il ne perde pas une minute pour s'embarquer. J’ai ordonné toutes les dispositions nécessaires pour cela, tant pour le brick que pour les embarcations qui sont rendues à terre.
Le Capitaine de vaisseau,
Commandant philibiîrt.
/■*. S. Je vous prie de me renvoyer par l’officier porteur la lettre du Préfet.
Le soleil du 15 juillet se leva enfin pour éclairer le dernier jour de l’existence politique de l’Empereur. A trois heures du matin, les voiles de r Epervier déployées en face de l’île.
CORRESPONDANCE INEDITE
Napoléon, coiffé du petit cliaj)eau, revêtu de l’habit vert de colonel des chasseurs de la ^arde impériale, l’épée au côté, entra dans le canot, suivi de tous ses ofllciers eu grand uniforme, et bientôt après on atteignit le brick.
Le général Heker, qui l’avait accompagné jusque sur le j)ont du bâtiment, s’approcha de lui et lui demanda respectueusement si Sa Majesté désirait qu’il la suivît jusqu’au Belléropbon confo rmément aux instructions du Gouvernement . Dans ce moment suprême, l’Empereur, dont l’infortune n’avait pu altérer la sagacité et la [)rofondeur d’esprit, (pii, au mili('u de ses malheurs, veillait à la gloire de la France, répondit vivement :
N’en faites rien, Général, on no manquerait pas de dire que vous m’avez livré aux Anglais. Gomme c’est de mon propre mouvement (pie je me rends à bord de leur escadre, je ne veux pas laisser peser sur la France le soupçon d’un tel alfront.
Ce nouveau trait de grandeur d’àme ne permit pas au comte Deker de proférer une seule parole, il fondit en larmes. En cet instant, l’Empereur, empressé de lui donner un témoignage public de sa haute satisfaction pour la noblesse de sa conduite à son égard, lui dit :
Embrassez-moi, Général, je vous remercie de tous
les soins que vous avez pris de moi ; je regrette de ne pas vous avoir connu plutôt d’une manière aussi particulière, je vous aurais attaché à ma personne. Embrassez-moi, Général, adieu.
Les sanglots étoulTaiont la voix de celui qui, en étreignant dans ses bras son illustre. Souverain qu’il ne devait plus revoir, ne put laisser échapper que ces mots : Adieu, Sire soyez plus heureux que nous.
Tous les témoins de cette scène déchirante, où le général Beker recevait la dernière accolade du grand hommo, versaient des larmes ; l’Empereur seul demeurait calme et impassible dans ce choc de toutes les adversités.
Plongé dans l’aflliction, le comte Beker quitta le brick et se dirigea vers la Saal, pour y attendre le retour du bâtiment et connaître la réception faite à Napoléon à bord du vaisseau de la Grande- Bretagne.
Du haut de la frégate, ses yeux suivaient dans le lointain les traces du navire qui portait tant de grandeur et d’infortune.
Après quelques heures d’attente, il vit revenir le brick, et reçut du Grand Maréchal comte Bertrand une lettre qui l’instruisit de l’accueil fait à Sa Majesté.
COHUESPOMDANCE INÉDITE