LE MARÉCHAL DA VOLT
A MONSIEUR LE CHEF D’ESCADRON SAUNIER; COMMANDANT LA FORCE PUBLIQUE AU TROISIÈME CORPS.
Au quartier général à Varsovie, le 25 mai 1808.
ETAT-MAJOR-GÉNËRAL.
3“" corps de la
Grande Armée Copie
A SON ALTESSE SÉRÉNISSIME MONSEIGNEUR LE PRINCE ALEXANDRE, VICE-CONNÉTABLE, MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE.
Monseigneur,
J’ai riionneur de rendre compte à Votre Altesse que le chef d’escadron Saunier, commandant la gendarmerie au troisième corps, m’ayant fait connaître les ordres qn’il a reçus de Son Excellence le Ministre de la guerre, de se rendre sur le champ et en poste à Florence pour y prendre le commandement de la légion de gendarmerie de la Toscane, j’ai cru devoir ordonner à cet ofiicier supérieur de suspendre l’exécution de cet ordre jusqu’à ce que j’aie pris ceux de votre Altesse. J’adresse à Son Excellence le Ministre de la guerre copie de la lettre que j’ai l’honneur de vous écrii’e, afin qu’il soit convaincu que le bien du service seul a pu me rendre formaliste dans cette circonstance. D’après les dispositions de l’ordre général de la Grande Armée du 16 août 1807 portant que Sa Majesté continue à commander sa Grande Armée et quii’ègle le mode à suivre dans la correspondance avec votre Altesse comme Major général pour tout ce qui regarde le service de la Grande
CORUESPONDAXCP] LNKDITE
Armée et avec Son Excellence le Ministre de la guerre en ce qui concerne son ministère, j’ai dû penser que tous les ordres de mouvements relatifs à des 'corps de troupes ou même à des individus devaient m’être transmis par votre Altesse, alin d’éviter toute espèce de malentendu. Eu elïet, déjà le général de brigade Cassagne, (pii avait des lettres de service pour ce corps d’armée, eu est parti il y a quebpies mois pour passer à l’armée de Portugal sur un ordre direct de Son Excellence le Ministre de la guerre, sans que j’en aie été prévenu autrement ((ue par cet otlicier au moment de sou départ; il en est résulté ipie Votre Altesse, devant croire le général Cassagne toujours employé au troisième corps, lui a adressé, ici, la lettre d’avis de la dotation qu’il avait plu à Sa Majesté de lui accorder, tandis qu’il devait être déjà rendu à sa nouvelle destination.
Quel(|ue fondés qn’eu.ssent jmêtre mes motifs de différer alors l’exécution des ordres de Son Excellence, je m’en étais abstenu comme je l’eusse fait encore à l’égard du chef d’escadron Saunier si, dans cette dernière circonstance, je n’avais considéré le jilus grand bien du service de Sa Majesté et ipie les mêmes motifs d’utilité ne se présemtaient pas avec la même foi'ce dans le premier cas cité ; niais, dans l’espèce [irésente. Votre Altesse', ([ui connaitee pays, ne peut mampier d’être convaincue (pi’iln’y a aucun fond à faire sur la [lolice (jui y est établie.
A notre arrivée dans le duché, après la paix de Tilsitt, nous avons eu à éprouver tous les inconvénients de sa mauvaise composition. 11 existait dans cette grande ville des bandes de voleurs autorisés sous l’ancienne police prussienne et contre lescjuelles la nouvelle police du duché n’avait su prendre aucune nu'sure efficace.
Lü iMAltKCIIAL DAVOUT
Quelque bonne volonté que l’on puisse accorder à ceux (|ui se mêlent de la nouvelle police du duché, on ne peut se dissimuler qu’ils n’y entendent rien, aussi la plupart desolliciers ont-ils été presqu’entièrement dévalisés dans leurs logements ; je dus doue créer une police militaire, que je lis diriger par le clicf d'escadron Saunier. Par son zèle, son intelligence et l’cflicacité de ses mesures, il est parvenu à nous débarrasser de ces hordes de voleurs ; il s’est rendu de la plus grande utilité, non seulement dans cette partie, mais je ne pourrais le remplacer pour la police étrangère; il a une excellente tête et voit bien ; il me tient au courant de tout ce qui sc passe au delà des frontières étrangères, il est instruit de l’arrivée de tous les voyageurs, des motifs qui les amènent dans le duché, de ce (judls rapportent, des bruits epu circulent, et généralement de tout ce qu'il peut être important de savoir.
L’événement m'a toujours justifié l’exactitude de ses rapports ; il les communique également àM. le Résident (nom illisible), qui en est tout aussi satisfait que moi.
Les rapports de la police polonaise, au contraire, étaient toujours auparavant ou fabriqués, ou exagérés, ou même dictés par l’esprit départi, et devenaient en quelque sorte plus nuisibles ([u’utiles. Le peu de fonds qu’il m’en coûte pour les opérations que dirige le chef d’escadron Saunier fait autant d’honneur à sa délicatesse qu’à son intelligence.
J’ai l’honneur d’observer à Votre Altesse que cet officier supérieur, qui est employé depuis trois ans à ce corps d’armée, ne s’y est pas rendu recommandable seulement dans le genre de service particulier à son arme, mais encore comme homme de guerre ; il a assisté à toutes les batailles et affaires de ce corps d’armée et j’ai
CORRESPONDANCE INÉDITE
eu toujours à me louer de sa conduite distinguée. Quoique le bien du service de Sa Majesté m’engage .à prier Votre Altesse de prendre eu considération les observations (jue j’ai riionncnr de lui soumettre et de faire révoquer les ordres donnés par Son Excellence le Ministre de la guerre au chef d’escadron Saunier, je regretterais que la nécessité m’eût forcé à cette démarche s’il devait par là perdre l’avaiicetncnt (pt’d paraît avoir obtenu, avancement dont il s’est rendu digne sous tous les rapports etcjue j’ai moi-même plusieurs fois sollicité pour lui.
Je conclus par prier Votre Altesse, pour le bien du service de Sa Majesté, d’obtenir ([ue le chef d’escadron Saunier reste employé au corps avec le grade de colonel, aïKjuel il paraît (pi’il vient d’être promu ])Our commander une légion de son armée en Toscane ; il se passerait bien du temps avant (jii’il pût rendre à Florence les services (ju'il rend ici journellement et ([ui font de lui un des officiers de l'armée le plus utile au bien du service de Sa Majesté.
Signé : L. Davol’T.
Pour copie conforme, le Général chef de l'État-Major par intérim.
IIeuvo.
Le H juin 1809.
J'ai appris avec bien du plaisir, mou cher Colonel, voire arrivée à Vienne.
Je vais écrire à l’Empereur pour mettre sous les yeux de Sa Majesté vos bons services. Vous ne pouvez
LE .MARECHAL UAYOUT
pas douter, mon cher Colonel, du vif désir que j’ai de vous conserver dans le corps d'armée sous mes ordres.
Recevez, mon cher Colonel,
l’assurance de mon estime.
Duc d’Auerstaedt
Je vous envoie, mon cher Colonel, une lettre du Ministre de la guerre qui sul'lira sans doute pour lever toutes les tracasseries que vous éprouvez pour toucher votre traitement de colonel du jour de la date de votre nomination. J’y ajoute un certificat qui prouve que c’est par mon ordre que vous êtes resté d’abord au 3® corps et ensuite à Varsovie comme commandant de cette ville où vous avez rendu les plus grands services.
Je serai toujours prêt à vous rendre dans toutes les occasions la justice (jue vous méritez.
Roineuf m’a communiijué une lettre de vous. Soyez tramjuille, je n’oublierai pas vos intérêts près de Sa Majesté, et je lui exposerai vos justes prétentions à ce que vous désirez.
Je vous salue affectueusement.
Duc d’Avjerstaedt.
Kitsée, le 18 juin 1809.
A mon quartier général à Kitsée, le 18 juin 1809.
Certificat.
Je certifie que c’estpar mon ordre, en date du 16 mai 1808, quemonsieurle colonel Saunier, récemment nommé à ce grade, est resté au S' corps d’armée dans le grand duché de Varsovie, où il u’a cessé de rendre les services les plus importants; et, qu’au moment de mon dé-
CORRESPONDANCE INEDITE
part de Varsovie, S. A. le prince Poniatowski m’ayant à plusieurs reprises demandé de laisser cet officier pour commandant à Varsovie, je lui en ai donné l’ordre en conséquence dmiuel il y est resté et y a servi de la manière la plus honorable et la plus utile, y a fait aimer et estimer le nom français, et y a mérité le suffrage universel par sa très bonne conduite.
Ces ordres ont été connus de Sa Majesté et ont eu son approbation.
Le Maréchal d’Empirc,
Duc d’Auerstaedt.
Custrin, le 3 février 1813.
Devant partir incessamment pour porter mon quartier général à Magdebourg, je vous invite, mon cher Général, à partir le plus tôt possible pour vous y rendre aussi ; vous attendrez là le congé quej’ai demandé pour vous à S. A. 1. le vice roi d’Italie.
Amitié.
Le M*»' Duc d’Auerstaedt,
Prince d’Eck.muiil.