‹ Le maréchal de camp Desandrouins, 1729-1792 [microforme]Chapitre 11 sur 109 · LL 4 LL 4 CT · texte numérisé non relu

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second, y menant Royal-Roussillon, nouvellement arrivé de France, qu'il réunit à deux autres bataillons , celui de la Reine et celui de Languedoc (1), et à 1.500 hommes, soldats de la colonie ou Sauvages. Ayant ainsi assuré la défense, donné ses ordres au chevalier de Lévis, qu'il y laissa, et fait croire aux Anglais qu'on les attendait, il revint en hâte à Montréal, projetant de les attaquer lui-même, là où ils ne comptaient guère, sur le lac Ontario, à Chouaguen.

Voilà pourquoi Desandroüins avait mis le fort de Frontenac en défense, afin d'assurer la retraite en cas d’insuccès ; voilà pourquoi on y avait réuni en secret trois bataillons ; voilà pourquoi on avait firmé le petit camp de Niouré et envoyé le capitaine de Combles en reconnaissance.

Le premier soin de Montcalm fut d’abord de réunir tous les bateaux qu'il put trouver, 150 à peu près, afin de porter les vivres et les munitions de guerre.

Ils devaient suivre la côte du lac, et se tenir constamment à la hauteur des troupes. Montcalm

(1) Le régiment de la Reine, créé en 1635 sous le nom d’'Uxel, prit en 1661 le nom de la Reine, formé de deux bataillons : 81 officiers, 1020 soldats, avec six drapeaux, un blanc colonel, et cinq d'ordonnance verts et noirs, et les croix blanches semées de fleurs de lys d’or, avec quatre couronnes d’or au milieu.

Languedoc, créé en 10/2, à un bataillon, 40 officiers, 510 hommes, avec trois drapeaux, dont un blanc colonel et deux d'ordonnance, violets et feuilles mortes, et croix blanches.

aurait aussi voulu avoir de grosses barques armées de canons, pour protéger la flotille de bateaux {7 et disputer au besoin le lac aux Anglais. Mais Mercier, commandant l'artillerie, les avait fait désarmer, du consentement du marquis de Vaudreuil, afin de se procurer des canonniers exercés au tir et à la manœuvre des pièces.

tm Ces bateaux étaient conduits par des Canadiens. de Jusqu'alors, on prenait indistinctemept les hommes de bonne volonté, choisis par leurs officiers, auxquels on s’en rapportait. Montcalm organisa ce service et les embrigada : chaque brigade eut | un certain nombre de bateaux, et fut commandée ni par un brigadier qui dut venir tous les soirs à l'ordre.

| « Enfin, les vivres furent encore l'objet de

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l’attention du général. L'économie est si peu connue des Canadiens et des Sauvages, que « l'on en perdoit la moitié, si on n'y avoit une « grande attention. Ce que j'avance là, dit encore « Desandroüins, se trouve confirmé par le peu de « soin que les officiers canadiens y apportent. « « «

Leur négligence là-dessus est telle que l'officier, envoyé de Niouré par M. de Rigaud pour en chercher à Frontenac, le 30 ou le 31 juillet, ne 3 « put dire pour combien de jours on en avoit 3 distribué la dernière fois. Interrogé ensuite : pour combien de jours on avoit coutume de faire ordinairement la distribution, il répondit qu'on en donnoit à chacun au fure à mesure qu'ils en

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manquoient. Il ne donna pas plus de renseignements sur les autres demandes qu'on luy fit par rapport aux fours, et autres approvisionements de son camp ; en sorte que M. de Montcalm fut obligé d'envoyer M. de Bougainville au plus vite à Niouré, qui revint deux jours après, en état de donner toutes les connaissances qu'on avoit désiré (1) ».

Le 3 août, arriva, du fort de Niagara, situé loin de là, de l’autre côté de l'Ontario, le reste du bataillon de Béarn, dont quatre compagnies se trouvaient déjà à Frontenac. I] laissa à Niagara une cinquantaine d'hommes commandés par un

lieutenant.

Tout étant ainsi préparé, Montcalm régla le

départ de Frontenac pour Niouré de la manière suivante :

Lui , il partirait de sa personne, le 4 août, à neuf heures du soir, emmenant les deux ingénieurs, de Combles et Desandroüins, et accompagné de quelques Sauvages, sous les ordres de M. de Montigny. Le 5, au matin, le colonel de Bouriamaque, avec Guyenne, le capitaine d'artillerie Mercier, et quatre pièces de canon légères prises sur les Anglais, à l'affaire du fort Du Quesne (2). Le 7, Béarn, le lieutenant d'artillerie Jacquot de

(1) Recueil et Journal, etc.

(2) Cette affaire, connue sous le nom de bataille de la Belle-Rivière ou de l'Ohio, avait eu lieu le 9 juillet 1755. Le général anglais, Breaddock, y fut tué.

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| Phidémont, avec la poudre, les munitions de | guerre et de bouche, et 47 pièces de canon, obusiers et mortiers. Ce qui fut exécuté ponctuellement.

Montcalm et les deux ingénieurs arrivèrent à Niouré le 6, à six heures du matin. « Il est à remarquer, dit Desandroüins, que tous les officiers canadiens, sans en excepter un seul, regardoient la prise de Chouaguen comme la chose du monde la plus facile ; aucun n'apercevoit les difficultés sans nombre que nous y voyons tous. Il ne faut pas douter, qu'en cas d'insuccès, ils n’en eussent absolument rejetté la faute sur tous les François et peut-être même sur le général ; de même qu'ils l’ont fait sur M. Dieskau qui, pour son malheur, ne s'étoit que trop livré à leurs sentimens (1).

« L'après midi du 6 août fut employée à tenir « un Grand Conseil entre le général et toutes les « Nations sauvages de notre camp, savoir les « Nipis “es, les Algonquins, quelques Abénaquis,

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« Iro domiciliés et Folles-Avoines, faisant .. € u‘ 200. Les chefs assurèrent leur Père

« unthio, (ainsi ils appelaient le marquis de « Montcalm,) les uns après les autres, de leur | « bonne volonté à détruire l’Anglois, et se félici- 4 « tèrent de marcher sous ses ordres. Comme le Ë

(1) Le baron de Dieskau fut battu, blessé et pris par les Anglais, le 11 septembre 1755, sur les bords du lac Saint- pl Sacrement.

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Conseil étoit près de finir, le chef Nipissing se leva, et pria son Père de ne point exposer les

« Sauvages au feu de l'artillerie et de mousque- « terie des forts, attendu que leur coutume n'étoit

point de combattre contre des retranchements et des pieux, mais dans les bois où ils entendoient la guerre, et où ils pouvoient trouver des arbres pour se mettre à l'abri, assurant qu'ils se comporteroient bien. Celui-là nous parut le plus sensé de tous, et M. de Montcalm luy fit répondre qu'il les destinoit à observer, avec M. de Rigaud et les Canadiens, les secours qui pourroient venir aux ennemis, et à faire bon quart, tandis qu'avec les François il se battroit contre les forts. Ils furent tous satisfaits de cette réponse que chaque interprète annonça à sa Nation ; et, après avoir dansé et chanté la guerre à leur manière, et reçu une distribution d'eau de vie, l'assemblée se sépara (1) ».

Français, Canadiens et Sauvages devaient partir

le surlendemain pour Chouaguen.

(1) Recueil et Journal, etc.

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CFAPITRE II

Siège et prise de Chouaguen. — 1756.

Les Anglais, jaloux du commerce de pelleterie que nous faisions avec les Sauvages des Cinq Nations Iroquoises, qui habitaient au sud du lac Ontario, s’établirent, dans les premières années du xvue siècle, au milieu de ces peuplades, sur les bords du lac, à l'embouchure de la rivière des Onontaguès, ou de Chouaguen (1).

Bientôt, grâce au prix plus élevé qu'ils recevaient de leurs marchandises, grâce aussi aux rations d'eau-de-vie qui en accompagnaient le paiement, tous les Iroquois, même nos plus fidèles alliés, abandonnèrent nos marchés de la vallée de l'Ohio et du Niagara, pour ceux de Chouaguen.

(1) Les Cinq Nations Iroquoises formaient entre elles une espèce de Confédération composée des Mohawks que les Français appelaient Aniès, les Onontaguës, les Oucidas, les Cayugas et les Tsonnontouans. Ces diverses tribus formaient à peu près 15 à 20,000 âmes.

Du reste, les Sauvages du Canada appartenaient à deux grandes familles, longtemps ennemies, les Iroquois, et les Algonquins-Hurons dont la Confédération renfermait aussi un grand nombre de tribus.

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La situation de ce poste était excellente. Outre les communications faciles, qu'ils avaient avec les Cinq Nations dont ils étaient entourés ; outre la proximité de leurs possessions de la baie d'Hudson et de la Nouvelle York, les Anglais pouvaient encore établir des rapports avec les Sauvages des contrées les plus lointaines, au moyen du lac Ontario.

Maïs, le commerce grandissant de Chouaguen n’était pas l'unique sujet d'inquiétude des Français.

Au point de vue militaire, Chouaguen devenait très redoutable. Nos ennemis avaient trouvé un bon port à l'embouchure de la rivière, dans l'Ontario ; ils avaient armé cinq ou six grosses barques qui les rendaient maîtres d’une partie de la navigation du lac, lequel cessait d'être exclusivement français ; et enfin ils y avaient élevé des ouvrages de guerre qui étaient une menace continuelle pou: Frontenac, Niagara et même pour le fort Du Quesne.

Ces ouvrages consistaient dans trois forts appelés indistinctement les forts de Chouaguen ou d'Oswego.

Le premier, l'Ontario, à la droite de la rivière par où venaient les Français, à bord d’un plateau fort élevé, terminé par des escarpements à pic du côté de la rivière et du lac ; et, du côté des bois, par une pente assez raide qui commençait à 90 toises du fort, ce qui faisait qu'on pouvait arriver jusqu'à cette distance sans être vu. Il avait à peu près la forme d'un carré d’une quarantaine de

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toises sur chaque face. Il était fait de pieux de 18 pouces de diamètre, parfaitement joints l'un à l’autre, sortant de terre de 8 ou 9 pieds. Le fossé avait 18 pieds de profondeur : les terres du fossé avaient été rejetées, moitié en glacis sur la contreescarpe, et moitié autour des pieux au travers desquels on avait ménagé des embrasures. Les ennemis y avaient 300 hommes de garnison, 8 pièces de canon et 4 mortiers à onble grenade.

Le second, le Vieux Chouaguen, situé sur la rive gauche de la rivière, consistait en une maison à machicoulis, crénelée au rez-de-chaussée et au premier étage, dont les murailles avaient 3 pieds d'épaisseur. Autour de cette maison, à 3 toises de distance, régnait un mur de 4 pieds d'épaisseur et de 10 de hauteur, flanqué de deux grosses tours carrées. C'était un véritable chateau-fort du moyen-âge. Mais ce fort n'était là que comme soutien et comme réduit. Tout auprès et s’y appuyant, les ennemis avaient construit de solides retranchements que défendaient 18 pièces de canon et 15 mortiers.

Enfin, le fort Georges, situé sur la même rive de la rivière que le Vieux Chouaguen, mais à 300 toises plus loin, n’était pas susceptible de défense. Aussi les Anglais l’abandonnèrent-ils le matin du 14 août.

Pour défendre ces ouvrages, les Anglais avaient 1.600 hommes, dont 1.300 soldats de la vieille Angleterre.

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Montcalm les attaquait avec 3.000 hommes. Sur

ces 3.000 hommes, il y avait 1.300 Français, 1.500 Canadiens et 200 Sauvages « peu habitués à se « battre contre les retranchements et les pieux. » Du reste, la force de la position des Anglais compensait bien, et au-delà, leur infériorité numérique.

Le mouvement de la petite armée française, de

Niouré sur Chouaguen, commença le 8 août.

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