CHAPITRE PREMIER
21 juin 1815.
Le désastre de Waterloo venait de jeter la consternation dans Paris, livré aux sourdes agitations et à toutes les rumeurs qui suivent les grandes catastrophes.
La Chambre des représentants se réunit immédiatement sous la présidence du comte Lanjuinais, et la Chambre des pairs sous celle du prince archichancelier, pour entendre la communication des sinistres nouvelles parvenues au Gouvernement.
Les passions politiques, assoupies jusqu'alors, se réveillèrent dans toute leur exaltation, au moment où il aurait fallu les immoler dans un sentiment commun de haine contre l'étranger. Les
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deux assemblées se transmettaient réciproquement leurs délibérations.
Mais les grands débats se concentraient dans la Chambre des représentants, où les divers partis commençaient à laisser entrevoir leurs tendances secrètes.
Des groupes se formaient dans les bureaux; on y discutait avec véhémence les conséquences de ce terrible événement qui exposait, encore une fois, le pays à l'invasion étrangère.
Hors de T enceinte grossissaient des attroupements menaçants : il fallut prendre une attitude capable d'imposer aux masses dont le patriotisme pouvait être facilement égaré. Le lieutenant-général comte Beker, membre de la Chambre des représentants, revêtu des fonctions de questeur, fut désigné par ses collègues pour commander la garde chargée de veiller à la sûreté du Corps législatif, et aussitôt il prit les mesures nécessaires pour faire respecter la Représentation nationale.
La veille, il avait reçu du ministre de la guerre un ordre qui l'appelait, au nom de Napoléon, à concourir, avec le général comte Grenier, à la défense de la capitale ^. Ainsi, dans cet instant