‹ Le Maréchal Davout, Prince d'EckmühlChapitre 8 sur 63 · CHASSEURS · texte numérisé non relu

CHASSEURS

J’ai reçu, citoyen, votre lettre et la lettre de service que je vous avais adressée pour le 3™® de cavalerie.

Je me ferai un plaisir de soumettre votre demande au général en chef et je vous instruirai de la décision.

Si je vous ai placé dans nn régiment de grosse cavalerie, c’est (pie je tenais heauconp à conserver à l’armée un bon et brave officier. Il n'y avait queceseul moyen, n’y ayant point de place de chef d’escadron vacante dans les troupes légères.

Je vous salue,

De 1790 à 1805

Dans le premier volume du « Maréchal Davout raconté ijar les siens et par lui-même », j’ai doimé ime rapide analyse du passage du général Davout eu Egypte; j’ai parlé avec enthousiasme de cette épopée de la jeunesse de mon père, se baüaut eu paladin, cherchant Mourad et peut-être le danger juscpi’au désert!

Je l’ai moulré, rapide comme l’ouragan, poursuivant les MéMpiiiis et les 3Iameloucks, fondant comme une tromhe sur la région où il était le moins attendu, et qu’il ne quittait que vaincue et soumise.

31. Donnai, dans son Histoire de Desaix, page 20(), après avoir raconté comment les Moghrehins Uaient venus renforcer Mourad. continue ainsi :

« Mais le général Davout accourant avec 2,000

LE MARÉCHAL HAVOUT

lioinmcs lie cavalerie, artillerie et infanterie, vint présenter le combat le 18 avril. 11 fnt accepté avec joie; mais ces liandes eurent beau créneler le village, tout fut emporté d’assaut et traité avec la dernière rigueur. Mourad put s’enfuir avec 200 des siens au fond du désert. Ce combat devait être le plus glorieux de l’expédition d’Égypte. »

Plusieurs fois encore l’auteur nomme Davout et dit :

« La convention d’El-Arych ne fut pas signée par Davout; comme Desaix, il regardait l’abandon de l’Egypte comme une faute capitale. »

Si l’Égypte n’eut point été abandonnée alors, l’histoire de l’Europe se serait montrée bien différente et une seconde France aurait fait la vieille France plus riche et plus forte. L’occasion perdue se retrouve rarement, et nous n’avons à nous occuper que des faits accomplis.

Visiblement M. Donnai n’a point exploré les curieux cahiers laissés par le général Desaix, et dont je dois la gracieuse communication à son neveu M. Richard Desaix. Je ne saurais assez le remercier de la joie profonde que je lui dois ; il m’a été permis, dans les deux ou trois cahiers qu’il a bien voulu me confier, de suivre les progrès de l’amitié que ces deux vaillants chefs conçurent l’un pour l’autre. Cette amitié fait grand honneur au général Desaix, car elle témoigne d’un rare esprit de

CORRESPONDANCE INÉDITE SI

justice: c’est après une désobéissance , le mot est impropre, après une initiative héroïque du général Davout, que Desaix, reconnaissant que son lieutenant avait eu raison d’obéir aux événements plus qu’à ses ordres, se prit pour lui d’une vive affection.

Fidèle à notre principe de laisser parler les documents cliaque fois que cela est chose possible, nous allons donner l’analyse des cahiers du général Desaix et la copie des plus intéressantes lettres se rapportant à mon père.

Je commencerai par un rapport de Desaix au général en chef, constatant l’abandon où il se trouvait. Ses troupes étant dispersées, il n’avait à oj)poser aux ennemis qui se réunissaient qu’une partie de ses forces :

« Mais le général Davout ne donna pas le temps à tous CCS projets de se réaliser; il marchait à la poursuite de l’ennemi à deux jours d’eux, et moi je le suivais de plus loin, alin, s’il leur prenait envie de faire leur crochet habituel, (ju’ils ne pussent pas nous échapper, et (|ue, soit (ju’ils montent ou qu’ils descendent, ils fussent vivement poursuivis.

Le général Davout arrivé à Siout se réunit à la garnison de cette ville et, laissant ce qu’il fallait pour garder nos établissements, il a marché contre Bénéahdi. Ce village, assez bien retranché, a fait une vigoureuse résistance; à la fm il a été forcé. Les habitants, au nombre de 3,000, ont presque tous péri.

Nous avons perdu à cette affaire le clieT... (six mots illisibles), 7 soldats et 46 blessés. Cet événement a fait une grande impression sur les gens du pays.

Le général Davout a marché avec sa troupe sur (nom illisible), à la poursuite des Mameloucks et des Méquins.

Dans une lettre adressée au général Davout Desaixdit : « Annoncez l’éyénementde Benéahdi : faites-le effroyable. >

Desaix est luen vraiment le maître de celui qui disait : « Répandez le bruit que je pends tout le monde, et je ne serai obligé de pendre personne '. »

Le général Desaix au chef d’Estrée.

Mandez que l'on a reçu le détail des trois combats dont on est satisfait.

Agir avec sévérité envers les rebelles : tâcher d’avoir quelques-uns des cheiks, les punir de mort et pendre les cadavres aux arbres avec défense d’y toucher sous peine de mort.

A coup sûr cet ordre que d’Estrée devait faire parvenir au général Davout était terrible. Pourquoi Desaix, loin d’être accusé de cruauté, a-t-il été

1. Se montrer terrible, afin d’intimider et de n’avoir point à user de violence, était tellement dans les coutumes du maréchal, que nous trouvons, à propos des troubles de Marseille, cet ordre, daté de 1815 et adressé au maréchal Rrune : « 11 faut étourdir toutes les tètes du même coup, c’est le seul moyen de les rappeler à la raison et au bon ordre. Pour atteindre le but désiré, il faut leur faire plus de peur que de mal, et eu suivant cette maxime on peut être sûr d’avance de la réussite.

COURESPOiNDANGE INÉDITE

appelé \q Sultan juste, etpourcjuoi a-t-on reproché à Davout d’avoir parfois imité son maître, alors que les dures lois de la guerre le lui commandaient?... L’histoire, étant éciâte par des hommes, est inconsé([uente comme les hommes... Un philosophe ajouterait que Uesaix n’a pas vécu assez longtemps pour lasser la patience de ceux (jue la louange d'un rival fatigue.

Louis Davout, qui avait beaucoup lu et beaucoup pensé, savait que « si tous les hommes sont bons, à leur intérêt près », ainsi (jue l’a dit un philosophe à esprit noir, l’intérêt stimule fortement la bonne volonté des meilleurs ; il écrivait donc au général Desaix, le 20 germinal , à si.x heures du soir :

Je viens de prendre connaissance de la lettre de Morand. Le clieick de Gosseir(nom (juasi illisible), qui est ici, en sera le porteur. Je préfère cette voie, craignant (jue le commissionnaire ne soit arrêté en route. Comme ce cheick s’est très bien comporté, je lui ai promis que vous lui feriez donner un reçu d’un cheval comme si son village l’avait donné; mais j’ai mis dans ma condition (ju’il fallait (jiie cette lettre vous parvînt demain au lever du soleil. Je vais partir dans une demi-heure. Je marcherai une partie de la nuit; demain je serai de bonne heure à Girgeh. Je vous ai parlé, dans une lettre (jue je vous ai écrite à mon arrivée ici, de Hassan-Bey, qui descendait ; la nouvelle paraît être vraie. Il doit être à cimj lieues d’ici dans la montagne. J’ai quelque

raison de croire que les Mameloiicks se sont donné un point de réunion du côté de Tatha, mais l’affaire de Aassan-Bey a tout dérangé.

Salut et respect,

Nous donnons la lettre du général Desaix au général Morand, tant elle semble témoigner de la façon dont Louis Davout avait su profiter des leçons do l’ami qu’il appelait volontiers : « son maître en l’art de la guerre. »

Siout, le 4 Prairial an VIL Le général Desaix au citoyen Morand

Je vois avec bien du plaisir, mon cher Morand, que tout va bien et très bien dans votre province et que la tranquillité y est parfaite, continuez de même. Pas de grâce à tous les hommes qui ont assassiné, de quelque tribu , de quelque religion, de quelque caste qu’ils soient.

Pas de grâce aux voleurs, justice sévère, alors tout ira tout seul et nous voyagerons comme en Europe, seuls et sans danger. Ici, cela va toujours bien. On a arrêté encore deux assassins ; on pend vivement les voleurs, on n’en laissera pas subsister un seul.

Gilly est sur la rive droite à Ghaïk-Selim, Lasalle à Calla, vous à Achanin, Ayoïit-Gaclif doit être pris au milieu de tout cela ; il ne peut être loin dans le désert. Qui aura la gloire de le prendre ? Avec quelques chameaux, quelques Arabes, on ira bien aisément les déterrer dans l’intérieur du désert.

CORRESPONDANCE INEDITE

Je vous recomiîiaiide bien la police, elle mérite toute votre atleiitioii. Je viens de faire un règlement que je veux, qui soit suivi et connu partout; vous le ferez écrire en arabe et l’enverrez dans tous les villages.

Tout cheik, dans l’arrondissement dmpiel il se trouvera un assassin ou un voleur (jui ne sera pas arrêté par sa négligence, sera tenu de payer comme amende G, 000 fr. Cette somme sera employée, un quart au remboursement des elFets volés ou à dédommager la famille du mort; un autre quart sera donné en gratification au cheick qui portera le coupable arrêté par lui; le reste sera le fond de la caisse particulière de police ([ui sera employée à récompenser les clieicks qui prendront les coupables aussitôt qu’ils les connaîtront et à payer les dépenses d’espions pour suivre les voleurs, et cette caisse sera à part et ne pourra avoir d’autres destinations.

Je ne pense dans ce moment qu’à la police ; c’est la partie laplus souffrante dans legouvernement d’Égypte, il faut lui donner le plus de soin. Il n’y a pas de sacrifice que je ne fisse pour retrouver' l’assassin du français qu’on a tué vers Boidy {?). Si vous réussissez à connaître l’auteur, vous me ferez le plus grand plaisir. Je suis content d’Aly de Fâchons, il a arrêté des Mamelouks. C’est bien, mais il ne vous a pas livré de voleurs. Vos Kaimacans sontnégligentssur cetarticle ; je vousl’ai déjà dit il y a trois jours, je vous le répète. Je veux ([Lie vous les pressiez fort ; ceux ([ue vous trouverez négligents, punissez-les. Je veux qu’on retrouve nos armes et chevaux volés. Tout homme (pii en aura, en ne les l’cstituant pas, sera traité de voleur ; faites punir un ou deux hommes dans ce cas : exemple de mort, mais avec ostentation et connu de tout le monde.

LE MARÉCHAL DAYOUT

Votre lettre du 3 prairial m’a fait plaisir. Je lirai vos renseignements avec intérêt. Vous savez combien je les regarde comme utiles. Je suis content de vous, seulement vous n’êtcs pas assez sévère, vous avez l'humanité de l’Europe. Elle ne vaut rien en Afrique pour les premiers jours.

Je vous autorise à prendre les canons de la Théba’ide. J'envoie un ordre à Guichard pour vous les livrer.

Faites faire des boulets de marbre. Silly en a fait faire 60 et 400 coups de mitraille des petits morceaux, cela va très bien.

Salut et amitié, Desaix.

Desaix, arrêté à Girgeh par le manque de vnvres. envoie Davout à Soiag : ce général part avec sa cavalerie, et, déterminé à ne plus souffrir d’être pressé par les Arabes, en vient aux mains le 21. Voici le rapport de Davout à Desaix ;

« Notre arrière-garde, où j’étais, a été attaquée vivement; sur le champ, ta colonne a fait demi-tour ; les chefs de corps ont mené à l’ennemi leurs troupes dans les différentes directions indiquées. Les dragons, se trouvant lespremiers par un mouvement rétrograde, ont montré les grands avantages qu’on peut retirer de leur arme. Cette nombreuse cavalerie ^ ayant voulu tenir ferme plusieurs fois, deux feux de peloton les ont toujours mis eu fuite. Toute la cavalerie a admiré ceux du lo® qui ont été commandés et exécutés comme à

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