‹ Le maréchal de camp Desandrouins, 1729-1792 [microforme]Chapitre 10 sur 109 · LT · texte numérisé non relu

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« Je continuois donc à travailler, dit encore notre capitaine, le mieux qu’il m'étoit possible, et à surmonter les divers obstacles qui nous arrêtoient à chaque pas. Il en survint un, de la part du commandant du camp, auquel je ne me serois certainement pas attendu.

« Il fit réflexion qu'étant sur le point de faire une expédition contre l’ennemy, il étoit important que le soldat scut bien manier son fusil et faire toutes les manœuvres de l'exercice. C’est pourquoy, il ordonna que le travail cesseroit tous les jours à quatre heures du soir, et que le soldat, après avoir pris quelque nourriture, feroit l'exercice jusqu’à la nuit. Plusieurs officiers joignirent leurs représentations aux miennes, mais elles furent inutiles.

« Enfin, le 27 juillet, on recut ordre de faire partir le lendemain le bataillon de la Sarre pour le camp de Niouré. Et M. Mercier, capitaine d'une compagnie de canoniers, arriva et annonça dans peu la venue du Général ; en sorte qu'on ne jugea pas à propos de continuer le travail qui cessa le 27 au soir. Il a duré vingtsix jours.

« Le soldat, quoique sa journée ne fut que de 15 sols au lieu de 20, qu’il fut rebuté par les corvées, gardes, patrouilles, exercices, et qu’il fit des chaleurs insupportables, travailloit assez bien. Mais j'étois, depuis quatre heures du matin, que le travail commençoit, jusqu'à ce

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« qu'il finit, continuellement à exciter les pares- « seux.

« Nous avons vécu chez Mme du Vivier, femme « d'un capitaine de la colonie, tout le temps de « notre séjour à Frontenac, constamment avec du « lard et des pois (1) ».

Dans l'intervalle, c'est-à-dire vers le 11 juillet, le capitaine de Combles avait recu l’ordre d'aller, avec 200 hommes, pousser une reconnaissance vers les forts anglais de Chouaguen, situés aussi, comme Frontenac, sur les bords du lac Ontario, mais à 39 lieues plus loin en descendant vers le sud.

C'est que Montcalm méditait un coup auquel les Anglais ne s’attendaient point.

« Je vis partir M. de Combles avec régret, « continue Desandroüins. J'avais demandé à être « chargé de la commission : mais je ne connaissois « pas alors le désagrément d’une reconnaissance, ni le cas où elle soumet de répondre presque de l'évènement : c'est ce qui est arrivé pour M. de « Combles, ce qui m'est arrivé à moy depuis.

« M. de Combles resta au camp de Niouré (2)

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(1) Recueil et Journal, ete.

(2) Le camp de Niouré était situé près d’une petite baïe de ce nom, formée par le lac Ontario, à peu près à 15 lieues de Frontenac et à 20 de Chouaguen. On y avait réuni, sous le commandement de M. de Rigaud, frère du marquis de Vaudreuil gouverneur général, quelques troupes de Canadiens et de Sauvages, et on y dirigeait en ce moment le bataillon de la Sarre, qui n’avait pas fait long séjour à Frontenac.

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« à s'ennuyer, à faire mauvaise chère, et à « coucher sur une peau d'ours, jusqu'à ce que les « députés des cinq Nations Iroquoises, qui descen- « doient à Montréal, fussent partis, dans la « crainte que, partant pour Chouaguen en leur « présence, il ne se détachât quelques-uns d'entre « eux pour avertir les Anglois. Ainsi, il ne put « reconnaitre Chouaguen que le 24 juillet au « soir, et le 25 au matin ; ce qu'il fit avec deux « sauvages et un interprète (1). »

Dans cette reconnaissance, on rencontra deux déserteurs, dont le plus intelligent fut interrogé par le capitaine de Combles sur la force de la garnison de Chouaguen et sur toutes les choses dont il voulut être instruit. Il en tira quelques lumières et se loua fort de lui, en sorte que des malintentionnés débitèrent que c'était ce déserteur qui avait fait le plan donné par M. de Combles, à son retour, comme son œuvre propre. « Et « cette opinion, ajoute Desandroüins, s'établit si « bien, parmi quelques esprits, qu'ayant pris par « la suite ledit déserteur pour mon domestique, « des officiers même françois me congratulèrent « d'avoir un valet qui scut dessiner. Je ne leur « répondis autre chose, sinon que je souhaiterois « pour luy qu'il scut lire et écrire ».

M. de Combles rentra le 28 juillet à Frontenac, fatigué, harassé et défait à en être méconnais-

(2) Recueil et Journal, ete.

Décrire

sable, tant il avait souffert dans sa course. Il fit sur le champ un croquis ; d’abord, de la partie du lac Ontario avec toutes ses pointes, anses et rivières, depuis la baie de Niouré jusqu'à l’anse aux Cabanes ; puis du chemin qui mène de l’anse aux Cabanes au fort de Chouaguen et qui est de quatre lieues. Ce <roquis était assez ressemblant pour établir un projet d'attaque, et connaître à peu près la force des forts à attaquer. Il y ajouta un rapport relatif, qu'il présenta, dès le lendemain, au marquis de Montcalm.

Le marquis de Montcalm était en effet arrivé à Frontenac, le 29 juillet. Sa présence s’y rattachaït à un projet que la reconnaissance du capitaine de Combles faisait soupçonner : celui de l'attaque des forts de Chouaguen.

Depuis quelque temps, les Anglais avaient porté le gros de leurs forces du côté du lac Saint- Sacrement, et fait des amas considérables de vivres, de poudres et de munitions de guerre au fort Lydius et à Albany (1), comme s'ils eussent voulu tenter un coup de main sur le fort de Carillon, ou sur celui de Saint-Frédéric, qui sont sur le lac Champlain.

Aussi, à peine débarqué, Montcalm, sur cette nouvelle, se transporta, de Montréal dans cette partie du Canada, avec le chevalier de Lévis, son

(1) Le fort Lydius ou Edouard, Albany ou Orange, situés tout près de la frontière sud du Canada.

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