‹ Le maréchal Davout, prince d'Eckmühl; correspondance inédite, 179O-1815. Pologne--Russie--HambourgChapitre 25 sur 55 · Paris, le 20 juia iSiS · texte numérisé non relu

Paris, le 20 juia iSiS

LE HINISTIIB DE LA GUERRE AU GÉNÉRAL BEKER

Général, Tai rhonneur de tous informer qae, conformément aux intentions 1

OÙ la patrie était en danger, le général Beker était investi à la fois de la confiance de l'Empereur et de celle de la Chambre.

Le 21 juin, depuis 4 heures du matin, Napoléon était arrivé au palais de TÉlysée. Paris l'inquiétait; il espérait, au moment de ses revers, ranimer par sa présence l'élan national et saisir une dictature indispensable dans ce grand péril. . Il oubliait que sa force était dans l'armée, dont il aurait pu rassembler les débris épars pour arrêter les progrès de l'ennemi et intimider les factions à l'intérieur.

Des préventions funestes accueillirent son retour dans la capitale, où son apparition excita le mécontentement et un découragement universel. Son premier soin fut de convoquer autour de lui Jes ministres, les grands dignitaires, afin de connaître leurs dispositions avant de se présenter aux Chambres, et d'arrêter de concert les mesures que réclamaient la défense du pays et la conservation de sa couronne. L'Empereur put bientôt se convaincre que le zèle de ses anciens conseil-

de FEmpereur, tous êtes mis à la disposition de M. le lieutenantgénéral comte Grenier, pour être employé, sous ses ordres, à la défense de Paris.

Vous voudrez bien tous rendre sur-le-champ auprès de cet officier général. Je lui adresse vos lettres de service.

Signé : le Ministre de la guerre.

Prince d'ECKMUHL.

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lers s'était singulièrement refroidi depuis ses défaites, et que quelques dévouements avaient faibli autour de sa personne.

Dans cet intervalle, des scènes tumultueuses éclataient dans la Chambre des représentants, où Lafayette faisait proclamer traître à la patrie quiconque se rendrait coupable d'une tentative ayant pour but de la dissoudre. C'était une première atteinte portée par les élus de la nation à l'autorité chancelante de l'Empereur.

Néanmoins Napoléon voulut tenter une démarche auprès du Corps législatif; il y envoya une députation de ses ministres, et leur adjoignit son frère Lucien, dont le courage et le sang-froid, au milieu des orages parlementaires, lui avaient été d'un si grand secours au dix-huit brumaire.

Mais c'est en vain que Lucien, Caulaincourt, Davout tracent avec chaleur le sombre tableau des dangers dans lesquels Waterloo vient de précipiter la France; c'est en vain qu'ils font sentir l'impérieuse nécessité d'un bras assez puissant pour réunir en un seul faisceau les efforts divisés, et qu'ils énumèrent les immenses ressources qui restent encore disponibles; plusieurs voix murmurent le mot d'abdication.

La Chambre, en proie à mille tiraillements, flotte indécise et finit par arrêter qu'une commission, formée de députés choisis dans son sein et

parmi les pairs , devra assister les ministres pour aviser aux moyens de salut. Ce conseil se réunit immédiatement, et dans ses délibérations, qui se prolongent fort avant dans la nuit, la question de l'abdication est nettement posée.

22 au 25 juin.

Napoléon, surpris par les résistances qui surgissaient de toutes parts, vit avec douleur ses intentions patriotiques méconnues. Lui, qui naguère avait été porté en triomphe aux Tuileries, n'osait plus faire aucun appel aux masses, malgré les cris d'enthousiasme qui, parfois encore, se faisaient' entendre , et se résignait à une abdication qui lui semblait être le vœu général. Il assembla de nouveau son conseil dont les membres parurent eux-mêmes pencher vers l'opportunité d'une pareille mesure, si elle était prise spontanément; persuadés, disaient-ils, que ce grand acte de patriotisme faciliterait la conclusion de la paix générale à laquelle Sa Majesté ferait obstacle tant qu'elle n'aurait pas déposé le sceptre. Alors Napoléon annonça l'intention d'abdiquer, à condition que, suivant les constitutions de l'Empire, la couronne serait transmise à son fils, et, séance tenante, il dicta une adresse au peuple français : « Je m'offre en sacrifice à la haine des ennemis de la France... Ma vie politique est terminée; je pro-

clame mon fils, sous le titre de Napoléon II, Empereur des français. »

Depuis le matin, la nécessité de la renonciation de TEmpereur au trône était l'objet des débats de la Chambre des représentants, lorsque les ministres vinrent apporter l'acte d'abdication. Le duc d'Otrante qui, par d'habiles manœuvres, avait su se créer une influence mystérieuse dans le Corps législatif, fit aussitôt décréter qu'il serait nommé une commission provisoire de gouvernement, dont trois membres seraient pris dans la Chambre des représentants, et deux autres dans la Chambre des pairs.

La déclaration de Napoléon fut acceptée par les deux assemblées; et, comme dernier hommage, une députation alla le remercier du grand sacrifice qu'il venait de faire à la France.

Jusqu'alors la question d'hérédité semblait résolue; cependant les luttes les plus véhémentes allaient s'engager sur ce nouveau terrain. Plusieurs drapeaux s'agitaient dans la Chambre élective; les partis divers ne craignaient plus de demander le triomphe de leur cause.

Les Royalistes étaient nombreux et actifs; les Orléanistes étaient prêts à saisir la couronne en faveur du duc d'Orléans, que toute sa vie politique leur présentait comme le prince le plus digne, le plus capable de rallier les esprits et de terminer

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la révolution; quelques sympathies enfin se manifestaient pour la République. Mais la majorité des votes était bien acquise à Napoléon IL

Les discours de Béranger. de Boulay (de la Meurthe) et de plusieurs autres députés avaient enlevé les suffrages et l'avaient fait proclamer Empereur des Français, en renonçant aux qualifications pompeuses de Roi dltalie, de protecteur de la Confédération germanique, etc. A la suite de cette reconnaissance, qui avait excité tant de tumulte dans le Palais législatif, et qui n'avait pas été explicite au Luxembourg, malgré les paroles chaleureuses de quelques Pairs, on pourvut à la composition du gouvernement provisoire. Le duc d'Otrante, le général comte Grenier, le général Carnot, le duc do Vicence et le baron Quinette furent investis du pouvoir suprême pendant l'interrègne; le mot de régence était écarté; la commission, présidée par Fouché, rendait tous ses actes au nom du peuple français. Des commissaires, pris dans le sein des assemblées législalatives, furent immédiatement envoyés auprès des souverains étrangers pour les informer officiellement des résolutions adoptées, et pour solliciter la reconnaissance de Napoléon IL Si le nouvel Empereur était reconnu, Napoléon annonçait l'intention de passer aux États-Unis et d'abandonner à jamais le théâtre des grands événements qui,

depuis vingt-cinq ans, avaient ébranlé l'Europe.

Le nouveau gouvernement était impatient d'élî)igner de Paris Thomme dont le nom pouvait encore servir de ralliement à l'enthousiasme mal éteint. Le duc d'Otrante lui faisait insinuer qu'il était de son devoir, qu'il y allait de sa gloire et des intérêts de son fils, de quitter Paris.

L'Empereur, cédant à ces suggestions, voulut compléter son sacrifice; il demanda au gouvernement deux frégates pour se rendre, en Amérique, et se retira, le même jour, à la Malmaison, pour y attendre le résultat de cette proposition.

Dans cette circonstance, lorsque, pour donner la paix à la France, Napoléon était descendu du trône, la dignité d'une grande nation, l'éclat qu'il avait jeté sur elle pendant son règne, le soin des intérêts du pays, tout imposait aux membres du gouvernement provisoire l'obligation de ne pas délaisser leur ancien souverain dans un château sans défense, où quelques journées pouvaient amener l'ennemi.

La commission executive dut s'empresser de pourvoir à la sûreté de l'Empereur et dut appeler au commandement de sa garde un homme dont le rang, la position et les antécédents pussent garantir aux Chambres qu'une mission aussi importante serait dignement remplie. Son choix se fixa sur le lieutenant-général comte Beker. Sa qualité

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de Représentant, ses longs services aux armées, sa fermeté de caractère bien connue, tels furent, ainsi que le constatent les pièces officielles, ses titres à cette haute confiance.

Les membres du gouvernement savaient que la loyauté du général ne transigerait avec aucun parti, que, si son dévouement était mis à l'épreuve, il n'hésiterait pas à sacrifier sa vie pour assurer celle de l'Empereur. D'ailleurs, après le dernier acte de déférence de Napoléon à des déclarations qui lui semblaient exprimer le vœu de la France, le comte Beker aurait cru manquer de patriotisme en refusant une mission délicate que l'effervescence des populations, dont l'affection ou la haine étaient également à craindre, pouvait rendre périlleuse.

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