‹ Le maréchal de camp Desandrouins, 1729-1792 [microforme]Chapitre 104 sur 109 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Desandroüins reçoit une pension de 1.500 fr. ; et peu après la décoration de l'Ordre de Cincinnatus : 1783. — Il est nommé Maréchal de camp : 1788. — Directeur à Brest, en 1790.

— Sa mise à la retraite : 1791. — Sa mort :

11 Décembre 1792.

A peine débarqué en France, Lbesandroüins obtint un congé. Il avait hâte de prendre un repos que rendaient nécessaire les fatigues de la campagne, et surtout les souffrances qu'il avait endurées lors du naufrage de la Bourgogne. Jamais du reste sa santé délabrée ne se remit complètement de cette rude secousse.

Comme après la guerre du Canada, il revint à Verdun et y vécut plusieurs inois entouré des soins affectueux de sa famille, et de l'estime de ses concitoyens.

Le récit de sa belle conduite et de son dévouement l’y avait précédé. Nous avons dit, que deux fois, il écrivit de Porto-Cabello, au colonel Hallot, son cousin, des lettres où il racontait les terribles épreuves par lesquelles il avait passé, et que

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celui-ci fit publier dans les Affiches des É'véchés et de Lorraine, à la date du 13 Mai 1783.

Le gouvernement français ne marchanda pas sa reconnaissance au noble et généreux officier « dont « le zèle inépuisable en ressources et l'activité « incroyable avoient sauvé la plus grande partie « du vaisseau naufragé, » écrivait le comte de Rochambeau.

Il lui fut offert, sur mémoire présenté par lui, ou une somme fixe qui, une fois payée, devait l'indemuiser de toutes ses pertes ; ou une pension annuelle de 1.500 francs, « comme titre de « distinction. »

Desandroïüins choisit la pension. Nous verrons plus tard qu'il aurait beancoup mieux fait de prendre la somme.

Ce fut aussi à Veruun qu'il reçut la nouvelle de sa promotion dans l'Ordre américain de Cincinnatus. Cette distinction, méritée mais non attendue, le flatta extrêmement.

L'Ordr: de Cincinnatus était composé des hommes qui s'étaient le plus distingués pendant la guerre de l'Indépendance. Il était héréditaire; mais cette hérédité parut, aux Etats-Unis, contraire à l'esprit républicain. Malgré le souvenir de Washington qui en était le fondateur, il dura peu. Les membres se proposaient d’imiter l’austérité et les vertus du fameux Romain qu'ils avaient pour ainsi dire choisi pour patron.

Au mois de Décembre 1783, Rochambeau écrivit

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à Desandroüins afin de l'inviter à se trouver à Paris, où il devait se rencontrer avec les délégués de l’armée américaine, pour y prendre connaissance des Statuts de la Société.

Desandroüins, à cause de son état maladif, ne put se rendre à l'invitation de son général, qui lui écrivit, le 12 Janvier 1784, une seconde lettre pour l’informer qu'il avait été décidé, dans l’assemblée du mois de Décembre, qu'une cotisation serait ouverte, entre les membres francais de l'Ordre, à l'effet de subvenir aux besoins des officiers américains dans l’indigence ; que cette cotisation serait proportionnelle au grade, et que les Brigadiers étaient fixés à 1.500 francs une fois payés.

« S'il vous convient, Monsieur, ajoutait Rocham- « beau, de participer à cette délibération, j'ai « l'honneur de vous mettre au fait de ce qu'elle « contient. Cela ne m'empêchera pas de vous « adresser les insignes de la Société, et de vous « informer que nous les porterons à la bouton- « nière, au-dessous de la croix de St-Louis. La « Société générale exige des membres américains « l'abandon d’un mois de leur paye : mais cet « abandon est facultatif pour les membres fran- « Cois. »

Enfin, le 20, Desandroüins recut une troisième lettre de Rochambeau.

« J'ai l'honneur, Monsieur, lui disait-il, de vous « envoyer les insignes de la Société de Cincinnatus,

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« au nom de ia Société générale et du général « Washington qui en est le Président. Je vous ai « fait part, par mes lettres précédentes, de la « permission que nous avons, de Sa Majesté, de « répondre à cette honorable invitation. J'espère « que nous n’avons pas besoin de ce nouveau lien « pour resserrer les nœuds de notre union et de « notre confraternité, tant entre nous qu'avec « l’armée américaine.

« J'ai l'honneur, Monsieur, d'être votre très « humble et très obéissant serviteur. — Le comte « de ROCHAMBEAU. »

Peu après, fut envoyé à Desandroüins, le brevet de l'Ordre. Ce brevet est en anglais, sur parchemin, avec de belles gravures qui représentent l'Angleterre sous la figure d’une femme,

accompagnée d’un lion, fuyant devant la jeune Amérique.

En voici la traduction :

« Savoir faisons que M. DEsaNproüINSs, brigadier au corps royal du génie, est membre de la Société de CiNcINNATUS instituée par les officiers de l’armée américaine, au moment de sa dissolution, tant pour perpétuer le souvenir « du grand évènement qui a amené l’Zxdépen- « dance de l'Amérique du Nord, que dans le but « louable d’inculquer la pratique des devoirs à remplir lorsqu'on a déposé les armes prises pour la défense du pays, et de maintenir et resserrer les liens de fraternité, d'affection et d'amitié

« entre les membres äe la Société elle-même.

« En témoignage de quoi, moi, Président de « la Société, ai signé ici de ma main, à Mont- « Vernon, dans l'Etat de Virginie, le second jour « d'Avril, de l'an de Notre Sauveur 1784, et la « deuxième année de l'Indépendance des Etats- « Unis d'Amérique.

« Par ordre :

« Knox, secrétaire, « WaAsSHINGTON, président. »

De 1784 à 1788, nous n'avons aucun détail sur ce que fit Desandroüins. Probablement qu'il resta à Verdun près d’une année encore. A l'expiration de son congé, il fut nommé Directeur de la Province de Brest comprenant partie des places de la Bretagne.

Nous ne connaissons pas non plus les travaux qu'il exécuta dans cette forte place maritime, le plus grand de nos ports militaires, sur les côtes de l'Océan, avant que Cherbourg n’existât.

L'importance de ces travaux, et les remarquables talents d'ingénieur dont il fit preuve, attirèrent de nouveau sur lui l'attention du ministre de la guerre qui le proposa, au Roi, pour Maréchal de Camp.

Le brevet, signé de Louis XVI, lui en fut délivré le 9 Mars 1788.

Cet avancement était pour Desandroüins, non seulement la récompense de ses rudes campagnes dans le Nouveau-Monde, et des grands

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travaux d'art exécutés dans diverses places du royaume ; mais encore un hommage public rendu à une vie entière de zèle et de fidélité dans le service, de rectitude et de ponctualité dans l’accomplissement de ses devoirs professionels, de probité et de désintéressement en toutes circonstances, de dévouement le plus absolu à la France et au Roi qui en était la personnification, enfin de loyauté, de bravoure et d’honneur dont il était un type accompli.

Desandroüins ne dût rien à la faveur; tout au mérite. Il n’alla pas audevant des grades, ils vinrent le chercher !

En 1790, je trouve dans une lettre du comte de la Tour-du-Pin, ministre de la guerre, au comte de la Luzerne, ministre de la marine, qu’il avait été question d'envoyer le général Desandroüins à Cherbourg, afin d'y diriger les travaux naissants de ce port de guerre.

« J’ai recu, Monsieur, la lettre que vous m'avez « fait l'honneur de m'écrire, le 20 de ce mois, « pour me faire part de la crainte où est M. le « comte d’Hector que M. Desandroüins ne soit destiné à remplacer à Cherbourg le Directeur des fortifications qui y est employé, et du désir qu'il a de le conserver à Brest. Je ne pense pas qu'il ait été question de lui faire éprouver ce changement. En effet, cet officier général est chargé d’un travail trop important pour qu'il soit possible de songer à l’y faire suppléer par

un autre officier supérieur du corps. J'ajoute même que si vous aviez quelque motif pour demander son remplacement, j'’aurois insisté près de vous pour qu’il n’eut pas lieu.

« Ainsi, vous et moi, nous pensons également « sur l'avantage qu'il y a, à tous égards, que « M. Desandroüins ne soit point détourné de l'ou- « vrage qu'il a commencé et qu'il fait à la satis- « faction des deux départemens.

« 24 Mai 1790. »

1790 ! Que de grands évènements étaient survenus en France depuis une année ! Que de plus grands et de plus terribles encore devaient s’y accomplir dans les dix années qui suivront : mais Desandroüins n’y sera plus!

Ceux de 1789-1790 durent remplir d’étonnement, de stupéfaction le général Desandroïüins, dont l'âme honnête pouvait bien gémir sur les abus de l’ancien régime, et désirer leurs réformes comme l'avaient fait Vauban et Turgot. Mais il n'allait pas jusqu’à souhaiter la chute de la royauté à l'ombre de laquelle ces abus existaient, de cette royauté qu'il avait servie pendant 45 ans.

Esprit droit et sans préjugés, il était de l’école de Rochambeau et de presque tous les officiers qui, ayant fait la guerre d'Amérique, en avaient rapporté des idées d'indépendance et de liberté politiques que l'opinion en France était loute prête à accepter. Mais il n’eut point voulu aller aussi loin que l’ambitieux marquis de la Fayette.

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Dans l'effondrement général qui agita la France à cette époque, il était bien difficile que quelques intérêts particuliers ne fussent compromis. Ceux de Desandroüins en souffrirent par les modifications apportées dans la constitution de l’arme du génie, et par la suppression de ses pensions.

Cette nouvelle organisation du génie, qui eut lieu au commencement de 1791 et qui fut loin d'être définitive, supprimait d’un trait de plume les officiers généraux qui faisaient partie de l’arme. Les Brigadiers, Maréchaux de Camp et Lieutenants Généraux, quiétaient directeurs des fortifications, furent mis d'office à la retraite. Cependant on leur laissa l’espérance d’être de nouveau employés plus tard à quelques fonctions militaires. Les colonels directeurs furent seuls maintenus.

Le général Desandroüins fut donc brutalement forcé de prendre sa retraite avant l'âge. S'il fut resté colonel, on l’eut gardé au service ; général, il n'était plus bon à rien. Il était « rejeté comme « un hors d'œuvre du corps dont il avait parcouru

nt, de cette « tous les grades, » dira-t-il lui-même !

ans: Sa pension de retraite fut donc bâsée uniqueit de l’école | ment sur la durée de ses services passés et proles officiers portionnellement à son traitement d'activité comme , en avaient maréchal de camp : elle fut réglée à 4.800 francs, t de liberté par décret du 28 septembre 1791.

{oute prête Mais, avant de la régler ainsi, les Députés, \ aller aussi membres du {omilé des pensions chargés de

yvette. reviser celles obtenues sans titres, lui avaient

appliqué la loi du 22 août 1790, en supprimant les trois pensions dont il était déjà titulaire :

L'une de 200 francs pour sa belle conduite pendant la guerre du Canada : l’autre de 400 francs pour sa croix de St-Louis : et la troisième de 1.500 francs en reconnaissance des services qu'il avait rendus pendant la guerre d'Amérique, et en indemnité de la perte de tous ses bagages subie dans le fameux naufrage du vaisseau de ligne, la Bourgogne.

La suppression de cette dernière pension, qui était du reste une injustice, lui tint surtout à cœur.

Il adressa aux Députés membres du Comité des ‘ pensions, à la date du 8 Juillet, un Mémoire tendant à ce qu’il lui fut tenu compte de cette pension de 1.500 francs, « soit par une somme en « capital, soit par la même pension en rente « viagère (1). »

L'affaire traïna en longueur au sein du Comité.

Alors il écrivit à M. de Portail, ministre de la guerre, successeur de M. de la Tour-du-Pin, une lettre en date du 28 novembre 1791, dans laquelle il fait de nouveau valoir ses droits, non plus à la seule pension de 1.500 francs, mais encore à celles qu'il possédait autrefois, et comme récompense de faits de guerre au Canada, et comme chevalier de St-Louis.

(1) Papiers du général Desandroüins. — Pièce concernant sa pension.

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Comilé des 1 Mémoire e de cette » somme en 1 en rente

du Comité.

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Pièce concer-

« La pension de retraite que vous m'avez fait « l'honneur de m'annoncer, dit-il, et dont je viens « de recevoir le brevet, n'ayant été réglée que € Sur la durée de mes services passés, ne doit € point sans doute infirmer les réclamations auto- « risées par l'Art. XII du Titre III du décret sur « les pensions qui porte :

€ — Que ceux qui ayant fait quelque action « d'éclat, où ayant rendu des services distingués, « n’en auroient été récompensés que par une € pension qui se trouveroit supprimée sans espé- « rance de rétablissement, seront récompensés sur «le fond de 2 millions destiné aux gratifica- « tions. » —

« Je crois, Monsieur, avoir droit à la récompense € prononcée par cet article, aussi bien que par € l'Art. VI du Titre Ier qui accorde — des grati- € fications pour les pertes souffertes, — et par «€ l'Art VIII du même Titre qui place — les € indemnités parmi les dettes de l'Etat. J'en «€ réclame l'application pour 2.077 fr. 10 sols de pen- « sions obtenues dans les guerres les plus dures, « à travers toutes sortes de hazards et d'évène- € Inons désastreux.

« Mes services sont connus. Messieurs les « Scrutateurs des pensions, dans l'état imprimé € qu'ils ont fait publier, les ont apostillés à mon «€ article, page 45, tome Ile, édit. in-4, en termes « Si honorables que je n'ose m'en prévaloir « entièrement; mais sans les prendre dans leur

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