‹ Le maréchal Davout, prince d'Eckmühl; correspondance inédite, 179O-1815. Pologne--Russie--HambourgChapitre 1 sur 55 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Très frappée jadis, en visitant le Musée Campana, par deux portraits d'Andréa del Sarto peints par lui-même, àvingt années de distance, j'ai eu ridée, dans les quatre volumes dédiés à la mémoire du maréchal Davout, monpère, de placer en tête des Années de jeunesse et des Années de commandement, le portrait de Louis Davout et la tête du maréchal duc d'Auerstaëdt telle que le baron Gros a su la voir et la peindre. Il est curieux de comparer ces deux portraits, tout d'abord si divers. Dans le second , dix-neuf lourdes années ont passé sur ce front large et rêveur. Le beau jeune homme, si dé-

daigneux et si fier, est maintenant un héros, maître de lui-même et de la vie ; aussi le dédain s'est fait tristesse et la fierté est devenue mâle assurance. En contemplant l'illustre maréchal, on ne songe point forcément à Louis Davout, et cependant le menton, la bouche surtout, cette bouche qui parle fermée, plus encore peut-être qu'elle ne parlerait ouverte, sont identiquement les mêmes. L'œil est toujours rêveur ; seulement il plonge maintenant dans l'infini. Aucun trait ne diffère essentiellement en ces deux images, mais la vie a fait son œuvre : elle a tracé son sillon de pensées, de volontés et de douleurs sur ce front hautain.

J'aurais voulu, à ce dernier volume, ajouter le masque du grand mort, beau comme une tête antique déjà rayonnante de jeunesse et d'immortalité ; le sculpteur auquel ma mère avait confié cette précieuse relique a prétendu l'avoir brisée, sa statue achevée.

Tout en doutant quelque peu de cette singulière assertion, je regrette amèrement de n'avoir pu mettre à exécution ma pensée, car

cette tête superbe aurait dit à tous, avec une indiscutable éloquence: « J'ai vécu noblement, et sans peur je me suis endormi à l'heure choisie par Dieu, ce juge unique de la vie et de la conscience des hommes. »

N'ayant pu réaliser la pensée qui m'était chère, j'ai obéi à cette sainte parole : Cherchez et vous trouverez. Ardemment, passionnément, j'ai donc cherché lettres et documents, et j'ai trouvé de curieuses choses.

Une lettre de Louis Davout à son ami Bourbotte une fois de plus nous le montre aimant et heureux d'aimer à plein cœur. L'amour du maréchal pour sa femme, on le sait, ne s'est jamais démenti ; à Theure même de la quitter, il a voulu ménager son Aimée^ et il est mort en soldat, entouré d'hommes, afin de lui épargner le spectacle de son agonie, fidèle jusqu'à la fin à celte parole trouvée en une de ses lettres : « Il est bien rare que je pense à moi-même. »

Ce volume, recueil de lettres et de faits certains, est infiniment plus intéressant au point de vue psychologique que ne pourrait l'être

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le livre le plus habilement composé. Aussi aije hâte de mettre à Tabri d'un accident et de répandre le plus possible les nobles paroles dont la semence germera , je l'espère , dans plus d'un esprit, afin de servir encore cette France que le Maréchal aimait tant.

Puisse le souvenir de mon père demeurer enfin, dans un rayonnement vainqueur de la nuit, au fond de tous les cœurs patriotes et vaillants que chaque génération nouvelle fera surgir !

A.-L. EcKMiiHL, M" de Blocqueville.

Chalet du Ravin, Villers-sur-Mer.

Le 25 septembre 1886.

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