‹ Le maréchal de camp Desandrouins, 1729-1792 [microforme]Chapitre 18 sur 109 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Hiver de 1756 à 1757. — Histoire d’un Sauvage.

Nous avons dit que les troupes victorieuses de Chouaguen avaient été envoyées à Carillon, où elles étaient ari. ées dans les premiers jours de septembre. Elles y demeurèrent deux mois, et furent ensuite mises, avec le reste de l’armée, en quartiers d'hiver, dans toute la colonie, du 10 au 20 novembre. L'hiver était généralement alors, au Canada surtout où il est exceptionneilement rude, la saison du repos pour les troupes en campagne. On laissa 300 hommes à Carillon et 200 à Saint-Frédéric, petit fort en decà de Carillon, aussi sur le lac Champlain.

La destruction de Chouaguen, et l'air de supériorité que nous avions pris sur les Anglais, nous valut ue déput&cion des Cinq Nations Iroquoises qui se rendit, vers la fin de septembre, à Montréal, pour parler au représentant du Grand Ononthio (1) et lui demander son amitié, lui promettant la neutralité la plus absolue dans la guerre future. On ne pouvait exiger que ces peuples se décla-

(1) Le roi de France,

auvage:

ieuses de rillon, où s jours de mois, et armée, en du 10 au ent alors, neilement oupes en arillon et decà de

r de supélais, nous

romettant re future.

se décla-

rassent en corps contre les Anglais, au milieu desquels ils étaient enclavés ; mais beaucoup de leurs jeunes gens suivaient nos Sauvages à la guerre.

Ce fut pendant cette espèce de Congrès, qu'eut lieu « un fait qui peut servir d'exemple d’une « excitation du cœur fort rare par son motif et « par ses effets », dit Desandroüins qui le raconte ”(1).

Un jour, dans un coin de la chambre où logeait Montcalm et où l’on avait recu les députés des Cinq Nations, il était resté deux Sauvages, dont l’un, de la Notion des Chaouanons, se tenait dans la posture d’un homme afiligé, replié sur luimême, la tête entre les deux poings et les coudes sur les genoux ; l’autre demeurait debout et semblait l’attendre.

D'abord on y fit peu d’attention ; cependant on l'invita à dire ce qu'il voulait, ce qu'il cherchait ; mais il resta muet et immobile comme la statue accroupie de la Douleur. Enfin, à l'heure du diner, Desandroüins et quelques officiers, qui mangeaient avec le général, voulurent mettre à la porte cet importun, puisqu'il ne parlait pas. Mais Montcalm ne permit pas qu'on usât de violences.

Son compagnon, qui était d’une autre Nation, n'avait pas l'air triste ; et il disait en le montrant à tous : & Il a l'esprit malat 2 ». Cependant, il ne put donner sur lui aucun renseignement, ne le

(1) Papiers du général Desandroüins.

er jee

connaissant que pour un Chaouanon, à qui il avait promis secours et compagnie sur une terre étrangère, et qu'il ne voulait pas abandonner.

« Nous dinâmes, ajoute Desandroüins. Le

« Chaouanon ne voulut ni boire, ni manger, ce que « fit fort goulüment l'autre Sauvage sans se faire « prier.

« Après le dîner, Mr de Montcalm resta chez lui à dicter des lettres, à donner des ordres, etc. Et chacun s’en alla à ses affaires. On s’imaginoil qu'à la fin, ce Sauvage s’ennuiroit d’ennuyer les autres ; mais le soir nous le retrouvâmes au même lieu, en même posture, et toujours aussi rebelle à nos instances. Le scuper se passa comme le diner. Enfin l'heure de dormir nous pressoit tous, et il ne convenoit pas de laisser

« passer la nuit à notre Général entre deux

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