‹ Le Maréchal Davout, Prince d'EckmühlChapitre 9 sur 63 · Les Mameluks · texte numérisé non relu

Les Mameluks

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l’exercice. Ces hommes à cheval, ayant perdu par les feux près de loO hommes, se sont sauvés dans toutes les directions à toute bride. Comme il faisait encore un peu jour, ou en a profité pour tomber sur le rassemblement à pied ; l,o00 ont été hachés. Un village où nous avons passé ayant fait feu sur nous, tout ce qu’on y a trouvé a été passé au fil de l’épée-, là, près de bOO malheureux ont été les victimes des mauvais conseils de leurs chefs. On avait persuadé à ces misérables que Mourad allait nous prendre de front, qu’il fallait qu’ils nous attaquassent par derrière, que personne de nous n’échapperait, (jn’d n’y avait plus que nous en Égypte, vous. Général, ayant été pris au Caire par les Turcs. »

On ne saurait le répéter assez; la guerre est horrilile. Desaix, exalté par tous, et à bon droit, n’écrivait-il pas, le 22 décembre 1793, à la Convention nationale en rendant compte, de Niederbronn, d’une bataille qui venait d’être livrée : « On ne s’est déterminé à faire des prisonniers que lorsqu’on a été fatigué de tuer! »

En revenant à l’Égypte, nous trouverons Desaix disant au général Zayonscheck et an cliel'd’Estrée: « Le général Davout dissipera facilement les ennemis (pii sont rassemblés dans sa jirovince. »

Au second il écrit : « Je regrette beaucoup que le général Davout ne soit pas arrivé plus t(jt à Minieh pour vous secourir... mais les commissionnaires craignent d’èti-e surpris par rennenii et

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n’üsciil se mellre cii route... Mahmoud, chassé et terrassé par le général Davout, a été contraint à descendre. »

Au général Davout, le 14 floréal an YII, Desaix écrit :

Si le général Zayonscheck a reçu le renfort dont vous me parlez, il pourrait sans autre secours battre tout (mots illisibles), mais, quoi qu’il en soit, je préfère que vous soyez là-bas et je me persuade que vous y êtes arrivé. Ne négligez rien pour expédier complètement tous nos ennemis et revenir de nos côtés. Je ne vous donne à ce sujet aucune instruction ne connaissant pas les circonstances qui doivent déterminer ce que vous aurez à faire.

Vous avez bien fait de brûler les villages de Thalé, mais à l’avenir il faudra, autant que possible, s’assurer des chefs de la révolte et leur couper la tête. Une fols les grosses têtes abattues, les petites ne bougent plus; quand un village se soulèvera, il faudra punir lecheick plutôt que le reste des habitants.

De Thata, le 15 floréal, Desaix répète à l’adjudant Rabasse :

« J’espère que le général Davout, que je vous prie de féliciter de ma part sur ses succès, punira sévèrement les rebelles daiis les personnes de leurs chefs, qu’il ne faut négliger de faire arrêter et de leur faire tomber la tête. Le reste des paysans ne sont que des machines sans intelligence qu’on fait agir à volonté; ils ne peuvent rien faire d’eux-mêmes. Les habitants sont dans la

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plus grande tranquillité, ils se souviennent des leçons que leur a données le général Davout. »

Aux chefs d’Estrée, Silly, au général Morand, il redit la prise du village d’xVhou-Girgeli, l’écrasement des habitants qui s’étaient soulevés.

De Tatah, le 17 lloréal , Desaix écrit au chet d’Estrée (ju’il doit conlinuer d’écrire au général Davout, ({ui, lui, sans cesse en mouvement, doit être moins disposé à écrire.

Desaix enjoint à d’Estrée de prendre comme otage un enfant ou un proche parent des rebelles et de les menacer de leur envoyer la tète de cet ôtage s’ils n’obéissent pas. « Ce moyen est le plus eflicace », dit « le Sultan juste ». La guerre est une horrible chose et le devoir impérieux du chef est de préserver ses soldats. Redisons en soupirant avec le grand Shakespeare : « Celui qui ménage les assassins devient lui-même assassin ! »

Au commandant Poussielgue, le 18 lloréal, de Tatah, Desaix écrit encore :

Le général Davout a détruit le village de Iténéahdi, le plus riche et le plus dangereux de l’Egypte par ses ressources et sa population ; il s’était soulevé et devait être le point de ralliement des Mameloucks et des Arabes. Il y a près de 3,000 habitants de tués, parmi lesquels (pielqucs Mameloucks.

« D’Estrée a été attaqué à minuit par des Mamelouks, Méquins et paysans réunis ; il a soutenu pendant trois

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jours, avec une poignée de monde, les attaques de cette foule d'ennemis. Le général Davout est arrivé la troisième journée et leur a fait prendre la fuite.

Le général Davout est descendu à Bénésouef pour donner la chasse au reste des Méquins et autres enne- l‘ mis. En descendant il a écrasé le village d’Abou-Girgeh, qui avait pris les armes et refusé des vivres. Cet exemple de sévérité en imposera enfin à ces imbéciles d’habitants que les bons traitements n’ont pu corriger.

Mais voici que le général Dugua, inquiet | pour la Basse-Egypte, appelle Davout. Desaix, / mécontent de cet éloignement, écrit au général Dugua « son regret que le général Davout ait été si prompt à se rendre à son appel. Si les Arabes remontaient, comment les repousser sans grands moyens? » L’encre de ces cahiers, hélas! pâlie, * m’a seulement laissé lire le nom de Davout et | deviner un grand mécontentement. Au général Zayonscheck, il exprime son déplaisir que le général Davout se soit éloigné si promptement de lui. ' Il espère que, les ennemis refoulés et après son : arrivée au Caire, il songera à rejoindre. J’ai pu démêler en ces pages effacées que trois colonnes 1^ devaient harceler les Mameloucks et les rejeter i" dans le désert; mais le général Davout, qui com- I* mande une colonne mohile, a suivi son idée à lui, et non pas le plan de Desaix, lequel envoie au gé- P'fi néral en chef un rapport témoignant d’une réelle ®

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aigreur, autant qu’il m’a été possible do déchiffrer ces caractères effacés par le temps, et une lettre assez violente adressée au général Davout et terminée par ces mots : « Revenez vite nous joindre , et souvenez-vous que vous m’appartenez. »

Plus loin il pricd’Estrée de lui procurer des nouvelles de Davout : « Yousne doutez pas que je serai bien aise d’en avoir et qu’elles me sont même nécessaii'es. N’épargnez lien pour en obtenir. » A d’autres encore, Desaix parle de Davout, le réclame; s’il revenait, il chasserait le reste des ennemis. Que se passa-t-il entre ces deux généraux? les caliiers n’en disent rien, mais le malentendu qui divisait deux hommes de cette trempe ne pouvait durer. De Siout, le 20 floréal, Desai.x dit à d’Estrée : « Je reçois avec plaisir de vos nouvelles et j’en attendais avec grande impatience. D’après ce (jue Davout m’annonce, il paraît (|ue tout va bien de ce côté-là et que le pays est en paix. Quand il vous a conseillé de faire un fort, il avait la plus grande raison, mais il s’est mat cxpli([ué. » Ici, le général entre dans des détails : « Une forteresse demanderait trop de temps et d’argent, mais il est indispensable de mettre la caserne à l’aliri d’un coup do main ». Desaix songe à tout, s’occupe des Tnanccs, do l'administration, même du zodiaque le Dendcrab, comme le maréchal DaA'out, cornnandant en chef, le fera un jour.

A Zayonsclick il écrit, le 2Glloréal : « Je suis très i inquiet depuis que je sais que le général Davout vous a si promptement abandonné. J’aurais bien voulu qu’il pût nous purger de tout ce qu’il y a de mauvais dans vos cantons, soit arabes, soitMameloucks, soit Méquins, mais j’espère qu’il reviendra de vos côtés et vous donnera secours en cas de besoin. »

Le 29 floréal, le général Desaix félicite le général Zayonsclieck de ses succès, lui développe ses plans : « Quand le général Davout remontera, alors nous nous concerterons ensemble pour employer nos forces 'chacun de nos côtés, pour battre et détruire ce ramas de voleurs. »

La veille, le 28 lloréal, Desaix écrivait de Siout à Davout :

Nous avons reçu de vos nouvelles avec bien du plaisir, mon général. Nous en attendions avec impatience. Nous espérons que vous nous donnerez des détails sur la situation du Caire et de la Basse-Égypte et que vous nous apprendrez que l'on peut respirer un moment.

Je commence à n’être plus en si grande colère contre vous, puisque vous promettez de revenir. A votre retour apportez-nous (mot illisible) et des rechanges d’artillerie.

Il paraît que toutes les tribus d’Arabes de ce pays sont pleines de Mameloucks. J’attends des rapports pour leur donner la chasse.

On sent sous chaque parole la joie de Desaix :

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Davout revient, tout marchera ! Le 26 germinal an VIT, nous trouvons cette lettre à l’adresse de Davout: « J’ai reçu votre lettre, mon cher général, je sais que vous étiez le27 àSoulagni... Vous commandez la province de Siout ». A dater de ce jour toutes les lettres commencent par : mon cher général. Sans doute Desaix avait reconnu que son lieutenant avait sagement agi en suivant ses succès, non par esprit de désobéissance, mais pour le plus grand bien de tous.

Desaix ne croit plus aux Mameloucks , mais engage Davout à ne poursuivre qu’un ennemi à la fois et voudrait lui voir détruire les derniers Méquins. Cependant désormais il ne commando plus à son lieutenant, il le conseille et le consulte. En cette même lettre nous lisons : « Si ce que je vous annonce sur le peu de Mameloucks est vrai, il est inutile de leur donner une chasse, il vaut mieux s’attacher aux masses. »

En dépit de sa première opinion, Desaix, qui reprochait à son lieutenant de tant s’occuper des Mameloucks, avait fini ])ar y croire, puis(jue, le 17 mars 1799, il écrivait au général Bonaparte : « Ils sont comme l’hydre de Lerne, à mesure qu’on leur coupe une tète il en renaît une autre. » Il dit enfin à Davout :

« Employez tous les moyens possibles pour avoir de vrais reuseignements sur les manœuvres des Marne-

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loucks, savoir d’où ils tirent leurs ressources et leur nombre.

Je ne vous dirai pas ce que vous avez à faire, puisque vous devez agir selon les circonstances et de la manière que vous jugerez la plus avantageuse; mais je vous recommande devons informer auprès des clieicks, qui, dans le pays où vous êtes, sont les plus attachés aux Mameloucks, qui les reçoivent et les servent en leur fournissant ce (jui leur est nécessaire. Vous les traiterez avec rigueur en les menaçant des plus sévères châtiments s’ils continuent leurs liaisons avec nos ennemis...

On ne pense pas ici que Mourad-Bey descende de l’oasis. Je ne le crois pas non plus, mais, quoi qu’il en soit, faites vos dispositions en conséquence. S’il vient, tâchez de le joindre et de le battre; vous vous attacherez particulièrement â lui.

Desaix recommande à Davout de se tenir en garde contre les faux rapports qui sont venus troubler ses propres résolutions.

En vérité cette longue lettre, dont nous avons transcrit les passages intéressants, nous semble la lettre d’un ami à un ami auquel il parle des événements qui le préoccupent, plus que la lettre d’un chef à un subordonné.

Davout est bien l’élève de Desaix, même besoin de se renseigner, même crainte de se montrer injuste, même sévérité dans le service.

Desaix écrit au clief Silly : « Le général Davout, qui se dispose à faire quelques mouvements, me

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mande, mon cher Silly, qu’en son absence il vous a remis le commandement de la province; il ne pouvait faire un meilleur choix, je vous en félicite. »

Le 1'^'' floréal, nous trouvons une lettre adressée au général Davout.

Je vous le répète, mon cher général, n’écoutez point les contes que l’on vous fait sur les Méquins et les Mameloiicks dans le pays où vous êtes. Je vous en conjure à mains jointes.

Je vous le répète et vous le ré[)éterai mille fois, attachez-vous aux Méquins et ne les (pjiitez pas (ju’ils ne soient tous détruits. J’aime mieux (juc l’on tue un Mé- (piin ([UC oO Mamelouks. Souvenez-vous (|ue les tro- [ihées de cette campagne sont la mort du dernier des fanati([ues. Laissez-là tous les Mamelouks du monde et tous les rassemhlements imaginables et courez sur les Mé(juins dans tel point qu’ils se trouvent. Je ne crois pas, en un mot, les rapports que l'on vous a faits; j’en ai reçu d’ElIouak ce matin et l’on assure que Mourad- Bey y est toujours.

Les rapports du général Davout étaient cependant exacts et bientôt il devait se battre corps à corps avec Mourad, écraser tous ceux ({ui se mesuraient à lui, et on voit Desaix, l’oreille tendue vers son lieutenant, parler de lui, réclamer de ses nouvelles à tous, recommander de l’aider. Desaix savait (ju’il faut préparer le succès si on veut robtenir.

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Avant do nous séparer de ces cahiers, qui se terminent au 8 iloréal de l’an YII, nous copierons d’abord cette plirase adressée à Davout : « Je vous félicite bien sincèrement sur cet avantage, on ne peut plus essentiel dans ce pays. Il y a longtemps que les environs de Siout avaient besoin d’une punition exemplaire. C’est vous qui la leur avez donnée, j’en suis enchanté. »

Avec une joie toute militaire, Desaix écrit au général Belliard :

Le 29 du mois dernier, le général Davout, qui s’était porté à la hauteur de Bénéahdi pour s’opposer au passage de Mourad, que l’on disait devoir descendre de l'oasis, a trouvé les habitants de ce village en révolte. L’alïairc a commencé à 7 heures du matin et a Uni à 9 heures du soir. Il a fallu prendre maison par maison (jui étaient défendues, et ensuite abandonnées par nos troupes (]ui y mettaient le feu.

Au capitaine Gressin encore, le général Desaix répète : « Nous n’avons rien de nouveau ici depuis l’affaire glorieuse du général Davout à Bénéahdi. » Desaix était un trop grand soldat ponr jalouser la gloire de personne, en ceci encore Davout, son élève, lui ressemblait. Après avoir de nouveau remercié M. Richard Desaix d’une si précieuse communication, nous donnerons une lettre du général Davout revenu d’Egypte

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avec Desaix, qu’il refusa de quitter jusqu’à la glorieuse mort de ce dernier. Celte lettre termine dignement cette rapide es(|uisse du séjour en Égypte des deux illustres soldats.

Au Lazaret de Toulon, le 10 Floréal, an Vin de la République.

LE GÉ."JÉn.LL DE BRIGADE DAVOUT AU MINISTRE DE LA GUERRE.

Citoyen ministre,

J’ai riioimenr de vous annoncer mon arrivée : ma santé étant très dérangée, j’ai, avec le con.sentement du général Kléber, prolité du dé[)art d’Egypte du général Uesaix pour me rendre en France, oii nous sommes arrivés après quelques événements dont le général Desaix a dû vous donner connaissance.

J’espère ([ue cette seconde ([uarantaine que l’on nous fait faire achèvera de me rétablir, mais, dans tous les cas, si le gouvernement m’employe, je ne consulterai pas mes forces, mais mon zèle et mon Devoir et je m’empresserai de me rendre à la destination que vous me donnerez.

Salut et respect,

F^, Davout.

1. Encore une fois constatons en ce nouveau volume que L. Davout écrit toujours Devoir avec un gran 1 D.

De 1806 à 4 811

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